|
|
||||
|
|
||||
|
|
||||
|
BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE |
||||
|
|
||||
|
DES
HAUTES ÉTUDES |
||||
|
|
||||
|
PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES |
||||
|
|
||||
|
'DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION
PUBLIQUE SCIENCES
PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES; CENT-SEIZIÈME FASCICULE
:
L'ALSACE AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE, PAR RODOLPHE
REUSS |
||||
|
|
||||
![]() |
![]() |
|||
|
|
||||
|
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER |
||||
|
|
||||
|
1897 |
||||
|
|
||||
|
Tous droits réservés |
||||
|
|
||||
|
|
||||
|
|
||||
|
|
||||
|
|
||
![]() |
||
|
|
||
|
CHALON-SUR-SAONE
IMPRIMERIE FRANÇAISE ET ORIENTALE DIS L.
MARCEAU |
||
|
|
||
|
|
||
|
L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE |
||
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME
SIÈCLE |
||
|
|
||
|
AU POINT DE VUE |
||
|
|
||
|
GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE,
ADMINISTRATIF ÉCONOMIQUE, SOCIAL, INTELLECTUEL ET
RELIGIEUX |
||
|
|
||
|
RODOLPHE REUSS
MAITRE DE CONFERENCES A L 'ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES ANCIEN BIBLIOTHÉCAIRE DE, LA VII. I. E DE
STRASBOURG |
||
|
|
||
|
TOME PREMIER |
||
|
|
||
![]() |
||
|
|
||
|
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER
1897 |
||
|
|
||
![]() |
||
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
MONSIEUR AUGUSTE
HIMLY
MEMBRE DE L'INSTITUT DOYEN DE LA
FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS
HOMMAGE D'AFFECTION DE
RECONNAISSANCE ET DE RESPECT |
||
|
|
||
|
|
||
|
|
||
|
PRÉFACE |
||
|
|
||
|
Le but du présent travail est de
retracer, aussi fidèlement que possible, le tableau de l'Alsace au
XVIIe siècle, tant pour les années qui précédèrent sa
réunion à la France que pour celles qui suivirent la conquête. Exposer
brièvement la géographie physique de
la nouvelle province, en raconter l'histoire, examiner tour à tour
sa situation politique, administrative, économique, intellectuelle et
religieuse, depuis le début de la guerre de Trente Ans jusqu'à la paix de
Ryswick, c'est ce que je voudrais faire dans le présent volume et dans
(relui qui suivra, avec autant de précision que le permettent les sources
disponibles, avec cette ferme volonté d'impartialité, qui est le premier
devoir de l'historien.
C'est un sujet assez vaste et
qui n'avait point encore été abordé dans ses menus détails. Sans doute,
les aperçus sommaires sur cette période ne manquent pas dans les histoires
générales de l'Alsace et d'excellentes monographies ont été consacrées à
quelques-uns des points que j'aurai à toucher ici. Je le reconnais
d'autant plus volontiers que j'ai beaucoup profité des travaux de
certains de mes devanciers. Mais personne encore n'avait pris à tâche
de réunir et de condenser les nombreux matériaux disséminés dans la
littérature alsatique ancienne ou contemporaine, et bien peu d'entre mes
prédécesseurs avaient songé à porter leurs investigations dans les
dépôts d'archives du pays, afin d'en tirer les documents nécessaires pour mieux éclairer la situation de
l'Alsace d'alors. Il est vrai que ce travail de dépouillement des
archives, pour être un peu complet,
aurait exigé des loisirs autrement prolongés que les miens, et je n'ai pu le poursuivre que dans
une assez faible mesure, à travers des occupations professionnelles
très absorbantes, pendant plus de
trente ans. Travail un peu ingrat aussi, dans certaines de ses
parties, puisque, pour fournir un tableau d'ensemble complet, il fallait y
aborder une série de questions techniques auxquelles l'auteur se sentait
moins compétent pour1 R. Rkess, Alsace.
n. |
||
|
|
||
|
|
||
|
II
L'ALSACE AU XVIIe
SIÈCLE
répondre, tout en craignant que
bien des lecteurs ne_ trouvassent ces. chapitres trop longs, voire même
inutiles. Cependant il n'est plus permis de nos jours aux historiens
d'ignorer, dans leurs récits, les problèmes économiques et de
passer sous silence les détails administratifs en apparence les plus
arides. L'histoire de la civilisation, reflétée dans les idées et les
mœurs, les coutumes, les superstitions même des populations les plus
obscures, nous paraît, à bon droit, plus utile à connaître, et parfois
plus attrayante, que l'histoire des guerres et des intrigues
diplomatiques. Du moins elle marque quelque chose de plus durable dans les
étapes de l'huma nité, alors que les rencontres sanglantes des nations sur
les champs de bataille n'ont jamais fixé la victoire que pour un temps, et
que les traités de paix qui les ont
suivies, démentent, d'époque en époque, en se renouvelant en sens
contraire, la décevante éternité pour laquelle on prétend les
conclure.
Le long et intermittent labeur
de la juxtaposition de tant de matériaux, réunis durant un si grand
nombre d'années, était rendu, doublement fastidieux par l'état dans
lequel se trouvaient, au, XVIIe siècle, ces contrées
vogéso-rhénanes dont j'ai tâché de retracer l'histoire. Elles n'ont réellement eu
droit à un nom collectif, et n'ont pu s'appeler la province
d'Alsace qu'au moment où elles s'absorbaient dans le sein de la monarchie
française. Pour étudier^ de plus près ces microcosmes politiques, pour
s'intéresser à leur_, vie propre, à leur épanouissement comme à leur
décadence, il faut être soutenu par
l'amour profond du sol natal. Il faut peut-être avoir atteint aussi cette sage résignation,
fruit de longues années
d'expérience, qui nous montre les grandes scènes de l'histoire
universelle se modifiant sans cesse aux yeux de-la-postée-rite, selon les
lueurs changeantes que projettent sur elles les passions contemporaines. Désespérant alors de
fixer jamais d'une façon définitive ces tableaux plus vastes, à la
perspective plus profonde, on se prend à croire que, dans une sphère
plus modeste, et plus étroitement circonscrite, la vérité serait moins
rebelle à qui lâcherait de l'atteindre. On se dit, — et peut-être n'est-ce
qu'une illusion de plus, — qu'à force de serrer les détails, d'en
détermine!* les données minutieuses, on a quelque chance d'échapper aux
jugements arbitraires de « l'animal politique », comme à l'erreur des
imaginations du poète, qui vivent en nous tous et s'y
réveillent, |
||
|
|
||
|
|
||
|
Préface
iii
parfois assez mal à propos, pour
contrecarrer les efforts du savant sincèrement épris de
vérité.
Je ne
puis feindre d'ignorer que le sujet choisi doit paraître brûlant à plusieurs et qu'il leur semblera
difficile de le traiter, sans se laisser entraîner par les émotions
contemporaines qui s'agitent autour
de lui. Il ne faut pas oublier pourtant, que ce qu'on appelle « la question alsacienne » n'est pas née
d'hier seulement. Sans remonter à des périodes plus lointaines, sans
évoquer ici le souvenir- des luttes entre Francs et Allamans ou les
partages répétés entre les
descendants de Charlemagne, ni même la tentative de Henri II de France, au
milieu du XVIe siècle, on sait qu'elle s'est posée nettement dès le début de la guerre de
Trente Ans et n'a cessé
d'agiter les esprits pendant tout le reste du XVIIe siècle.
Elle lui a survécu, à vrai
dire; au cours de sa lutte inégale contre l'Europe coalisée, Louis XIV offrait,
encore en 1709, de rendre Strasbourg à l'Empire, afin d'en obtenir la
paix. Les traités d'Utrecht et de Rastatt écartent bien pour un
temps cette discussion de
l'ordre du jour de la politique courante, mais, quatre-vingts ans plus tard, elle est rouverte par les
guerres de la Révolution, et les armées autrichiennes, envahissant
l'Alsace, réclament cette province pour ses maîtres d'autrefois.
Repoussée alors par les armes
victorieuses de la République, la revendication semble un instant à la veille d'aboutir en 1815, après
la défaite de Napoléon. Dès ce
moment, les « patriotes » d'outre-Rhin demandent avec violence cette
annexion de l'Alsace qui devait être, un demi-siècle plus tard, la conséquence fatale de la
coupable incurie, des folies et de l'écrasement du second Empire. Si je
rappelle ces faits indiscutables et connus de tous, c'est
uniquement pour montrer qu'aucune période de l'histoire d'Alsace ne pourrait
être traitée, pour toute la durée des temps modernes, si l'on voulait
s'abstenir de toucher à ce
problème délicat, qui passionna les esprits des siècles écoulés,
comme il passionnait ceux
d'hier et comme il préoccupera ceux de demain.
J'ai tâché cependant de faire
abstraction complète de l'heure présente en retraçant ce tableau du
passé de l'Alsace, que je me suis appliqué à rendre absolument historique,
c'est-à-dire entièrement impartial. Il m'a fallu par moments, je l'avoue,
un certain effort sur moi-même, pour rosier fidèle à cette objectivité
complète, idéal |
||
|
|
||
|
|
||
|
IV
l'ALSACE AU
XVIIe SIECLE
inaccessible peut-être, mais sur
lequel l'historien doit tenir sans cesse les yeux fixés avec la ferme
volonté de l'atteindre. J'espère n'avoir cédé nulle part à la tentation de
faire de cette étude une œuvre de tendance et de polémique, tentation bien
naturelle pourtant, alors que je heurtais sur mon chemin certains
produits de la littérature soi-disant « historique » des vingt-cinq
dernières années. Assurément je dois m'être trompé plus d'une fois dans
les pages qu'on va lire, et la critique la plus bienveillante y pourra
signaler, sans doute, des lacunes et des erreurs. Enfant de l'Alsace,
passionnément attaché à la grande comme à la petite patrie, j'ai mis
pourtant tout ce que je pouvais avoir de volonté tenace à écrire
cette page d'histoire, un quart de siècle après la plus récente conquête,
comme je l'aurais écrite avant ou sans les événements de 1870, sans me
cacher d'ailleurs que cette impartialité ne me garantirait pas contre les
récriminations des uns et m'exposerait peut-être aux reproches des autres.
J'ai cru qu'il était plus vraiment utile pour tous, plus conforme en tout
cas à la dignité de l'histoire, de ne me préoccuper ni de ces accusations
ni de ces blâmes possibles, et de me laisser guider par la seule passion
permise au savant, l'amour de la vérité. C'est elle que j'ai recherchée
partout d'un ardent et sincère effort; au risque de me heurter à de
vieilles erreurs et à des préjugés respectables, j'ai tâché de la suivre
partout où elle a voulu me conduire. Aux hommes compétents par leurs
études, aux esprits impartiaux et vraiment désireux de savoir, de dire si
mon travail a quelque valeur, au moins à ce point de vue, et s'il leur a
fourni, par surcroît, quelques informations nouvelles sur une période
importante de notre histoire nationale.
Le présent volume n'est
cependant qu'une partie de l'étude d'ensemble que j'ai entreprise sur
l'Alsace au XVIIe siècle et sur sa transformation graduelle par
l'influence et 1'administration françaises. A moins de resserrer en un
espace trop restreint une quantité dû faits considérable et de refaire une
fois de plus, sur certains points, le résumé sommaire que présentent la
plupart des histoires un peu détaillées d'Alsace, il fallait me résigner à
étendre mon exposé bien au delà des limites traditionnelles d'une thèse
académique, qu'il m'était interdit de franchir. Un partage s'imposait;
heureusement, il n'a été ni long ni difficile à faire. En décrivant d'une
part l'état matériel de l'Alsace, en dépeignant de l'autre son état
social, intel- |
||
|
|
||
|
|
||
|
PREFACE |
||
|
|
||
|
lectuel et moral, on pouvait
aisément grouper les divers chapitres de cette étude en deux moitiés, de
dimensions à peu près égales. C'est
par une esquisse géographique du territoire et par un croquis
ethnographique des habitants de l'Alsace au XVIIe siècle, que s'ouvre notre travail. Celte esquisse
est suivie d'un aperçu rapide sur les destinées de la région
rhénano-vosgienne, depuis les origines jusqu'à la guerre de Trente Ans,
et d'un tableau plus détaillé des luttes mémorables qui, se
continuant à travers un siècle presque
tout entier, aboutissent à changer le cours des destinées du pays.
Le troisième livre débute par l'exposé de l'organisation générale de
l'Alsace au temps de son autonomie, pour autant qu'on peut parler
d'organismes communs et de rapports intimes dans cet ensemble de petits
Étals, indépendants les uns des autres et souvent même hostiles; puis il
retrace les débuts du gouvernement nouveau; les mesures qu'il prend pour
unifier graduellement l'administration proprement dite, celle de la
justice et celle des finances, et pour absorber complètement la direction
des affaires politiques et militaires, de façon à donner à la province
conquise les premiers éléments d'une autorité commune et le
sentiment d'une cohésion toute nouvelle. Il faudra s'armer ensuite de
quelque courage et de beaucoup de patience pour plonger dans ce fouillis
de territoires d'origine et de nature si diverses, et pour apprendre à
connaître, par le détail, les principautés ecclésiastiques et laïques, les
comtés, les grandes et petites seigneuries, les villes libres et les
villes impériales dont l'inextricable enchevêtrement rend à la fois
la conquête plus facile, et complique l'administration de la façon la plus
embarrassante pour les nouveaux
venus. Cette étude de détail forme l'objet du quatrième livre. Le
tableau de l'Alsace économique clôt le volume. On y trouvera, dans une
série de chapitres, un ensemble de données en partie nouvelles, sur
l'agriculture, sur la viticulture, sur l'élève du bétail et sur
l'exploitation des forêts. Il y est également traité de la grande et
de la petite industrie d'alors, depuis l'exploitation des mines d'argent
seigneuriales jusqu'au travail manuel des humbles artisans de village; de
l'organisation des corps de métiers urbains et des associations
provinciales; de l'introduction de la fabrication moderne par les
privilèges royaux; du commerce par terre et par voie fluviale; des routes
et du service postal; des foires et des marchés; des articles divers du
trafic local, etc. |
||
|
|
||
|
|
||
|
VI
L'ALSACE AU XVIIe
SIECLE
Le second volume, qui suivra, je
l'espère, le premier d'assez I>rès, retracera tout d'abord, et très en
détail, le tableau de la société alsacienne d'alors, les mœurs des grands
seigneurs et de la noblesse, celles des bourgeois des villes et des
populations rurales. On y parlera de leurs coutumes, de leur vie de
famille et de leurs distractions, des lois somptuaires et ordonnances
innombrables qui les enserrent et les brident à chaque tournant de
l'existence, réglant avec un rigorisme méticuleux, qui nous semblerait
intolérable, tous les actes de leur vie publique et privée, et jusqu'à leurs
pensées. On y étudiera tour à tour le gentilhomme alsacien dans ses
plaisirs cynégétiques, le bourgeois cossu dans ses exploits épulaires, le
paysan dans ses réjouissances bruyantes et grossières et ses superstitions
tragiques, plus grossières encore. L'hygiène publique, l'assistance
publique, pour autant qu'elles existaient alors, ne sauraient manquer à ce
tableau; nous verrons donc aussi cette société alsacienne dans sa lutte
contre la misère et la maladie, contre les épidémies si fréquentes
alors et si terribles, contre le vagabondage et la mendicité, nous la
verrous à l'œuvre dans ses asiles, ses hospices et ses hôpitaux. Un
autre livre sera consacré à la vie intellectuelle de l'Alsace au XVIIe
siècle. Nous y parlerons de sa langue et des progrès, lents, ruais
cependant sensibles, qu'y faisait la langue française, dès la fin de cette
époque; de la littérature contemporaine, faible écho de celle du siècle
précédent, qui lut l'âge d'or de l'Alsace littéraire; des rares artistes
de talent auxquels la dureté des temps permit d'y produire quelque œuvre
durable, soit qu'ils fussent enfants du pays, soit qu'ils y fussent venus
de l'étranger. Nous nous appliquerons à donner un tableau fidèle et
véridique de l'enseignement primaire comme de l'enseignement secondaire
dans les écoles et les gymnases d'Alsace, et nous parlerons des Académies
et des Universités, dont les maîtres, illustres alors et presque oubliés
de nos jours, attiraient à Strasbourg et à Molsheim de nombreux étudiants
du dehors. Le huitième livre enfin
traitera de l'étal religieux de l'Alsace au XVIIe
siècle. On y trouvera l'exposé de la situation matérielle et de
l'organisation officielle des deux Églises qui se partageaient, moins
inégalement qu'aujourd'hui, la population du pays; le tableau des mœurs et
de l'influence morale du clergé catholique et du clergé luthérien; celui
de l'éducation religieuse des masses et des manifestations
extérieures de leur foi (confréries, pèlerinages, etc. ).
On |
||
|
|
||
|
|
||
|
PREFACE
VII
y trouvera aussi les
renseignements les plus précis sur les rapports mutuels des différentes
confessions, sur leurs âpres controverses, sur l'attitude des
gouvernements successifs de l'Alsace au XVIIe siècle, à l'égard
des différentes Églises. Un chapitre sur le triste sort des Israélites de
la province, également honnis par les adhérents de l'un et de l'autre
culte, et non moins opprimés d'ordinaire par l'autorité civile, terminera
ce dernier livre.
On s'étonnerait bien à tort de
voir la question religieuse occuper une place, relativement si large, dans
l'exposé de la situation politique, intellectuelle et morale de
l'Alsace d'alors. On s'expose en effet à ne rien comprendre à l'histoire
de cette province, — ni, en général, à celle du XVIIe siècle
tout entier, dans les contrées où n'existe plus l'unité de la foi, — si
l'on ne tient pas grand compte de la situation religieuse. C'est là
seulement qu'on peut trouver la clef d'une foule de faits et de
phénomènes, qui pour l'observateur superficiel semblent absolument
étrangers à cette sphère et ne s'expliquent en aucune manière. Nier
son importance capitale, par ignorance ou parti pris, c'est donc se
rendre volontairement incapable de comprendre et de juger les hommes et
les choses de ce temps. Si ce sont les principes de 1789 ou l'idée de
nationalité qui nous donnent à nous, enfants du XIXe siècle,
l'explication de nos luttes contemporaines, si l'on peut affirmer que,
pour les hommes du XXe siècle, la question sociale
primera les problèmes politiques, la question religieuse, qu'elle
aboutisse à l'autorité absolue de l'Église ou à la liberté des
consciences, dominait de haut toutes les autres, il y a deux cent
cinquante ans; tout le reste est d'ordre secondaire aux yeux des
contemporains.
Je dois remercier ici les
savants qui m'ont facilité ma tâche: M. le Dr Pfannenschmid, directeur des
Archives de la Haute-Alsace, à Golmar; M. le professeur Wiegand, directeur
de celles de la Basse-Alsace, à Strasbourg; M. le Dr
Winckelmann, archiviste de la ville de Strasbourg. Je dois avant tout un
souvenir affectueux et reconnaissant à la mémoire de mes deux
excellents amis, M. Jean Brucker, archiviste de la ville de Strasbourg
(-f-1889), et M. Xavier Mossmann, archiviste de la ville" de Colmar (-f-
1893), qui, pendant près d'un âge d'homme, m'ont accueilli dans leurs
dépôts et m'ont fourni tant d'indications précieuses par leurs
communications, parleurs inventaires et leurs propres travaux.
J'ajoute volontiers à leurs noins |
||
|
|
||
|
|
||
|
VIII
L'ALSACE AU XVIIe
SIÈCLE
celui de mon ami, M. Alfred
Eriehson, directeur de l'Internai ihéo- _ logique et archiviste du
Chapitre de Saint-Thomas "de Strasbourg, grâce auquel j'ai pu utiliser
dans ce riche dépôt tant de pièces relatives à l'histoire religieuse
et scientifique du temps. J'ai pu largement puiser aux richesses de
l'ancienne collection d'alsâliques de Charles-Frédéric Heitz, fondue dans
la bibliothèque de l'Université de Strasbourg, grâce à l'obligeance
constante de son conservateur, en chef, M. le professeur Barack; M. André
Waltz, bibliothécaire de la ville de Colmar, a plus d'une fois mis à ma
disposition les trésors de la collection Chauffour, coniîés à sa garde, et
je me croirais bien ingrat, si, au risque de paraître me louer moi-même,
je ne mentionnais pas ici la nouvelle Bibliothèque municipale de
Strasbourg, que j'ai dirigée, depuis le jour de sa création, pendant
vingt-trois années et dont les plaquettes rares et les manuscrits
alsatiques m'ont été mainte fois d'un si grand>secours pour mon
travail.
Je tiens à signaler moi-même, en
terminant, une lacune volontaire dans les sources dont j'ai fait et aurais
pu faire usage. En dehors des dépôts publics de l'Alsace, il était naturel
de consulter également ceux de Paris. On pense bien que je n'ignorais
pas qu'aux Archives de la guerre, comme aux Archives étrangères et aux
Archives nationales se trouvait une série de dossiers, de
correspondances administratives avec les gouverneurs, les intendants,
les préteurs royaux, etc., en Alsace, qui m'auraient fourni des
renseignements complémentaires précieux pour certains chapitres de
mon ouvrage. Mais au cours de mes recherches, commencées il y a de longues
années déjà, j'appris qu'un jeune compatriote, dont nous attendons
beaucoup pour l'histoire d'Alsace, M. Gh. Pfister, professeur à la
Faculté des lettres de Nancy, avait récemment et longuement exploré ces
dépôts en vue d'une publication future de longue haleine sur
l'administration française en Alsace à la fin du XVIIe et au
cours du XVIIIe siècle. Je me serais fait scrupule de priver le
biographe de Schoepflin, le savant et sympathique historien de
Sainte-Odile et du duché d'Alsace et du Comté de Horbourg,
du fruit légitime de ses recherches, en reprenant, d'une façon
forcément superficielle, les dossiers parcourus par lui et en déflorant de
la sorte un travail dont la publication ne tardera pas trop, je l'espère,
qui complétera certainement le mien, en le rectifiant sans doute sur plus
d'un point |
||
|
|
||
|
|
||
|
PHKFACE
IX
et qui en
sera tout à la fois le prolongement naturel et la contre-épreuve.
Si ce livre, commencé jadis à
l'ombre de la vieille cathédrale de Strasbourg, terminé dans le calme
profond de ce Versailles où tout nous parle encore du « Grand Roi »,
pouvait, malgré ses défauts, faire connaître davantage l'Alsace
d'autrefois à la France d'aujourd'hui; s'il lui en rendait le
souvenir plus cher, en lui rappelant un moment plus heureux de sa propre
histoire, je me sentirais largement récompensé de tout ce qu'il m'a
coûté de recherches et de peines. Je n'ai pas besoin, je le sais, de
souhaiter qu'il me rappelle au souvenir de mes amis de là-bas. La douce
souvenance de la terre natale, la mémoire pieusement conservée de bien des
joies et de tant d'épreuves communes, ont formé des liens trop solides et
trop chers pour que les frontières et les années puissent les affaiblir ou
les rompre jamais.
Versailles, 13 octobre
1896. |
||
|
|
||
|
|
||
|
BIBLIOGRAPHIE |
||
|
|
||
|
Nous avons réuni dans le tableau
systématique suivant, les plus importants travaux imprimés qui se
rapportent aux différentes matières traitées dans les chapitres du présent
ouvrage. Il ne pouvait être question de donner en cet endroit une
bibliographie absolument complète du sujet, et le lecteur est
averti qu'il y cherchera en vain maint article et maint volume cités dans
les notes au_bas des\ pages, mais dont le contenu ne se rapporte
qu'incidemment à l'Alsace. D'autres publications, en assez grand nombre,
n'ont pas été mentionnées parce qu'on ne voulait pas avoir l'air de les
recommander aux travailleurs sérieux, alors qu'elles n'ont aucune
valeur scientifique. Enfin j'ai
systématiquement laissé de côté les quantités prodigieuses de
brochures contemporaines des événe-, ments, pamphlets politiques ou
religieux et écrits de circonstance divers en prose et en vers, pièces
assurément fort utiles à rhisto*-rien, mais dont rénumération aurait
réclamé plus d'une centaine de_ pages, sans que le lecteur, ne sachant où
les trouver (car elles sont assez rares pour la plupart), en eût tiré
grand profit.
On aurait tort surtout de
considérer ce catalogue sommaire, comme une espèce de
Bibliographie générale alsatique. Il y manque une foule
d'excellents ouvrages, anciens et récents, qui font honneur à
l'érudition alsacienne, comme à celle du dehors, mais qui ne figurent
point ici, puisqu'ils ne touchent pas, ou ne touchent qu'à peine à
l'histoire du XVIIe siècle, qui seule est visée dans ces pages.
Si quelque lecteur désirait pourtant se renseigner sur la littérature des
périodes avoisinantes, il pourra consulter, soit le catalogue dressé, il y
a bientôt quarante ans, par l'imprimeur strasbourgeois, Charles-Frédéric
Heitz1, soit celui de la collection dudit bibliophile, publié
par moi en 1868, œuvre de jeunesse fort imparfaite d'ailleurs2,
soit
1. CF. Heitz, Catalogue des principauté
ouerages imprimés sur le département du Bas-Rhin et liste des cartes
de ce département, dans la Description du département du
Bas-Rhin, Strasbourg, Berger-Eevrault, 1858, t. I, p.
417-518.
2. Bibliothèque
Alsatique. Catalogue des Uores, manuscrits, etc., de feu M. C. F.
Heitz, aeec notice préliminaire par Rod, Reuss, Strasbourg, Heitz,
1868, xui-335 p., ia-8". |
||
|
|
||
|
|
||
|
BIBLIOGRAPHIE
XI
enfin le Catalogue de la
Bibliothèque C/iauffbur, rédigé avec le plus grand soin par M. André
Waltz, bibliothécaire de la ville de Coh mai'1. Le
Catalogue sommaire des principaux ouvrages publiés sur l'Alsace,
joinl par M. Eugène Waldner, l'archiviste actuel de la même ville, à
L'Alsace de feu Charles Grad, a paru en 18892; s'il est
nécessairement inoins détaillé que les précédents, il embrasse en plus la
littérature d'une dizaine d'années, et en les combinant tous ensemble, on
composerait sans trop de peine, non la Bibliographie alsatique complète, qui sans
doute ne se fera jamais3, mais un manuel bibliographique
assez complet pour suffire aux besoins de la plupart dès travailleurs qui
s'occupent du passé de notre province '■.
Topographie
Si<n, Muxstkh, Cosmograpbia oder
Beschreibung der gantzen
Weltt,etc. Basel, bey den
Heinricpetrinischen Erben, 1628,1 vol.
ïn-fol., ill. iMartin Zeiller), Topographia
Alsatiae, das ist Beschreibung und
eygentliche Abbildung der
vornehmbsten Staett... im Obern und
Untern Elsass, etc. Franckfurl
am Mayn, Merian, 1646, 1 vol.
in-fol., ill. — Même ouvrage,
deuxième édition. Franckfurt a. M., Merian,
1063, 1 vol. in-fol., ill. P.
du Val, La carte et la
description de l'Alsace françoise, Paris,
Pepingue, 1662, 1 broch. in-12°.
Ch. Nerlinger, Une
description de l'Alsace en 1662. (Revue
d'Alsace, 1895j. Joh. Koenig, Soc. Jesu, Institutio
geographica elementaris, ... qui-
1. Catalogue de la
Bibliothèque Chauffeur, dressé par ordre du Conseil municipal, par André
Walts. Manuscrits et imprimés concernant l'Alsace. Colmar, Jung. 1889,
ijx-769 p., in-S°. M. Ignace Chauffour est
mort en 1879 déjà.
è. Ch. Grad, L'Alsace,
Paris, Hachette, 1889, 1 vol. in-fol., p. 1-11.
3. Combien la tâche serait énorme, et tout à
fait au-dessus des forces d'un seul homme, on peut s'en rendre compte en
voyant le beau Catalogue des Alsatica de la Bibliothèque de Oscar
Berger-Leorault (Nancy, 1886), qui compte six volumes et qui cependant ne
renferme absolument que les pièces imprimées ou éditées par la maison
Levrault, depuis un peu plus de deux siècles.
4. Afin d'éviter le reproche immérité d'avoir
négligé tel ou tel ouvrage ou travail, relatif à notre sujet, qui aurait
paru alors que l'impression de notre volume était achevée, nous constatons que le
bon à tirer de cette Bibliographie a été donné le 19 juin
1897, |
||
|
|
||
|
|
||
|
XII
L'ALSACE AU
XVIIe SIÈCLE
bus aocedit Topographia Alsatiae
et Brisgoiae, etc. Argentorati,
Dolhopff, 1677, 1 vol. in-16°.
Mart. Zeiller, Itinerarium
Germaniae nov-antiquae, teutsches
Reyssbuch, etc. Strassburg, Laz.
Zetzner, 1632,1 vol. in-fol. — Même ouvrage, nouvelle édition. Strassburg,
S. Pauli, 1674,
2 vol, in-fol. M. Ursenson, Elsass und Breyssgau,
aus Joh. Bapt. Melecii
lateinischer Geographi gezogen
und nach gegenwsertigem
Zustand entworffen. Strassburg,
Dolhopff, 1679, 1 vol. in-12°.
F. R. von Ichtersheim, Gantz neue
Elsassische Topographia, das ist der so wohl vor-als jetztmahlige Estât
des gantzen Elsass,* etc. Regenspurg, Seidel, 1710, 1 vol.
in-4°.
Ch.
Grad, L'Alsace, le pays et ses
habitants. Paris, Hachette, 1889,
1 vol. pet. in-fol., ill. Cn.
Grad, Heimatskunde,
Schilderungen aus dem Elsass. Golmar,
Jung, 1878,1 vol.
in-8°.
G. Bleicher,
Les Vosges, le sol et les
habitants. Paris, Baillière, 1890, 1 vol. in-18°.
Ch.
Grad, Orographie des Vosges (Revue
d'Alsace, 1877).
Ch.
Grad, Essai sur le climat de l'Alsace.
Golmar, Decker, 1870, 1 broch.
in-8°.
S. Billing, Chronique des hivers
rigoureux en Alsace (Revue d'Alsace, 1859).
J. DiETiucH, Froids
extraordinaires en Alsace, 764-1709 (Revue d'Alsace, 1860).
'--■
Dom
Ruinart, Voyage littéraire en Alsace au
XVIIe siècle, trad:. du latin par M. Matter. Strasbourg, Levrault,
1826, 1 vol. in-8°.
Aug.
Stoeber, Curiosités de voyages en
Alsace, du XVIe au XIXe
siècle. Colmar, Barth, 1874, 1 vol. in-8°.
Histoires générales d'Alsace
R. P. Laguille, Histoire de la province
d'Alsace depuis Jules-César jusqu'au mariage de Louis XV. Strasbourg,
Dôulssecker, 1727, 1 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, Alsatia illustrata.
Golmariae, Decker, 1751-1761, 2 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, L'Alsace illustrée,
trad. L.-W. Ravenez (avec additions). Mulhouse, Perrin, 1849-1852, 5 vol.
in-8°, planches.
Joh.
Friese, Neue vaterlaendische Geschichte
der Stadt Strassburg und des ehemaligen
Elsasses. Strassburg, Lorenz, 1791-1801, 5 vol. in-8°. |
||
|
|
||
|
|
||
|
bibliographie
A. W. Strobel, Valerlaendische
Geschichte des Elsasses von der frûhesten bis auf die gegenwaertige Zeit,
fortgesetzt von H. Engelhardt. Strassburg, Schmidt, 1841-1849, 6 vol.
in-8°.
L. Gloecklek, Das Elsass, kurze
Darstellung seiner politischen Geschichle. Freiburg i./B., Herder, 1876, 1 vol.
in-8°.
J.-E. Sitzmanx, Aperçu sur l'histoire
politique et religieuse de l'Alsace. Belfort, Péligot, 1878, 1 vol.
in-18°.
J. Rathgeber, Die Geschichte des
Elsass (2e édition). Strassburg R. Schultz, 1882, 1 vol.
in-8°.
0. Lorexz u. W. Scherer, Geschichte dos Elsasses
(3e édition). Berlin, Weidmann, 1886, 1 vol.
in-8°. |
||
|
|
||
|
L. Spach, Histoire de la Basse-Alsace
et de la ville de Strasbourg 'Description du département du Bas-Rhin, t.
I. Strasbourg, Berger-Levrault, 1858).
L. Spach, Lettres sur les archives
départementales du Bas-Rhin. Strasbourg, Piton, 1862, 1 vol.
in-8°.
L. Spach, Inventaire sommaire des
archives départementales antérieures à 1790, Bas-Rhin. Strasbourg,
Berger-Levrault, 1863-1872, 4 vol. in-4".
L. Briele, Inventaire sommaire des
archives départementales, etc., Haut-Rhin. Colmar, Hoffmann, 1863-1870, 3
vol. in-4°.
Guerre de Trente Ans
X. Mossmann", Matériaux tirés des
Archives de Colmar pour servir à l'histoire de la guerre de Trente Ans
(Revue d'Alsace, 1876-1891).
R. Reuss, Beilraege zur Geschichle
des dreissigjaehrigen Krieges im Elsass, I : Strassburg und die
Evangelische Union (1618-1621). Mulhausen, Risler, 1868, 1 broch.
in-8°.
Dag.
Fischer, Diarium du siège de Saverne en
1622 (Revue d'Alsace,
1853).
Rod.
Reuss, Un poème alsatique relatif au
comte de Mansfeld et au siège de
Saverne en 1622, avec quelques autres pièces rares de la même époque (Revue d'Alsace,
1870).
A. de Kentzinger, Documents
historiques tirés des Archives de Strasbourg. Strasbourg, Levrault,
1818-1819, 2 vol. in-8°.
Ed.
Ensfelder, Souffrances de Riquewihr
pendant la guerre de Trente Ans
(Revue d'Alsace, 1877). |
||
|
|
||
|
|
||
|
XiV
l'alsace au xvii*
siècle
H. Bardy, Les Suédois dans le Sundgau
(Revue d'Alsace, 1853-
1856).
F. Bresch,
Stadt und Thaï Munster ira
Elsass im dreissigjaehrigen
Kriege (Zeitschrift fur
Geschichte des Oberrheins, neue Folge,
vol. X).
•
K. Molitor, Der Verrath von Breisach,
1639. Ein Beitrag zur
Gesehichte des Verlustes der
Landgrafschaft im Elsass, etc.
Naumburg, Paetz, 1875, 1 broch.
in-8°. Rod.
Reuss, Josias Glaser et son
projet d'annexer l'Alsace à la
France, en 1639 (Revue d'Alsace,
1869). R. Reuss, Strassburg
ira dreissigjaehrigen Kriege, Fragment aus
der
Chronik von J. J. Walter. Strassburg, Treuttel u. Wùrtz,
1879, 1 broch. in-4°. Avenel, Lettres, instructions
diplomatiques et papiers d'État du
cardinal de Richelieu. Paris,
Imprimerie] Impériale et Nationale,
1853-1877, 8 vol. in-4°. X.
Mossmann, Contestation de
Colmar avec la. Cour de. France
(Revue de l'Est, Metz, 1869). J.
G. Droysex, Bernhard von
Weimar. Leipzig, Duncker vu
Humblot, 1885, 2 vol. in-8°. A.
von Gonzenbach, Der General
Hans Ludwig von Erlach. Bern,
Wyss, 1880-1882, 4 vol. in-8°.
Sabourin de Nanton, Jean Louis d'Erlach,
gouverneur de Brisach.
(Revue d'Alsace, 1868).
,;
Rod.
Reuss, Lettres inédites de Louis XIII,
Louis XIV, du princa
de Condé, etc., au Magistrat de
Strasbourg, 1642-1647 (Revue
d'Alsace, 1875). H. Bardy, Le comte de la Suze et la
seigneurie de.Belfort de 1636,
à 1654. Saint-Dié, 1885, 1
broch. in-8°.
A. Chéruel, Lettres du cardinal de
Mazarin pendant son. ministère. T. I-VIII. Paris, Imprimerie
Nationale, 1872-1894, 8 vol.
in-4". |
||
|
|