BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES
PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES
'DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES; CENT-SEIZIÈME FASCICULE                   :
L'ALSACE AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE, PAR RODOLPHE REUSS
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PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER
1897
Tous droits réservés

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CHALON-SUR-SAONE
IMPRIMERIE FRANÇAISE ET ORIENTALE DIS L. MARCEAU

L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE


L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
AU POINT DE VUE
GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE, ADMINISTRATIF ÉCONOMIQUE, SOCIAL, INTELLECTUEL ET RELIGIEUX
RODOLPHE REUSS
MAITRE DE CONFERENCES A L 'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES ANCIEN BIBLIOTHÉCAIRE DE, LA VII. I. E DE STRASBOURG
TOME PREMIER
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PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER 1897
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MONSIEUR AUGUSTE HIMLY
MEMBRE DE L'INSTITUT DOYEN DE LA FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS
HOMMAGE D'AFFECTION DE RECONNAISSANCE ET DE RESPECT


PRÉFACE
Le but du présent travail est de retracer, aussi fidèlement que possible, le tableau de l'Alsace au XVIIe siècle, tant pour les années qui précédèrent sa réunion à la France que pour celles qui suivirent la conquête. Exposer brièvement la géographie physique de la nouvelle province, en raconter l'histoire, examiner tour à tour sa situation politique, administrative, économique, intellec­tuelle et religieuse, depuis le début de la guerre de Trente Ans jusqu'à la paix de Ryswick, c'est ce que je voudrais faire dans le présent volume et dans (relui qui suivra, avec autant de précision que le permettent les sources disponibles, avec cette ferme volonté d'impartialité, qui est le premier devoir de l'historien.
C'est un sujet assez vaste et qui n'avait point encore été abordé dans ses menus détails. Sans doute, les aperçus sommaires sur cette période ne manquent pas dans les histoires générales de l'Alsace et d'excellentes monographies ont été consacrées à quelques-uns des points que j'aurai à toucher ici. Je le reconnais d'autant plus volon­tiers que j'ai beaucoup profité des travaux de certains de mes devan­ciers. Mais personne encore n'avait pris à tâche de réunir et de condenser les nombreux matériaux disséminés dans la littérature alsatique ancienne ou contemporaine, et bien peu d'entre mes pré­décesseurs avaient songé à porter leurs investigations dans les dépôts d'archives du pays, afin d'en tirer les documents néces­saires pour mieux éclairer la situation de l'Alsace d'alors. Il est vrai que ce travail de dépouillement des archives, pour être un peu complet, aurait exigé des loisirs autrement prolongés que les miens, et je n'ai pu le poursuivre que dans une assez faible mesure, à travers des occupations professionnelles très absor­bantes, pendant plus de trente ans. Travail un peu ingrat aussi, dans certaines de ses parties, puisque, pour fournir un tableau d'ensemble complet, il fallait y aborder une série de questions techniques auxquelles l'auteur se sentait moins compétent pour1 R. Rkess, Alsace.                                                                                        n.

II                                     L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
répondre, tout en craignant que bien des lecteurs ne_ trouvassent ces. chapitres trop longs, voire même inutiles. Cependant il n'est plus permis de nos jours aux historiens d'ignorer, dans leurs récits, les problèmes économiques et de passer sous silence les détails administratifs en apparence les plus arides. L'histoire de la civili­sation, reflétée dans les idées et les mœurs, les coutumes, les superstitions même des populations les plus obscures, nous paraît, à bon droit, plus utile à connaître, et parfois plus attrayante, que l'histoire des guerres et des intrigues diplomatiques. Du moins elle marque quelque chose de plus durable dans les étapes de l'huma nité, alors que les rencontres sanglantes des nations sur les champs de bataille n'ont jamais fixé la victoire que pour un temps, et que les traités de paix qui les ont suivies, démentent, d'époque en époque, en se renouvelant en sens contraire, la décevante éternité pour laquelle on prétend les conclure.
Le long et intermittent labeur de la juxtaposition de tant de maté­riaux, réunis durant un si grand nombre d'années, était rendu, doublement fastidieux par l'état dans lequel se trouvaient, au, XVIIe siècle, ces contrées vogéso-rhénanes dont j'ai tâché de retra­cer l'histoire. Elles n'ont réellement eu droit à un nom collectif, et n'ont pu s'appeler la province d'Alsace qu'au moment où elles s'absorbaient dans le sein de la monarchie française. Pour étudier^ de plus près ces microcosmes politiques, pour s'intéresser à leur_, vie propre, à leur épanouissement comme à leur décadence, il faut être soutenu par l'amour profond du sol natal. Il faut peut-être avoir atteint aussi cette sage résignation, fruit de longues années d'expérience, qui nous montre les grandes scènes de l'histoire universelle se modifiant sans cesse aux yeux de-la-postée-rite, selon les lueurs changeantes que projettent sur elles les pas­sions contemporaines. Désespérant alors de fixer jamais d'une façon définitive ces tableaux plus vastes, à la perspective plus pro­fonde, on se prend à croire que, dans une sphère plus modeste, et plus étroitement circonscrite, la vérité serait moins rebelle à qui lâcherait de l'atteindre. On se dit, — et peut-être n'est-ce qu'une illusion de plus, — qu'à force de serrer les détails, d'en détermine!* les données minutieuses, on a quelque chance d'échapper aux juge­ments arbitraires de « l'animal politique », comme à l'erreur des imaginations du poète, qui vivent en nous tous et s'y réveillent,

Préface                                              iii
parfois assez mal à propos, pour contrecarrer les efforts du savant sincèrement épris de vérité.
Je ne puis feindre d'ignorer que le sujet choisi doit paraître brûlant à plusieurs et qu'il leur semblera difficile de le traiter, sans se laisser entraîner par les émotions contemporaines qui s'agitent autour de lui. Il ne faut pas oublier pourtant, que ce qu'on appelle « la question alsacienne » n'est pas née d'hier seulement. Sans remonter à des périodes plus lointaines, sans évoquer ici le souve­nir- des luttes entre Francs et Allamans ou les partages répétés entre les descendants de Charlemagne, ni même la tentative de Henri II de France, au milieu du XVIe siècle, on sait qu'elle s'est posée nettement dès le début de la guerre de Trente Ans et n'a cessé d'agiter les esprits pendant tout le reste du XVIIe siècle. Elle lui a survécu, à vrai dire; au cours de sa lutte inégale contre l'Europe coalisée, Louis XIV offrait, encore en 1709, de rendre Strasbourg à l'Empire, afin d'en obtenir la paix. Les traités d'Utrecht et de Rastatt écartent bien pour un temps cette discus­sion de l'ordre du jour de la politique courante, mais, quatre-vingts ans plus tard, elle est rouverte par les guerres de la Révolution, et les armées autrichiennes, envahissant l'Alsace, réclament cette province pour ses maîtres d'autrefois. Repoussée alors par les armes victorieuses de la République, la revendication semble un instant à la veille d'aboutir en 1815, après la défaite de Napoléon. Dès ce moment, les « patriotes » d'outre-Rhin demandent avec vio­lence cette annexion de l'Alsace qui devait être, un demi-siècle plus tard, la conséquence fatale de la coupable incurie, des folies et de l'écrasement du second Empire. Si je rappelle ces faits indis­cutables et connus de tous, c'est uniquement pour montrer qu'aucune période de l'histoire d'Alsace ne pourrait être traitée, pour toute la durée des temps modernes, si l'on voulait s'abstenir de toucher à ce problème délicat, qui passionna les esprits des siècles écoulés, comme il passionnait ceux d'hier et comme il préoccupera ceux de demain.
J'ai tâché cependant de faire abstraction complète de l'heure pré­sente en retraçant ce tableau du passé de l'Alsace, que je me suis appliqué à rendre absolument historique, c'est-à-dire entièrement impartial. Il m'a fallu par moments, je l'avoue, un certain effort sur moi-même, pour rosier fidèle à cette objectivité complète, idéal

IV                                         l'ALSACE AU XVIIe SIECLE
inaccessible peut-être, mais sur lequel l'historien doit tenir sans cesse les yeux fixés avec la ferme volonté de l'atteindre. J'espère n'avoir cédé nulle part à la tentation de faire de cette étude une œuvre de tendance et de polémique, tentation bien naturelle pour­tant, alors que je heurtais sur mon chemin certains produits de la littérature soi-disant « historique » des vingt-cinq dernières années. Assurément je dois m'être trompé plus d'une fois dans les pages qu'on va lire, et la critique la plus bienveillante y pourra signaler, sans doute, des lacunes et des erreurs. Enfant de l'Alsace, passion­nément attaché à la grande comme à la petite patrie, j'ai mis pour­tant tout ce que je pouvais avoir de volonté tenace à écrire cette page d'histoire, un quart de siècle après la plus récente conquête, comme je l'aurais écrite avant ou sans les événements de 1870, sans me cacher d'ailleurs que cette impartialité ne me garantirait pas contre les récriminations des uns et m'exposerait peut-être aux reproches des autres. J'ai cru qu'il était plus vraiment utile pour tous, plus conforme en tout cas à la dignité de l'histoire, de ne me préoccuper ni de ces accusations ni de ces blâmes possibles, et de me laisser guider par la seule passion permise au savant, l'amour de la vérité. C'est elle que j'ai recherchée partout d'un ardent et sincère effort; au risque de me heurter à de vieilles erreurs et à des préjugés respectables, j'ai tâché de la suivre partout où elle a voulu me conduire. Aux hommes compétents par leurs études, aux esprits impartiaux et vraiment désireux de savoir, de dire si mon travail a quelque valeur, au moins à ce point de vue, et s'il leur a fourni, par surcroît, quelques informations nouvelles sur une période importante de notre histoire nationale.
Le présent volume n'est cependant qu'une partie de l'étude d'en­semble que j'ai entreprise sur l'Alsace au XVIIe siècle et sur sa transformation graduelle par l'influence et 1'administration françaises. A moins de resserrer en un espace trop restreint une quantité dû faits considérable et de refaire une fois de plus, sur certains points, le résumé sommaire que présentent la plupart des histoires un peu détaillées d'Alsace, il fallait me résigner à étendre mon exposé bien au delà des limites traditionnelles d'une thèse académique, qu'il m'était interdit de franchir. Un partage s'imposait; heureusement, il n'a été ni long ni difficile à faire. En décrivant d'une part l'état matériel de l'Alsace, en dépeignant de l'autre son état social, intel-

PREFACE
lectuel et moral, on pouvait aisément grouper les divers chapitres de cette étude en deux moitiés, de dimensions à peu près égales. C'est par une esquisse géographique du territoire et par un croquis ethnographique des habitants de l'Alsace au XVIIe siècle, que s'ouvre notre travail. Celte esquisse est suivie d'un aperçu rapide sur les destinées de la région rhénano-vosgienne, depuis les origines jusqu'à la guerre de Trente Ans, et d'un tableau plus détaillé des luttes mémorables qui, se continuant à travers un siècle presque tout entier, aboutissent à changer le cours des destinées du pays. Le troisième livre débute par l'exposé de l'organisation générale de l'Alsace au temps de son autonomie, pour autant qu'on peut parler d'organismes communs et de rapports intimes dans cet ensemble de petits Étals, indépendants les uns des autres et souvent même hostiles; puis il retrace les débuts du gouvernement nouveau; les mesures qu'il prend pour unifier graduellement l'administration proprement dite, celle de la justice et celle des finances, et pour absorber complètement la direction des affaires politiques et mili­taires, de façon à donner à la province conquise les premiers éléments d'une autorité commune et le sentiment d'une cohésion toute nouvelle. Il faudra s'armer ensuite de quelque courage et de beaucoup de patience pour plonger dans ce fouillis de territoires d'origine et de nature si diverses, et pour apprendre à connaître, par le détail, les principautés ecclésiastiques et laïques, les comtés, les grandes et petites seigneuries, les villes libres et les villes impé­riales dont l'inextricable enchevêtrement rend à la fois la conquête plus facile, et complique l'administration de la façon la plus embar­rassante pour les nouveaux venus. Cette étude de détail forme l'objet du quatrième livre. Le tableau de l'Alsace économique clôt le volume. On y trouvera, dans une série de chapitres, un ensemble de données en partie nouvelles, sur l'agriculture, sur la viticulture, sur l'élève du bétail et sur l'exploitation des forêts. Il y est éga­lement traité de la grande et de la petite industrie d'alors, depuis l'exploitation des mines d'argent seigneuriales jusqu'au travail manuel des humbles artisans de village; de l'organisation des corps de métiers urbains et des associations provinciales; de l'introduction de la fabrication moderne par les privilèges royaux; du commerce par terre et par voie fluviale; des routes et du service postal; des foires et des marchés; des articles divers du trafic local, etc.

VI                                          L'ALSACE AU XVIIe SIECLE
Le second volume, qui suivra, je l'espère, le premier d'assez I>rès, retracera tout d'abord, et très en détail, le tableau de la société alsacienne d'alors, les mœurs des grands seigneurs et de la noblesse, celles des bourgeois des villes et des populations rurales. On y par­lera de leurs coutumes, de leur vie de famille et de leurs distractions, des lois somptuaires et ordonnances innombrables qui les enserrent et les brident à chaque tournant de l'existence, réglant avec un rigorisme méticuleux, qui nous semblerait intolérable, tous les actes de leur vie publique et privée, et jusqu'à leurs pensées. On y étudiera tour à tour le gentilhomme alsacien dans ses plaisirs cynégétiques, le bourgeois cossu dans ses exploits épulaires, le paysan dans ses réjouissances bruyantes et grossières et ses superstitions tragiques, plus grossières encore. L'hygiène publique, l'assistance publique, pour autant qu'elles existaient alors, ne sauraient manquer à ce tableau; nous verrons donc aussi cette société alsacienne dans sa lutte contre la misère et la maladie, contre les épidémies si fré­quentes alors et si terribles, contre le vagabondage et la mendicité, nous la verrous à l'œuvre dans ses asiles, ses hospices et ses hôpi­taux. Un autre livre sera consacré à la vie intellectuelle de l'Alsace au XVIIe siècle. Nous y parlerons de sa langue et des progrès, lents, ruais cependant sensibles, qu'y faisait la langue française, dès la fin de cette époque; de la littérature contemporaine, faible écho de celle du siècle précédent, qui lut l'âge d'or de l'Alsace littéraire; des rares artistes de talent auxquels la dureté des temps permit d'y produire quelque œuvre durable, soit qu'ils fussent enfants du pays, soit qu'ils y fussent venus de l'étranger. Nous nous appliquerons à donner un tableau fidèle et véridique de l'enseignement primaire comme de l'enseignement secondaire dans les écoles et les gymnases d'Alsace, et nous parlerons des Académies et des Universités, dont les maîtres, illustres alors et presque oubliés de nos jours, attiraient à Strasbourg et à Molsheim de nombreux étudiants du dehors. Le huitième livre enfin traitera de l'étal religieux de l'Alsace au XVIIe siècle. On y trouvera l'exposé de la situation matérielle et de l'organisation officielle des deux Églises qui se partageaient, moins inégalement qu'aujourd'hui, la population du pays; le tableau des mœurs et de l'influence morale du clergé catholique et du clergé luthérien; celui de l'éducation religieuse des masses et des mani­festations extérieures de leur foi (confréries, pèlerinages, etc. ). On

PREFACE                                                    VII
y trouvera aussi les renseignements les plus précis sur les rapports mutuels des différentes confessions, sur leurs âpres controverses, sur l'attitude des gouvernements successifs de l'Alsace au XVIIe siècle, à l'égard des différentes Églises. Un chapitre sur le triste sort des Israélites de la province, également honnis par les adhérents de l'un et de l'autre culte, et non moins opprimés d'ordinaire par l'autorité civile, terminera ce dernier livre.
On s'étonnerait bien à tort de voir la question religieuse occuper une place, relativement si large, dans l'exposé de la situation poli­tique, intellectuelle et morale de l'Alsace d'alors. On s'expose en effet à ne rien comprendre à l'histoire de cette province, — ni, en général, à celle du XVIIe siècle tout entier, dans les contrées où n'existe plus l'unité de la foi, — si l'on ne tient pas grand compte de la situation religieuse. C'est là seulement qu'on peut trouver la clef d'une foule de faits et de phénomènes, qui pour l'observateur superficiel semblent absolument étrangers à cette sphère et ne s'ex­pliquent en aucune manière. Nier son importance capitale, par igno­rance ou parti pris, c'est donc se rendre volontairement incapable de comprendre et de juger les hommes et les choses de ce temps. Si ce sont les principes de 1789 ou l'idée de nationalité qui nous donnent à nous, enfants du XIXe siècle, l'explication de nos luttes contemporaines, si l'on peut affirmer que, pour les hommes du XXe siècle, la question sociale primera les problèmes politiques, la question religieuse, qu'elle aboutisse à l'autorité absolue de l'Église ou à la liberté des consciences, dominait de haut toutes les autres, il y a deux cent cinquante ans; tout le reste est d'ordre secondaire aux yeux des contemporains.
Je dois remercier ici les savants qui m'ont facilité ma tâche: M. le Dr Pfannenschmid, directeur des Archives de la Haute-Alsace, à Golmar; M. le professeur Wiegand, directeur de celles de la Basse-Alsace, à Strasbourg; M. le Dr Winckelmann, archiviste de la ville de Strasbourg. Je dois avant tout un souvenir affectueux et recon­naissant à la mémoire de mes deux excellents amis, M. Jean Brucker, archiviste de la ville de Strasbourg (-f-1889), et M. Xavier Mossmann, archiviste de la ville" de Colmar (-f- 1893), qui, pendant près d'un âge d'homme, m'ont accueilli dans leurs dépôts et m'ont fourni tant d'indications précieuses par leurs communications, parleurs inven­taires et leurs propres travaux. J'ajoute volontiers à leurs noins

VIII                                      L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
celui de mon ami, M. Alfred Eriehson, directeur de l'Internai ihéo- _ logique et archiviste du Chapitre de Saint-Thomas "de Strasbourg, grâce auquel j'ai pu utiliser dans ce riche dépôt tant de pièces rela­tives à l'histoire religieuse et scientifique du temps. J'ai pu large­ment puiser aux richesses de l'ancienne collection d'alsâliques de Charles-Frédéric Heitz, fondue dans la bibliothèque de l'Université de Strasbourg, grâce à l'obligeance constante de son conservateur, en chef, M. le professeur Barack; M. André Waltz, bibliothécaire de la ville de Colmar, a plus d'une fois mis à ma disposition les trésors de la collection Chauffour, coniîés à sa garde, et je me croirais bien ingrat, si, au risque de paraître me louer moi-même, je ne mentionnais pas ici la nouvelle Bibliothèque municipale de Strasbourg, que j'ai dirigée, depuis le jour de sa création, pendant vingt-trois années et dont les plaquettes rares et les manuscrits alsatiques m'ont été mainte fois d'un si grand>secours pour mon travail.
Je tiens à signaler moi-même, en terminant, une lacune volontaire dans les sources dont j'ai fait et aurais pu faire usage. En dehors des dépôts publics de l'Alsace, il était naturel de consulter éga­lement ceux de Paris. On pense bien que je n'ignorais pas qu'aux Archives de la guerre, comme aux Archives étrangères et aux Archives nationales se trouvait une série de dossiers, de correspon­dances administratives avec les gouverneurs, les intendants, les préteurs royaux, etc., en Alsace, qui m'auraient fourni des rensei­gnements complémentaires précieux pour certains chapitres de mon ouvrage. Mais au cours de mes recherches, commencées il y a de longues années déjà, j'appris qu'un jeune compatriote, dont nous attendons beaucoup pour l'histoire d'Alsace, M. Gh. Pfister, profes­seur à la Faculté des lettres de Nancy, avait récemment et longuement exploré ces dépôts en vue d'une publication future de longue haleine sur l'administration française en Alsace à la fin du XVIIe et au cours du XVIIIe siècle. Je me serais fait scrupule de priver le biographe de Schoepflin, le savant et sympathique historien de Sainte-Odile et du duché d'Alsace et du Comté de Horbourg, du fruit légitime de ses recherches, en reprenant, d'une façon forcément superficielle, les dossiers parcourus par lui et en déflorant de la sorte un travail dont la publication ne tardera pas trop, je l'espère, qui complétera certainement le mien, en le rectifiant sans doute sur plus d'un point

PHKFACE                                                            IX
et qui en sera tout à la fois le prolongement naturel et la contre-épreuve.
Si ce livre, commencé jadis à l'ombre de la vieille cathédrale de Strasbourg, terminé dans le calme profond de ce Versailles où tout nous parle encore du « Grand Roi », pouvait, malgré ses défauts, faire connaître davantage l'Alsace d'autrefois à la France d'aujour­d'hui; s'il lui en rendait le souvenir plus cher, en lui rappelant un moment plus heureux de sa propre histoire, je me sentirais lar­gement récompensé de tout ce qu'il m'a coûté de recherches et de peines. Je n'ai pas besoin, je le sais, de souhaiter qu'il me rappelle au souvenir de mes amis de là-bas. La douce souvenance de la terre natale, la mémoire pieusement conservée de bien des joies et de tant d'épreuves communes, ont formé des liens trop solides et trop chers pour que les frontières et les années puissent les affaiblir ou les rompre jamais.
Versailles, 13 octobre 1896.

BIBLIOGRAPHIE
Nous avons réuni dans le tableau systématique suivant, les plus importants travaux imprimés qui se rapportent aux différentes matières traitées dans les chapitres du présent ouvrage. Il ne pou­vait être question de donner en cet endroit une bibliographie absolu­ment complète du sujet, et le lecteur est averti qu'il y cherchera en vain maint article et maint volume cités dans les notes au_bas des\ pages, mais dont le contenu ne se rapporte qu'incidemment à l'Alsace. D'autres publications, en assez grand nombre, n'ont pas été mentionnées parce qu'on ne voulait pas avoir l'air de les recom­mander aux travailleurs sérieux, alors qu'elles n'ont aucune valeur scientifique. Enfin j'ai systématiquement laissé de côté les quantités prodigieuses de brochures contemporaines des événe-, ments, pamphlets politiques ou religieux et écrits de circonstance divers en prose et en vers, pièces assurément fort utiles à rhisto*-rien, mais dont rénumération aurait réclamé plus d'une centaine de_ pages, sans que le lecteur, ne sachant où les trouver (car elles sont assez rares pour la plupart), en eût tiré grand profit.
On aurait tort surtout de considérer ce catalogue sommaire, comme une espèce de Bibliographie générale alsatique. Il y manque une foule d'excellents ouvrages, anciens et récents, qui font hon­neur à l'érudition alsacienne, comme à celle du dehors, mais qui ne figurent point ici, puisqu'ils ne touchent pas, ou ne touchent qu'à peine à l'histoire du XVIIe siècle, qui seule est visée dans ces pages. Si quelque lecteur désirait pourtant se renseigner sur la littérature des périodes avoisinantes, il pourra consulter, soit le catalogue dressé, il y a bientôt quarante ans, par l'imprimeur strasbourgeois, Charles-Frédéric Heitz1, soit celui de la collection dudit bibliophile, publié par moi en 1868, œuvre de jeunesse fort imparfaite d'ailleurs2, soit
1.  CF. Heitz, Catalogue des principauté ouerages imprimés sur le dépar­tement du Bas-Rhin et liste des cartes de ce département, dans la Descrip­tion du département du Bas-Rhin, Strasbourg, Berger-Eevrault, 1858, t. I, p. 417-518.
2.  Bibliothèque Alsatique. Catalogue des Uores, manuscrits, etc., de feu M. C. F. Heitz, aeec notice préliminaire par Rod, Reuss, Strasbourg, Heitz, 1868, xui-335 p., ia-8".

BIBLIOGRAPHIE                                                     XI
enfin le Catalogue de la Bibliothèque C/iauffbur, rédigé avec le plus grand soin par M. André Waltz, bibliothécaire de la ville de Coh mai'1. Le Catalogue sommaire des principaux ouvrages publiés sur l'Alsace, joinl par M. Eugène Waldner, l'archiviste actuel de la même ville, à L'Alsace de feu Charles Grad, a paru en 18892; s'il est nécessairement inoins détaillé que les précédents, il embrasse en plus la littérature d'une dizaine d'années, et en les combinant tous ensemble, on composerait sans trop de peine, non la Biblio­graphie alsatique complète, qui sans doute ne se fera jamais3, mais un manuel bibliographique assez complet pour suffire aux besoins de la plupart dès travailleurs qui s'occupent du passé de notre province '■.
Topographie
Si<n, Muxstkh, Cosmograpbia oder Beschreibung der gantzen
Weltt,etc. Basel, bey den Heinricpetrinischen Erben, 1628,1 vol.
ïn-fol., ill. iMartin Zeiller), Topographia Alsatiae, das ist Beschreibung und
eygentliche Abbildung der vornehmbsten Staett... im Obern und
Untern Elsass, etc. Franckfurl am Mayn, Merian, 1646, 1 vol.
in-fol., ill. — Même ouvrage, deuxième édition. Franckfurt a. M., Merian,
1063, 1 vol. in-fol., ill. P. du Val, La carte et la description de l'Alsace françoise, Paris,
Pepingue, 1662, 1 broch. in-12°. Ch. Nerlinger, Une description de l'Alsace en 1662. (Revue
d'Alsace, 1895j. Joh. Koenig, Soc. Jesu, Institutio geographica elementaris, ... qui-
1. Catalogue de la Bibliothèque Chauffeur, dressé par ordre du Conseil municipal, par André Walts. Manuscrits et imprimés concernant l'Alsace. Colmar, Jung. 1889, ijx-769 p., in-S°. M. Ignace Chauffour est mort en 1879 déjà.
è. Ch. Grad, L'Alsace, Paris, Hachette, 1889, 1 vol. in-fol., p. 1-11.
3.  Combien la tâche serait énorme, et tout à fait au-dessus des forces d'un seul homme, on peut s'en rendre compte en voyant le beau Catalogue des Alsatica de la Bibliothèque de Oscar Berger-Leorault (Nancy, 1886), qui compte six volumes et qui cependant ne renferme absolument que les pièces imprimées ou éditées par la maison Levrault, depuis un peu plus de deux siècles.
4.  Afin d'éviter le reproche immérité d'avoir négligé tel ou tel ouvrage ou travail, relatif à notre sujet, qui aurait paru alors que l'impression de notre volume était achevée, nous constatons que le bon à tirer de cette Biblio­graphie a été donné le 19 juin 1897,

XII                                       L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
bus aocedit Topographia Alsatiae et Brisgoiae, etc. Argentorati,
Dolhopff, 1677, 1 vol. in-16°. Mart. Zeiller, Itinerarium Germaniae nov-antiquae, teutsches
Reyssbuch, etc. Strassburg, Laz. Zetzner, 1632,1 vol. in-fol. — Même ouvrage, nouvelle édition. Strassburg, S. Pauli, 1674,
2 vol, in-fol. M. Ursenson, Elsass und Breyssgau, aus Joh. Bapt. Melecii
lateinischer Geographi gezogen und nach gegenwsertigem
Zustand entworffen. Strassburg, Dolhopff, 1679, 1 vol. in-12°.
F.  R. von Ichtersheim, Gantz neue Elsassische Topographia, das ist der so wohl vor-als jetztmahlige Estât des gantzen Elsass,* etc. Regenspurg, Seidel, 1710, 1 vol. in-4°.
Ch. Grad, L'Alsace, le pays et ses habitants. Paris, Hachette, 1889,
1 vol. pet. in-fol., ill. Cn. Grad, Heimatskunde, Schilderungen aus dem Elsass. Golmar,
Jung, 1878,1 vol. in-8°.
G.  Bleicher, Les Vosges, le sol et les habitants. Paris, Baillière, 1890, 1 vol. in-18°.
Ch. Grad, Orographie des Vosges (Revue d'Alsace, 1877).
Ch. Grad, Essai sur le climat de l'Alsace. Golmar, Decker, 1870, 1 broch. in-8°.
S. Billing, Chronique des hivers rigoureux en Alsace (Revue d'Al­sace, 1859).
J. DiETiucH, Froids extraordinaires en Alsace, 764-1709 (Revue d'Alsace, 1860).                                                                          '--■
Dom Ruinart, Voyage littéraire en Alsace au XVIIe siècle, trad:. du latin par M. Matter. Strasbourg, Levrault, 1826, 1 vol. in-8°.
Aug. Stoeber, Curiosités de voyages en Alsace, du XVIe au XIXe siècle. Colmar, Barth, 1874, 1 vol. in-8°.
Histoires générales d'Alsace
R. P. Laguille, Histoire de la province d'Alsace depuis Jules-César jusqu'au mariage de Louis XV. Strasbourg, Dôulssecker, 1727, 1 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, Alsatia illustrata. Golmariae, Decker, 1751-1761, 2 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, L'Alsace illustrée, trad. L.-W. Ravenez (avec additions). Mulhouse, Perrin, 1849-1852, 5 vol. in-8°, planches.
Joh. Friese, Neue vaterlaendische Geschichte der Stadt Strassburg und des ehemaligen Elsasses. Strassburg, Lorenz, 1791-1801, 5 vol. in-8°.

bibliographie
A. W. Strobel, Valerlaendische Geschichte des Elsasses von der frûhesten bis auf die gegenwaertige Zeit, fortgesetzt von H. Engelhardt. Strassburg, Schmidt, 1841-1849, 6 vol. in-8°.
L. Gloecklek, Das Elsass, kurze Darstellung seiner politischen Geschichle. Freiburg i./B., Herder, 1876, 1 vol. in-8°.
J.-E. Sitzmanx, Aperçu sur l'histoire politique et religieuse de l'Al­sace. Belfort, Péligot, 1878, 1 vol. in-18°.
J. Rathgeber, Die Geschichte des Elsass (2e édition). Strassburg R. Schultz, 1882, 1 vol. in-8°.
0. Lorexz u. W. Scherer, Geschichte dos Elsasses (3e édition). Berlin, Weidmann, 1886, 1 vol. in-8°.
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XiV                               l'alsace au xvii* siècle
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H. Rocholl, Der Feldzug des Grossen Kurfùrsten gegen Frank­reich, 1674-1675. Berlin, Mittler, 1879, 1 broch. in-8°.
H. Rocholl. Der grosse Kurfùrst von Brandenburg im Elsass, 1674-1675. Colmar, Decker, 1877, 1 vol. in-8°.
1. Cet ouvrage vient de paraître au moment où nous corrigeons les épreuves de notre Bibliographie. C'est une étude très sérieuse, qui, vu ses dimensions notables et les recherches laites par l'auteur aux Archives de Vienne, précise et élargit naturellement nos connaissances sur certaines phases des négociations de Westphalie. Cependant, tout en le signalant avec reconnaissance, il faut dire que le volume de M. Jacob ne nous apporte point de révélations inattendues, ni rien d'absolument nouveau. Nous n'avons surtout rien trouvé, dans son argumentation, qui nous oblige à modifier uotre propre manière de voir sur son sujet.

Xvi                              l'alsAcè Au xvii* siècle
H. Rocholi., Die braunschweigisch-liineburgischen Truppen im
Feldzug des Grossen Kurfiirsten gegen Frankreich, i674-1675
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1 broch. in-8°.
Ch. Gérard, La bataille de Turckheim (Revue d'Alsace, 1851). (Deschamps), Mémoires des deux dernières campagnes de M. de
Turenne en Allemagne, etc. Strasbourg, Dbulssecker, 1734, 1 vol.
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de Turenne, 1672-1675, Paris, Chardon, 1782, 2 vol. in-fol. P. Luemkemaxx, Turennes letzter Feldzug. Halle, Karras, 1883,
1 vol. in-8°. B. Han, Das Seelzagende Elsass, das ist ausfùhrliche Beschrei-.
bung, etc. Nurnberg, Loschge, 1679, 1 vol. in-16°. Claude Joly, Relation du voyage (en Alsace) de l'arrière-ban de
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1880, 1 vol. in-8°. A. Legrelle, Louis XIV et Strasbourg, 4e édition. Paris, Hachette,
1884, 1 vol. in-8°, A .Wëiss, Le 30 Septembre 1681, étude sur la réunion de Strasbourg
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XVIII                                i/aLSACE AU XVIIe SIÈCLE
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Paris, Durand, 1860, 1 vol. in-8°. N. de CoiiisEitox, Mémoire historique sur le Conseil souverain
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1742, 1 vol. in-8°. F. Lauth (J. Reisseissen), Conspectus judiciorum Argentinensium.
Argentorati, Heitz, 1784,1 vol. in-4°. Aug. Stoebeis, Das Staedtchen Ober-Bergheim und sein Asylrecht
(Neue Alsatia, 1885).                                                                    :
Rod. Riîuss, La justice criminelle et la police des mœurs à Stras­bourg au XVIe et au XVIIe siècle. Strasbourg, Treuttel et
Wiirtz, 1885, 1 vol. in-16°. Aug. Stoeber, Pages inédites pour servir à l'histoire des péna-_
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A. Gaxier, Costumes des régiments et des milices recrutés dans, les anciennes provinces d'Alsace et de la Sarre pendant le XVIIe et le XVIIIe siècle. Epinal, Froereisen, 1882, 1 vol. in-fol., ill.
Rod. Reuss, L'artillerie strasbourgeoise du XIVe au XVIIe siècle (Revue Alsacienne, 1879-1880).                                                  \
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1SIBLI0GRAPHIK                                             XIX
Alph. Coste, Fort-Louis du Rhin (Revue d'Alsace, 1862). R. TscHAHBEii, Geschichte der Stadt und ehemaligen Festung Hùningen. Sankt Ludwig, Perrotin, 1894, 1 vol. in-8°.
Les Territoires Alsaciens
Die alten Territorien des Elsass nach dem Stande vom 1 Januar 1648, herausgegeben vom Stalislischen Bureau. Slrassburg, Du Mont-Schauberg, 1896, 1 vol. in-8° (cartes)1.
M. Kirchxer, Elsass im Jahre 1648, ein Beitrag zur Territorial-geschichle. Duisburg, Raske, 1 vol. in-4° (carte .
L. Briele, La Maison d'Autriche en Alsace, ancienne Régence d'Ensisheim (Curiosités d'Alsace. 1864'.
Mémoires de deux voyages et séjours en Alsace, 1674-76 et 1681, publiés pour la première fois par L^e] Bibliophile) J(oseph) C(oudre) M(ulhousois). Mulhouse, Bader, 1886, 1 vol. in-8°, ill.
P. Malachias Tschamser, Annales oder Jahrs-Geschichten der Barfuessern zu Thann, 1724, etc. (publiées par A. Mercklen). Colmar, Hoffmann, 1864, 2 vol. in-8".
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F.-J. FuEss,Die Pfarrgemeinden des Cantons Hirsingen, ihre Alter-thùiner, etc. Rixheim, Sutter, 1879, 1 vol. in-8°.
A. Ingold, Notices sur Gernay(Revue d'Alsace, 1872).
L.,Briele, Inventaire des Archives de la ville de Cernav, anté­rieures à 1790. Colmar, Hoffmann, 1872, 1 broch. in-4°.
F.-J. Mercklex, Histoire de la ville d'Ensisheim. Colmar, Hoff­mann, 1840, 2 vol. in-8°.
Th. Nartz, Le val de Ville, recherches historiques. Strasbourg, Bauer, 1887, 1 vol. in-8°.
G. Dietsch, Le château de Hohkoenigsbourg. Sainte-Marie-aux-Mines, Cellarius, 1882, 1vol. in-18°.
P. Rossmann u. F. Ens, Geschichte der Stadt Breisach. Freiburg im Br., Wagner, 1851, 1 vol. in-8°.
1. Cette publication est due principalement à la collaboration de M. le Dr Fritz, professeur au Lycée de Strasbourg, et de M. Leomann, secrétaire au Ministère d'Alsace-Lorraine.

XX                                     L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Alph. Coste, Notice historique et topographique sur la ville de Vieux-Brisach. Mulhouse, Bader, 1860, 1 vol. in-8°.
A. Ph. Grandidier, Œuvres inédites, publiées par J. Liblîn. Col-
mar, Decker, 1866-1868, 6 vol. in-801. L.-A. Gloeckler, Geschichte des Bisthum'sStrassburg. Strassburg,
Le Roux, 1880-81, 2 vol. in-8°.
Dag. Fischer, Le Conseil de Régence de Saverne (Revue d'Al­sace, 1865). Dag. Fischer, Die bisehoeflich-strassburgische Regierung in
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L. A. Kiefer, Pfarrbuch der Grafschaft Hanau-Lichtenberg, Strass­burg, lleitz u. Mûndel, 1890, 1 vol. in-8°.
L. A. Kiefer, Geschichte der Gemeinde Balbronn. Strassburg, Noiriel, 1894, 1 vol. in-8°.
A. Bostetter, Geschichlliche Notizen tiber die Stadt Brumath, Strassburg, Schmidt, 1896, 1 vol. in-8°, ill.
K. Letz, Geschichte der Stadt Ingweiler. Zabern, Fuchs, 1896, 1 vol. in-8°.
1. C'est dans cette publication que se trouvent les fragments et les notes du célèbre historien, se rapportant à son Histoire de l'Église et des êeêques de Strasbourg, dont le second volume, le dernier paru, s'arrête à la fin du Xe siècle, mais dont il avait esquissé les contours jusqu'au XVIIIe.

BIBLIOGRAPHIE                                            XXI
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Colmar, Lorber, 1882, 1 vol. in-8°. C.-D. de Papelier, Dissertatio de Mundato Weissenburgensi.
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1864). M. Sattler, Geschichte der Benediktinerabtei Altorf. Strassburg,
Bauer, 1887, 1 vol. in-8°.
J.-A. Silbermaxx, Lokalgesehichte der Stadt Strassburg, t. I (seul paru). Strassburg, Lorenz, 1775, 1 vol. in-fol., planches.
F. Piton, Strasbourg illustré. Strasbourg, chez l'auteur, Paris, Dumoulin, 1855, 2 vol. gr. in-40, planches.
Ad. Seyboth, Das alte Strassburg, geschichtliche Topographie, etc. Strassburg, Heitz u. Miindel, 1890, 1vol. gr. in-4°, ill.

XXII                                L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Ad. Seyboth, Strasbourg historique et pittoresque. Strasbourg, imp. Alsacienne, 1894, 1vol. gr. in-4°, ill.
.1. Brucker, Inventaire sommaire des archives communales de la ville de Strasbourg, antérieures à 1790. T. I-IV (Série des docu­ments politiques). Strasbourg, R. Schultz, 1878-188J, 4 vol. in-4°.
J. Fréd. Hermaxn, Notices historiques, statistiques et littéraires sur la ville de Strasbourg. Strasbourg, Levrault, 1817-1819, 2 vol. in-8°.
J. G. Bernkgger, Forma reipublicae Argentoratensis. Argentorati, S. Pauli, 1667, 1 vol. in-4°.
— Même ouvrage, considérablement augmenté. Argentorati, S. Pauli, 1673, 1 vol. in-24». •
E.   Mïiller, Le Magistrat de la ville de Strasbourg, de 1674 à 1790. Strasbourg, Salomon, 1862, 1 vol. in-12".
P. Hassel, Aus dem Reisetagebuch eines maerckischen Edel-manns, besonders ûber Strassburg, 1602-1605. Hannover, Schlùter, 1872, 1 broch. iii-8°.
F.   Eheberg, Sirassburgs Bevoelkerungszahl seit dem Ende des XV Jahrhunderts. (Jahrbûeher fiir Nationaloekonomie, vol. 41 et 42.)
J. Friese, Historische Merkwùrdigkeiten des ehemaligen Elsasses,
aus den Silbermaennischen Schriften gezogen. Strassburg, Sil-
bermann, 1804, 1 vol. in-12°. L. Dacheux, Les chroniques slrasbourgeoises de Jacques Trausch
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XXXIV                                  L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Mémoires des Révérends Pères Jésuites du collège de Golmar
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XXXVI                                 L ALSACE AU XVII0 SIECLE
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L'ALSACE AU XVII0 SIÈCLE
LIVRE PREMIER
LE PAYS
CHAPITRE PREMIER Description générale de l'Alsace
Ce n'est que longtemps après la chute de l'Empire romain, dans les premières années du VIIe siècle, que les contrées situées entre les Vosges et le Rhin se présentent à nous sous le nom d'Alsace qu'el­les porteront désormais. Le pays des Alscciones de la Chronique dite de Frédégaire 1, le pagus Alisacinse des Traditions de Wissembourg2 nous ont conservé les formes les plus anciennes de cette dénomina­tion nouvelle, donnée aux parcelles méridionales de la Germanie première et aux cantons septentrionaux de la Maxima Sequanonim.
Plus tard, au IXe siècle, c'est l'expression de pagus Elisaccnce qui prédomine 3, à laquelle correspond, en allemand, celle d'Helisase, puis à'Elsass. La science étymologique des auteurs de l'époque fai­sait dériver dès lors le nom d'Alsace de celui de la rivière d'Ill ou d'Ell qui traverse le pays, et cette opinion, catégoriquement affirmée au XIIIe siècle*, est restée dominante jusqu'à nos jours5. Aujour-
1.  Ed. Bruno Krusch, IV, cap. 37 (p. 138).
2.  Traditiones possessionesque Wizenburgenses, éd. Zeuss, Spirse, Neid-hard, 1842, p. 7, etc.
3.  Aug. Scbricker, Aelteste Gfaensen und Gaue im Elsass, Strassburger Studien, Strassb., Trûbner, 1884, vol. II, p. 305-403.
4.  Annales Colniarienses dans les Monumenta de Pertz, Scriptores, vol. XVII, p. 239.
5.  Schoepflin, Altsatia illuntrala, vol. I, p. 35.
K Reuss, Alsace.                                                                                         1

2                                      L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
d'hui cependant la plupart des érudits patronnent de préférence une_ origine différente du nom, et veulent que le nom d'Alsaciens, ou, (Vhommes établis sur la terre étrangère, ait été donné par les Alla-mans de la rive droite du Rhin à ceux de leurs compatriotes qui, les premiers, prirent pied sur la rive romaine du grand fleuve1.
Mais ce nom d'Alsace s'est appliqué, dans le cours des siècles, à des étendues territoriales bien différentes. Si, dans le sens de la largeur il a toujours répondu à la bande de terrain qui remonte des, bras multiples du Rhin à la crête des Vosges ou au rebord du pla­teau de Lorraine, il y a eu des extensions considérables vers le Sud et plus encore vers le Nord. Peut-être, dans son acception la plus ancienne, le pagus Alsacinse n'a-t-il compris que la partie moyenne de l'Alsace, renfermée entre le Selzbach au nord et l'Eckenbach au midi2. En tout cas, et dès la fin du VIIIe siècle, il gagne de plus eix plus vers le Sud, et finit par embrasser le Nortgau et une partie du Suntgau, refoulant ce dernier vocable, qui au XIIe siècle encore s'appliquait au pays jusqu'à l'Eckenbach, au delà de la Thiir, où il, reste définitivement fixé, par rapport à l'Alsace 3.
Vers le Nord, la détermination de la frontière alsacienne fut plus lente et plus compliquée. Si d'assez bonne heure une partie du Spirgau fut considérée par certains auteurs .comme appartenant à l'Alsace, il se trouve d'autres géographes pour maintenir en plein XVIIe siècle les frontières de l'Alsace proprement dite à la lisière septentrionale de la Forêt-Sainte de Haguenau, à la Zorn et à la Moder, en même temps qu'ils ne lui laissaient pas dépasser au Sud la Thur, la banlieue d'Ensisheim et la forêt de la Hardt*. Après que les traités de Westphalie eurent placé Landau, comme les autres villes de la Décapole, sous la suzeraineté de la France, l'opinion publique s'habitua peu à peu à reporter la véritable frontière de l'Alsace des bords de la Lauter à ceux de la Queich. Mais officiellement ce der-
1.  W. Hertz, Deutsche Sage im Elsass (Stuttgart, 1872), p. 14, et surtout Cb. Pfister, Le duché mérooingien d'Alsace JNancy, 1893), p. 6-7. Nous nç mentionnons que pour mémoire l'opinion émise au XVI8 siècle par plusieurs écrivains, par Sébastien Munster, entre autres, qui dérivaient Elsass de Edclsaxs, « terre des nobles » ou « quasi noble assiette », comme dit le tra­ducteur du géographe suisse, p. 513.
2.  Schricker, op. cit. M. Pfister se prononce contre cette étendue plus res^ treinte, sans me convaincre entièrement. Je doute que le souvenir de la vieille frontière romaine, marquée précisément à l'Eckenbaob entre la Geif-manie et la Séquanaise, ait disparu de si bonne heure.
3.  Vers le sud également les limites du Sundgau restèrent longtemps flot* tantes, par rapport à la Bourgogne, la Suisse et la Franche-Comté.
4.  Réimpression de la Panegyris Carolina de Jérôme Guebwiler, faite ji Strasbourg en 1642, p. 12.

LE PAYS                                                      3
nier tracé resta longtemps sujet à litige. Encore en 1702, un mémoire dressé par l'intendant d'Alsace avouait « qu'à la vérité les bornes de l'Alsace du côté de l'Allemagne n'ont pas encore esté bien précisément deci'ittes ny limitées' ». La question venait à peine d'être tranchée quand la Révolution effaçait les vieilles frontières et les traités solennels qui les avaient établies.
Il ne saurait cependant y avoir de doute sur l'acception à donner au nom de l'Alsace, alors qu'on l'emploie au XVIIe siècle, dont nous avons seul à nous occuper ici. C'est bien de l'ensemble du territoire, s'étendant de Belfort à Landau, dans l'intérieur des terres, et de Huningue à Guermersheim, le long du Rhin, que l'on entend parler % et la géographie officielle du temps indique nettement ses contours,, en disant que « la province d'Alsace est située entre l'Allemagne, dont elle est séparée par le Rhin, la Suisse qu'elle confine par les terres du canton et evesehé de Basle, la principauté de Montbelliard, la Franche-Comté, la Lorraine, la Sarre, le duché de Deux-Ponts, le Palatinat et les terres de l'evesché de Spire 3 ». Si elle se trompe quelque peu dans l'évaluation de la superficie de ce territoire, c'est moins à cause du peu de précision des frontières que parce qu'elle néglige les terrains improductifs et ne s'intéresse guère aux forêts et aux montagnes1. La seule modification notable introduite depuis, dans celte délimitation traditionnelle a été l'œuvre de la Révolution; pour des raisons d'ordre politique et religieux, celle-ci a réuni à l'ancienne Alsace les territoires du bassin de la Sarre orientale, qui continuent à faire partie de la Basse-Alsace actuelle, après avoir été fondus dans le département du Bas-Rhin, sans avoir jamais appai-tenu jadis à la province d'Alsace.
La géographie générale de l'Alsace est une des plus simples sur toute la carte de l'Europe. Son territoire occupe la moitié occiden­tale de la grande vallée du Rhin moyen, renfermée entre les contre-
1.  Mémoire sur l'Alsace, 1702, fol. 186 (Manuscritde la Bibliothèque de la ville de Strasbourg).
2.  La Grange, Mémoire sur l'Alsace, 169S, fol. 11. Ilexiste de nombreuses copies de ce mémoire ; je citerai d'après celle qu'a faite l'archiviste Xavier Horrer, en l'enrichissant d'additions multiples, et qui se trouve à la Biblio­thèque municipale de Strasbourg.
3.  Mémoire de 1702, fol. 1. Si P. Duval, dans son volume assez rare. L'Italie et l'Allemagne, dédiées à M. de Lamoignon, etc. (Paris, chez l'au­teur, 1668, in-16), dit, p. 157 : « On connaît sous le nom d'Alsace toute la région qui se trouve deçà et delà le Rhin, entre la Lorraine, la Suisse, la Souabe, etc., » c'est qu'il y comprend le Brisgau, chose assez naturelle, puisque l'intendant d'Alsace résidait eu ce moment à Brisach*
4.  C'est pourquoi La Grange ne donne à l'Alsace que « 4-5 lieues au plus» de largeur (fol. 11), Horrer constate qu'il néglige les montagnes.

4                                           L ALSACE AU XVIIe SIECLE
forts des Vosges et de la Forêt-Noire, qui ont été primitivement, sans doute, une seule et même chaîne, séparée longitudinalement par une iissure élargie de plus en plus1. Le voyageur qui descend par la voie ferrée de Bâle à Strasbourg, peut saisir d'un coup d'œiL le caractère général de notre province, son profil abrupt descendant de l'Ouest vers le fleuve, avec sa triple zone juxtaposée de mon­tagnes, de collines, et de champs ou de prairies. La plaine, plus ou, moins large, de quatre à sept lieues environ, se présente plate, uni-i forme de Bâle à Lauterbourg, sur une étendue de deux cents kilo-_ mètres 2, tantôt couverte de céréales et d'autres cultures, là où pré­domine le loess rhénan, tantôt présentant les derniers restes des vastes forêts d'autrefois, réduits à de maigres taillis, là où le Rhin lui-même et ses affluents vosgiens ont recouvert de sable et de gra­vier le limon primitif plus fertile3. Au-dessus d'elle, se dressent les_ coteaux et les mamelons de la plaine, les uns mis en culture depuis un temps immémorial, les autres recouverts de vignobles ou de châtaigniers, et dominés à leur tour par la chaîne des Vosges, qui forme la limite au couchant, avec ses forêts épaisses, et, dans sea parties les plus hautes, avec ses cimes arrondies, dénudées par les bises hivernales, dont les pâturages alpestres nourrissent en été de nombreux troupeaux4.
Ce n'est pas d'hier seulement que l'Alsace est signalée comme l'un des plus attrayants parmi les cantons montueux de l'Europe centrale, sinon comme « le plus charmant de tous 5 ». Dès le milieu, du XVIe siècle, le célèbre géographe Sébastien Munster en donnait une description enthousiaste dans sa Cosmographie, où il affirme qu' « il n'y a point encore une aultre région en toute la Germanie: qui puisse ou doibve estre comparée au pays d'Alsace0 ». Au XVIIe siècle, môme après les terribles dévastations de la lutte tren­tenaire, au milieu des guerres incessantes du règne de Louis XIV, elle ne faisait pas une impression moins agréable aux visiteurs du
1.  A. Himly, Formation, territoriale des États de l'Europe centrale, 1, p. 102-103.                                                                                                 :
2.   La pente entre Colmar et Strasbourg est d'une soixantaine de mètres, Colmar se trouvant à 200 mètres, Strasbourg à 140 mètres environ au-dessus du niveau de la mer.
o. Voy. sur la géographie physique de l'Alsace les ouvrages de Charles Grad, Heimatskunde (Colmar, 1878, in-8»), et l'A feace (Paris, 1889, in-fol.).
4.  Le ballon de Guebwiller, le plus élevé de tous ces sommets, atteint 1426 mètres.
5.   Himly, Formation territoriale, I, p. 103.
6.  La Cosmographie unioerselle, nouvellement translatée, Basle, Henriç-petri, 1552, fol., p. 511.

LU l'AYS                                                              5
dehors. Un touriste militaire, enfant de la plantureuse Bourgogne, (•crivait en 1674, en rentrant dans ses foyers : « L'Alsace passe pour une des meilleures provinces de l'Europe, et la contrée où nous avons élé porte abondamment tout ce qu'on peut souhaiter pour la commodité de la vie. Les vallons sont traversés par des rivières fort poissonneuses, sur le bord desquelles sont de belles prairies où l'on nourrit grande quantité de bétail. Les pentes et même en quelques endroits les sommets des montagnes, sont culti­vés et portent de très bons grains et des vins assez délicats, et ce qui n'est pas cultivé n'est pourtant pas inutile, car il est couvert de bois, dont une grande partie est de haute futaie, qui produisent des châtaignes et des glands en très grande abondance el qui fournissent une très grande quantité de gibier1.» Peu après, un Jésuite de Fri-bourg, le R. P. Jean Kœnig, affirme que notre province est le jar­din, mieux que cela, le Paradis du monde germanique. Il y signale Cérès et Pomone, embellissant les plaines, et Bacchus souriant sur les coteaux; les rochers eux-mêmes n'y sont pas stériles comme en d'autres contrées, mais cachent de riches veines d'argent et de plomb 2.
Même après les nouveaux désastres de la guerre delà succession d'Espagne, au début du XVIIIe siècle, cette note élogieuse ne tarit pas, etc'est avec un entrain lyrique que François d'Ichtersheim, l'auteur de la Topographie alsacienne, reprend le panégyrique de « ce paradis terrestre qui captive le cœur et les regards », avec ses villes et ses villages coquets aux maisons de pierre, cachées au milieu des jardins et des vergers, entourés « d'une mer d'épis doucement bercés par la brise, et mêlés à un nombre infini de fleurs, aux mille nuances et d'un suave parfum3 ».
§ 1. Montagnes
La conformation générale de ce territoire si favorisé était bien connue déjà au XVIIe siècle. La grande carte d'Alsace dressée par l'ingénieur strasbourgeois Daniel Specklin et publiée en 1576,
1.  Claude Joly, Relation de ce qui s'est passé à la convocation et pendant le voyage de l'arrière-ban de France eu Allemagne, en 1674 (Paris, Anselin, 1836, 8-1, p. 55.
2.  J. Kœnig, Institatio geor/rapkica... quibus aecedit topographia Alsatiae et Brisgoiae, etc. Argentorati, Dolhopff, 1677,16°, p. 99.
3. F. R. von Ichtersheim, Elsaessische Topographia (Regenspurg, Seidel 1710, 4»), II, p. 5.

6                              l'alsace au xvne siècle
donne une orientation suffisante pour les contrées, de la plaine et les vallées extérieures latérales. Mais le massif même des Vosges, encore très peu visitées, y est mal dessiné, et les mamelons réguliers qui le composent sont des signes purement conventionnels. On savait sans doute que de hautes montagnes, appelées de toute ancienneté les Chaumes, « dedans les monts des Vôges », formaient un mur séparant le duché de Lorraine de « la plaine d'Aulsay, es sommets desquelles sont de beaux gazons et riches pâturages, qui ne manquent en fontaines, les plus belles et les plus abondantes qu'on puisse désirer1 », mais, sauf les marcaires et les chasseurs, et peut-être quelques contrebandiers, nul ne songeait à escalader ces cimes, ni surtout à fixer les contours de ces régions perdues. L'aumônier militaire irlandais, le P. Thomas Carve, qui traversa ces contrées vosgiennes pendant la guerre de Trente Ans, en. suivant les troupes impériales de Colmar à Remiremont, parie avec une espèce de terreur du spectacle admirable qu'offraient ces; « horribles montagnes » couvertes de neige à leur sommet, de moissons à mi-côte, de vergers et de prés à leur base2.
Ce sentiment d'effroi persista longtemps encore et jusque vers le milieu du siècle suivant3; pour l'époque qui nous occupe, nous: n'avons rencontré de description tant soit peu cohérente des montagnes d'Alsace que dans la Topographie d'Ichtersheim, citée, tout à l'heure, et dont l'auteur avait sans doute_gravi lui-même: autrefois les hauteurs du Ballon de Guebwiller et du Hohneck*. On croit sentir comme un ressouvenir de sa lointaine jeunesse dans les lignes qu'il consacre aux « hautes montagnes», particulièrement à celles qui sont en arrière des vallées de Munster, de Murbach et de Saint-Amarin. « Elles s'élèvent, dit-il, si haut dans les airs qu'elles ne dépassent pas seulement lés cimes environnante_s, mais pénètrent jusque dans les couches supérieures de l'atmosphère, où l'on peu t apercevoir quelquefois avec bonheur au-dessus de soi le plus beau ciel du monde, tout bleu, tandis qu'on voit en même temps, avec terreur et stupéfaction, à ses pieds, s'échapper des nuages, un
t. Description manuscrite de 1594, de Thierry Alix, président de la Chambre des comptes de Lorraine, citée par Grandidier, CEuores inédites, vol. VI, p. 29.
2. Itinerarium R. D. Thomœ Carce (Moguntise, Heyll,1639, 16»), p. 145-146.
3.  Dans la description de l'ascension du Ballon de Guebwiller faite par l'archéologue Audré Silbermann, en 1745, on parle de la « cime vertigi­neuse » (Schauorooller Scheitel) de la montagne. Eriese, ffistorische Merckwardigkeiten (Strassburg, 1802, 18°), p. 2.
4.  Ichtersheim, II, p. 3. Son père avait été bailli de Saint-Amarin.

LK PAYS
déluge d'eau avec de la grêle et des éclairs, qu'on entend le ton­nerre, et qu'on se rend compte ainsi de la puissance de Dieu dans la nature... 11 y a là haut soit de vastes forêts, soit des pâturages. L'herbe y pousse, drue, entremêlée de gentianes, de boutons d'or et de toutes sortes de fleurs, rouges, blanches, brunes et jaunes, ainsi que de racines et d'herbes précieuses. »
Mais de pareilles descriptions sont rares et de toutes les cimes nombreuses que les manuels de géographie modernes et nos cartes actuelles énumèrent depuis le col de Yaldieu jusqu'à la frontière de la Bavière rhénane1, il en est bien peu que l'on trouve men­tionnées au XVIIe siècle, et ce ne sont pas les plus hautes. Les cols étaient naturellement mieux connus, puisque c'était en les traversant que s'opérait en partie le trafic du sel, du bétail et de quelques autres marchandises entre l'Alsace et la Lorraine. Mais il faudrait se garder de croire qu'en ces temps-là les nombreux chemins ouverts depuis dans la chaîne des Vosges, par l'art des ingénieurs, pour les besoins du commerce, existassent déjà, ne fût-ce qu'à l'état primitif. « Les principaux passages pour entrer du costé de France en Alsace, dit le Mémoire de 1702, et pour y conduire des armées et des voilures, sont celui de la vallée de Saint-Amarin qui entre par Bussang et de là à Thannes ; le val de Lièvre et de Sainte-Marie-aux-Mines, qui aboutit à Schelestadt; la grande route de Paris à Strasbourg, en passant à Phalsbourg et de là à Saverne. Ces deux derniers passages sont bons et le dernier est meilleur que l'autre. Il y en a un quatrième qui passe de Bitsche à Ingwiller et Haguenau; le dernier est celui de la vallée de Deux-Ponts qui vient par Annwiller à Landau2. » En dehors de ces trois grandes routes, le col de Bussang, celui de Sainte-Marie-aux-Mines et la descente de Saverne3, par lesquelles tant de fois des armées ont fait irruption dans la plaine alsacienne au XVIIe siècle, il existait sans doute encore d'autres passages, moins fréquentés, mais suivis pourtant par les trafiquants d'Alsace et parfois aussi par quelque troupe de hardis partisans, avides de butin, et que n'effrayait pas une escalade prolongée. On peut mentionner la Scherhol ou le col du Pigeonnier, près de Wissembourg, le passage de la Petite-Pierre,
1.  Ch. Grad, Orographie de la chaîne des Vosges (Reoue d'Alsace, 1877, p. 242.)
2.  Mémoire de 1702, fol. 4»b. Ces indications se trouvent d'ailleurs déjà chez La Grange, fol. 13.
3.  Le col de Bussang est à 722 mètres, celui de Sainte-Marie à 780 mètres, la montée de Saverne à 428 mètres au-dessus du niveau de la mer.

8                              l'alsack au xvii'' siècle
le chemin de Mutzig par le Donon, le col du Bonhomme surtout, qui servait au transport du sel de: Lorraine, etc.1 .
Les contreforts de la chaîne principale, aboutissant à la plaine étaient mieux connus, cela va sans dire. Là s'élevaient encore au XVIIe siècle d'assez nombreux châteaux, dont quelques-uns n'ont disparu que dans les guerres incessantes qui ravagèrent l'Alsace de 1630 à 1680, et qui restaient en communication suivie avec les populations voisines. Celles-ci venaient prendre d'ailleurs dans les forêts qui recouvraient alors en majeure partie ces chaînons latéraux, leurs bois de construction et de chauffage; cette exploi­tation formait une des principales richesses du pays, et comme elle était âproment disputée entre les seigneurs, grands et petits, et les communautés rurales environnantes, on comprend que cette région vosgienne moyenne était infiniment mieux explorée que la première. Aussi a-t-elle laissé une trace autrement considérable dans la littérature contemporaine. Nous n'avons pas à nous occuper en ce moment de son exploitation industrielle et commerciale, ni de sa valeur également considérable au point de vue de l'élève du bétail ; il en sera question plus tard.
Les forêts actuelles de l'Alsace, pour considérables qu'elles soient, ne constituent plus qu'une faible partie de celles du XVI0 et du XVIIe- siècle. Les plus étendues, celle de la Hardt dans la Haute-Alsace, la Forêt-Sainte au nord de Haguenau, le Bienwald au nord de la Lauter, ne sont plus que les débris de ce qu'elles étaient autrefois. En 1698, alors qu'elle avait déjà été exploitée à outrance, la forêt de la Hardt avait encore huit lieueg d'étendjje sur trois de largeur, celle de Haguenau quatre lieues de long sur cinq de large, le Bienwald à peu près la même étendue8. Celles de la montagne, moins commodément situées, privées presque partout des chemins d'exploitation nécessaires, ne servaient guère que pour leglandage3. On nous représente certaines régions comme « une forêt presque continuelle et fort épaisse de sapins, peuplée d'une grande quantité de venaison et même d'animaux dangereux * » et où : « l'on ne peut marcher qu'à la file, entre des montagnes toutes
1.  La Grange, fol. 13. Voy. aussi Grad, op. oit. (Reoue d'Alsace, 1877, p. 247.)
2.  La Grange, fol. 14.
3.  Encore en 1702 on se plaignait dans le Mémoire officiel, déjà cité, qu'on n'avait toujours pas trouvé le moyen de « rendre ces excellents matériaux aux ports de Sa Majesté » (fol. 3).
4.    Mémoires de deux eoyages en Alsace, publiés par J. Coudre (Mulhouse, 1886, 8»), p. 40.

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hérissées de sapin qui dérobent le jour et la vue du ciel1 ». Â côté du sapin dont les variétés diverses semblent avoir constitué princi­palement les forêts des hauteurs, du moins dans la Haute-Alsace, le chêne et le hêtre y tiennent la place principale, le premier sur­tout, disparu de nos jours en bien des endroits, par suite d'une exploitation inintelligente ; c'est lui qui était l'arbre favori de nos' ancêtres, à cause de la nourriture abondante qu'il fournissait aux troupeaux innombrables de porcs menés à la glandée. a Les mon­tagnes qui séparent l'Alsace de la Lorraine sont couvertes d'une infinité d'arbres, de chesnes beaux et excellens pour le service de la marine, suivant le rapport qui a esté fait par des gens habiles que l'on a envoyé les visiter à cette fin. Il s'y trouve aussi quantité de sapins qui portent jusques à six-vingt pieds de hauteur2. Les ormes et les érables, le châtaignier, l'if et le sureau, telles sont les autres essences forestières mentionnées par nos sources du XVIIe siècle J. Ces vastes forêts, tant celles des Vosges que celles de la plaine, étaient habitées alors par une foule de bêtes sauvages dont un bien petit nombre seulement se retrouve encore aujourd'hui devant le fusil des chasseurs d'Alsace. L'urochs et le bison, l'élan et le bou­quetin des Alpes que chassaient les rois mérovingiens aux alentours de leurs villas de Kirchheim et de Rouffach, avaient depuis long­temps disparu au XVIIe siècle4. Mais l'ours brun vivait encore en assez grand nombre sur les flancs abrupts du massif du Holmeck; il dévastait les vignobles de Thann et descendait en 1675 jusque dans la vallée de Barr". Le loup n'infestait pas seulement la mon­tagne, mais circulait par bandes dans la plaine et pénétrait même dans l'enceinte des villes fortifiées G. En fait de carnassiers moins dangereux, le chat sauvage, le lynx, le renard, le blaireau, la mar­tre se rencontraient en grand nombre. Des troupes de chevaux sau­vages erraient sur les hauts plateaux lorrains et le versant occidental des Vosges, aussi difficiles à prendre, à ce qu'assure le bon Elisée Roeslin, que les cerfs les plus rapides7, également fort nombreux
1.  Mémoires de deux voyages, p. 117.
2.  Mémoire de 1702, fol. 3 a.
3.  Ichtersheim.I, p. 2.
4.  Si tant est qu'ils y aient jamais été. M. Bleicher (Les Vosges, p. 214) n'admet pas. en désaccord sur ce point avec Ch. Gérard, que l'élan ait existé en Alsace, même au moyeu âge.
5.  Gérard, Faune historique d'Alsace, p. 111-112. Le dernier ours ne fut tué qu'en 1755 dans la vallée de Munster.
6.  Hecker, Munster im Gregorientkal, p. 170.
7.  Gérard, p. 277. Specklin.dans sa carte de 1576 inscrit aussi sur la crête

10                                    L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
au XVIIe siècle 1. Alors comme aujourd'hui cependant, les deux hôtes les plus répandus de nos forêts étaient le chevreuil et le san­glier,que les hécatombes des grandes chasses d'alors (nous y revien­drons ailleurs) ne parvenaient pas à décimer2. Encore vers le milieu du siècle, ce gibier foisonnait au point qu'on en voyait des bandes entières se baigner dans les rivières, assez près des portes des villes pour qu'on pût les observer et les compter à loisir3. Les lièvres abondaient ; les coqs de bruyère, si rares de nos jours, étaient un gibier fréquent au début du XVIIIe siècle i, et le faucon, l'autour et le gerfaut faisaient alors une guerre incessante aux hôtes ailés inoffensifs de la forêt5.
§ 2. Cours d'eau
De ces collines boisées, de ces montagnes plus hautes et qui pa­raissaient si imposantes aux rares touristes de l'époque, descen­daient vers la plaine des cours d'eaux nombreux, mais de minime importance, qui se dirigeaient presque tous, d'une course plus ou moins oblique, soit directement vers le Rhin, soit vers l'Ill, son principal tributaire en Alsace. Avant de dire un mot de ces modes­tes affluents vosgiens, il faut donc parler du grand fleuve qui sépa- T rait l'Alsace du reste du Saint-Empire romain, mais en lui offrant par contre la voie de communication la plus rapide et la moins dis­pendieuse avec le dehors.
Le Rhin, qui longe le territoire alsacien de Huningue à Lauter-bourg, conserve une allure précipitée pendant presque tout ce par­cours, la pente étant fort rapide de Bâle à Neuf-Brisach, et très accentuée encore jusqu'à l'embouchure de 1*111 près de Strasbourg; le courant ne prend une allure un peu plus modérée qu'au delà de ce point jusqu'à la frontière alsacienne0.
C'est une descente de cent trente-cinq mètres environ que les
des Vosges la légende : Menig wilde pfert. Après la guerre de Trente Ans on n'en entend, plus parler.
1.  Gérard, p. 340.
2.  En une seule chasse, faite en 1627 dans la forêt de laHardt,l'archiduc Léopold fit abattre six cents de ces pachydermes.
3.  P. Malachie Tschamser, Annales de Thann (année 1657), vol.II, p. 519.
4.  Ichtersheim, I, p. 1.
5.  Merian, Topographie, Alsatice, Frauckfurt, 1644, p. 3.
6.  Le niveau du Rhin à Huningue est à 240 mètres au-dessus du niveau de la mer, de 195 m. à Neuf-Brisach, de 135' m. à la Wàntzenau, près Strasbourg, de 104 m. à Lauterbourg. Ch. Grad, Reoue d'Alsace, 1877, p. 247.

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masses d'eau puissantes, venant de la frontière suisse, accomplis­sent sur une étendue d'un peu plus de deux cents kilomètres. Il ne faut pas oublier cependant que le Rhin n'était pas alors resserré partout, comme il l'est aujourd'hui, par des endiguements continus, qui, l'empêchant de répandre à droite ou à gauche le superflu de ses eaux, accentuent de beaucoup la célérité de sa marche et ren­dent actuellement son cours supérieur en Alsace inutilisable pour tout trafic et toute communication suivie. Au XVIIe siècle, la navi­gation rhénane était encore possible jusqu'à Bâle, bien qu'exposée à des embarras sérieux. Le Rhin servait alors « comme de rempart à l'Alsace contre les insultes de ses voisins en temps de guerre 1 », mais on 'signalait en même temps la difficulté de remonter son cours, « et particulièrement en été, lors de la fonte des neiges dans les montagnes de la Suisse et des pluies, qui le font déborder et enfler de six à sept pieds en deux fois vingt-quatre heures 2 ». Même à la descente, la circulation y était réputée « très dangereuse, à cause des arbres qu'il roule et qui s'arrestent dans son lit3». S'étalaiit au large dans les terres basses du Sundgau et du Brisgau, et plus encore sur celles de la Basse-Alsace et du margraviat de Bade, ses bras tortueux encadraient partout le cours principal du fleuve, formant des îles innombrables et d'étendue très diverse. « Depuis Huningue jusqu'à Fort-Louis, il y a peu d'endroits, dit une de nos sources, où l'on voye la largeur entière, d'une rive à l'autre, à cause des bois qui croissent dans ces isles 4. »
Malgré son cours rapide, il était fort poissonneux, et les carpes et les brochets du Rhin, les saumons et les esturgeons monstrueux qui en remontaient le cours étaient connus au loin 5. Dans les îles boisées gîtaient des colonies de castors, assez nombreuses pour fournir encore au début du XVIIIe siècle un rôti fort apprécié 6. Les inondations fréquentes du fleuve couvraient « les terres adja­centes d'un sable qui les rend stériles ; surtout dans la Haute-Alsace, du costé de la forêt de la Hart, il emporte les rivages et change souvent de lit7 ». Sans doute les chroniques du XVIIe siècle ne nous relatent plus d'aussi curieux bouleversements que ceux du moyen âge, où les caprices du Rhin transportèrent Brisach de
1.  La Grange, fol. 2.
2.  Id., ibid.
3.  Mémoire de 1702, fol. 2 a.
4.  Ibid., fol. 2 b.
5.  Chronique de Trausch, publiée par L. Dacheux, p. 47.
6.  Gérard, Faune historique, p. 237.
7.  La Grange, fol. 2.

12                               l'alsace au xvii1" siiiCLii
la rive gauche à la rive droite, après en avoir fait pour un temps une île au milieu des eaux 1,et engloutirent la riche abbaye de Honau, puis la vieille ville dcRhinau, au XIIIe et au XIVe siècle. On ne vit plus, à l'époque dont nous parlons, les eaux du fleuve pénétrer jusque dans les rues de Strasbourg, comme il était advenu plusieurs fois, deux cents ans plus tôt2. Mais trop souvent les communes rive­raines furent menacées ou môme détruites auXVII0 siècle3 et encore au XVIIIe siècle *, et les dégâts étaient parfois très considérables s.
Quant à une répression systématique et régulière de ces incursions si fréquentes des hautes eaux,on n'en rencontre point de trace avant l'établissement de l'administration française. Sans doute des travaux de protection étaient entrepris à certains endroits; ainsi les Ober-bauherrcn de la République de Strasbourg surveillaient durant tout le XVIIe siècle les digues de leur banlieue0, et dans d'autres localités en­core on rencontre trace de travaux analogues7, mais il ne se faisait au­cun effort complet ni commun pour détourner le danger. Ce sont les intendants d'Alsace au XVIIIe siècle qui ont eu l'honneur d'entre­prendre la grande lutte, continuée jusqu'à nos jours, contre le fleuve si menaçant pour les villages établis sur ses bords et « ne donnant point de relâche aux habitants » ; ce sont eux qui, pour mettre fin à des irruptions répétées, ont imaginé, comme l'écrivait l'un d'eux vers 1750,« de construire non seulement des épis et des digues, mais à barrer des bras entiers du fleuve 8 », assurant, il est vrai la sé­curité de l'agriculture aux dépens du commerce fluvial.
Après avoir parlé du Rhin, il ne reste plus à nommer, comme
1.  Au IXe siècle. Voy. Rossmann et Ens, Geschichte der Stadt Breisach (Fribourg, 1851), p. 42-4H.
2.   Hegel, Strassburger Chroniken, vol. II, p. 866.
3.  En 1651, une violente crue du Rhin envahit le village d'Offendorf près Bischwiller, daus la Basse-Alsace. Le pasteur de la localité, Quirin Mo-scheroseh, frère du poète satirique, eu a conservé le souvenir dans une pièce devers inscrite au registre paroissial. (Nouvelle Reoue Catliolique d'Alsace, 1883-84, p. 284.)
4.   Le village de Kuenheim disparut ainsi en 1766. Voy. Souvenirs de J. F. Au/schlager.publiés parRod. Reuss. Strasbourg, 1893,16°, p. 6.
5.  Le P. Malaehie Tschamser dit qu'en 1649, l'inondation du fleuve causa en Haute-Alsace pour plus de cent mille écus de dommages. Annales, vol. II, p. 550.
6.  Voy. Rod. Reuss, Geschichte des Neuhofs belStrassburg, Stras.sb., 1884, 8°, passim.
7.  A Lauterbourg, par exemple, les comptes delà ville pour 1613,1617, etc., portent des dépenses pour endiguenients nouveaux. Benz, Lauterbourg, Strasb.,1844, p. 223.
8.  Papiers de l'intendant de Serilly, toni. IV, p. 1089. Archives delà Basse-Alsace.

LE PAYS                                                     13
cours d'eau alsaciens, que des rivières tout à fait secondaires1. L'Ill elle-même, l'artère alsacienne par exellence, garde dans son coues longtemps irrégulier des dimensions fort modestes ; depuis le moment où elle sort de terre entre Winkel et Ligsdorf, au sud de-Ferrelle, sur les dernières pentes du Jura, jusqu'àcelui où elle se déverse dans le Rhin, près de Strasbourg, elle fournit à peine 180 kilomètres. Comme elle dévale sur ce parcours restreint d'une hauteur de près de 400 mètres2, elle a longtemps les allures d'un torrent plutôt que celles d'une rivière, et même après avoir atteint la plaine à Mulhouse, sa course n'en reste pas moins irrégulière et vagabonde3. Un vieux dicton de la Haute-Alsace, qui remonte pro­bablement au XVIIe siècle, disait que l'Ill coulait où elle voulait*. Quand elle se gonfle des eaux de pluie, ou par la fonte des neiges, surtout après une sécheresse prolongée, elle quitte son lit ordi­naire pour s'en creuser un autre dans le sol limoneux de la plaine, et plus d'une fois, même au XVIIIe et au XIXe siècle, les ingénieurs officiels ont vu les ponts construits par eux se dresser sur des terrains complètement abandonnés par la rivière. Le peu d'égalité de son débit a de tout temps empêché la circulation, même avec des barques de dimensions restreintes, sur la partie supérieure de son cours5. Ce n'est qu'en aval de Colmar qu'on a pu l'utiliser d'une façon sérieuse, pour le transport des céréales et des vins et pour le flottage des bois. A partir de l'embarcadère, du Ladlwf de cette ville, jusqu'à son embouchure, l'Ill a, par contre, rendu des ser­vices considérables, quand les routes de terre étaient mauvaises et peu sûres, et au XVIIe siècle l'intendant La Grange la proclamait « fort utile pour la province, particulièrement pour le commerce des vins, eaux-de-vie et vinaigres, qui se voiturent depuis Colmar jusqu'en Hollande0 ».
La plupart des petits affluents de l'Ill n'ont aucune importance
1.  On peut faire abstraction, dans cet aperçu sommaire des cours d'eau alsaciens, de l'AUaine et de la Savoureuse qui appartiennent au bassin du Doubs.
2.  Grad, Reçue d'Alsace, 1877,p. 247 ;plus exactement, c'est de 392 mètres.
3.  A Mulhouse, l'Ill est encore à 240 mètres au-dessus du niveau de la mer.
4.  « Die III geht ico sie wlll. » Grad, Aperça statistique et descriptif de l'Alsace, Mulhouse, Bader, 1872, p. 4.'
5.  Ch. Grad prétend bien qu'avant la guerre des Paysans des travaux d'art rendaient l'Ill navigable jusqu'à Altkircta, mais nous n'avons rencontré nulle part de documents qui permettent de l'affirmer. (Grad, Scènes et paysages des Vosges, Renie d'Alsace, 1878, p. 98.)
6.  La Grange, p. 6. Nous y reviendrons en parlant du commerce.

14                            l'alsace au xviic siècle
historique ou géographique ; même au point de vue économique, ils étaient loin d'offrir l'intérêt qu'ils présentent aujourd'hui comme force motrice régularisée d'une des régions industrielles les plus actives de l'Europe. Ils se précipitent avec impétuosité à travers leurs étroites vallées, quand les neiges ou les pluies ont grçssi leurs eaux, mais en été ils sontà peu près complètement taris1.
Comme l'IU elle-même, la Largue sort du Jura près du village d'Oberlarg, à une lieue et demie de Perrette, et se déverse dans l'IU, au-dessus d'Altkirch, près du village d'IUfurlh, après avoir par­couru un peu plus de quarante kilomètres. La Dollej-, qui arrive du fond de la vallée de Sewen, passe par Massevaux, et gagne 1*111 près d'Illzach, à une lieueenviron au-dessus de Mulhouse. La Thur prend sa source près de Wildenslein, sur le Grand-Ventron, au haut de la vallée de Saint-Àmarin, et passe par Thann et Cernay. Elle formait au XVIIe siècle la séparation entre le Sundgau et la Haute-Alsace proprement dite. Après une course très rapide de cinquante kilomètres, elle se déverse dans l'IU, au-dessous de Colmar.
La Lauch descend d'une allure plus sauvage encore vers la_ plaine, ses sources étant à 1160 mètres de hauteur, au fond de la vallée de Lautenbach; elle traverse Murbach et Guebwiller et tombe dans l'IU, après avoir longé Colmar; un de ses bras rejoint la Thur entre Golmar et Sainte-Croix.
De tous les affluents de l'IU la Fecht accomplit la descente la plus considérable, car ses sources se trouvent à 1200 mètres d'élé-^ vation sur le flanc du Hohneck ; elle arrose dans toute sa lon­gueur la vallée de Munster, et se déverse dans l'IJl près d'Illhaeu--sera, après avoir accueilli près d'Ostheim les eaux de la Weiss et celles du Strengbach, un peu plus loin.
L'Eckenbach, faible ruisseau, qui se jette dans FUI entre Guémar^ et Schlestadl ne mérite ici de mention que parce qu'il a marqué* depuis des temps fort reculés, la limite de la Basse et de la Haute-Alsace.
Plus importante est la Liepvre qui descend .du Bonhomme, tra­verse la vallée de Saînte-Marie-aux-Mines, rencontre au débouché du val de Ville la Scheer, et se jette avec une partie de ses eaux, dans 1*111 près de Schlestadt.
L'Andlau naît au pied du massif du Champ-du»Feu, dans l'en-
1. Grad, Aperçu, p. 5. Aussi donnaient-ils lieu, au XVIIe siècle, à des inondations dangereuses. Celle du 5 mars 1649 coûta la vieà sept personnes à Tnann seulement (Tschamser, II, p. 550).

LE PAYS                                                    15
tonnoir du Hohwald, et après avoir absorbé les eaux de la Kirneck, qui sortent de la vallée de Barr, elle rejoint l'Ill en aval 'de Fe-gersheim.
L'Ehn ou Ergers sort de la vallée du Klingenthal, traverse Obernai, et apporte à l'Ill son contingent peu considérable au-des­sous du gros village de Geispolsheim.
De toutes les petites rivières tributaires de l'Ill, la plus constante dans son débit est la Bruche, qui naît sur le versant oriental du Climont, près de Saales, et qui, après avoir descendu la vallée de Schirmeck, débouche près de Molsheim dans la plaine qu'elle traverse, ayant encore absorbé les eaux de la Mossig et de la Hasel, pour atteindre l'Ill à quelques kilomètres en amont de Strasbourg. Sans aucune importance aujourd'hui, elle en avait davantage comme servant directement au flottage des bois avant que le canal de la Bruche fût creusé en 1682. Quant au dernier affluent vosgien de l'Ill, il est à peine nécessaire de le mentionner ici, puisque la SoufFel, en descendant des collines du Kochersberg, parcourt à peine cinq ou six kilomètres avant de s'y jeter aux alentours de la Wantzenau.
Par ce qui précède on a vu que, de sa source à son embouchure, l'Ill avait empêché, par son cours presque parallèle au grand fleuve, les eaux du versant oriental des Vosges de gagner directe­ment le fond de la grande vallée rhénane., C'est à peine s'il existe quelques faibles ruisseaux qui, comme la Zembs et Fischer, sourdent dans la forêt de la Hardt ou sur les collines du Sundgau, et vont se déverser presque immédiatement clans le Rhin.
Il en est autrement dans la Basse-Alsace, où de nombreux cours d'eau peuvent se développer librement vers l'Est, depuis la crête des Vosges jusqu'au thalweg rhénan. Le premier d'entre eux est la Zorn, dont les sources se trouvent au versant septentrio­nal du Gross-Mann. Elle traverse le pays si pittoresque de Dabo, et vient déboucher dans la vallée profonde qui sépare les Vosges centrales des Basses-Vosges, à la trouée de Saverne. Elle traverse cette dernière ville, Brumath, Weyersheim, puis, se dirigeant vers le Nord-Est, elle va rejoindre la Mocler près du village de Rohr-willer. A partir de Saverne, ses eaux suffisaient, par moments, au flottage des bois.
La Moder (au XVIIe siècle on écrivait la Motter) descend des Basses-Vosges, aux environs de la Petite-Pierre, traverse, grossie par son principal affluent, la Zinsel, Haguenau et Bischwiller, et depuis la première de ces villes, « elle porte bateaux jusqu'à Dru-

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senheim, où elle entre dans le Rhin, à cinq lieues au-dessous de Strasbourg1 ».
La Sauer a déjà ses sources en dehors de l'Alsace actuelle, dans la Hardt palatine. Elle coule dans la direction du Sud, traverse. Woerth, puis Surbourg, et se jette dans le Rhin, au-dessous de. Beinheim, à une lieue environ de Fort-Louis. Elle n'était point navi­gable5.
Le Seltzbach, moins important encore, naît près de Mitschdorf dans le canton de Woerth, à l'intérieur de la boucle de la Sauer, et gagne le fleuve près de la petite ville de .Seltz. Il n'a droit à une mention que parce qu'il a longtemps passé pour marquer les limites naturelles entre l'Alsace propi'ement dite et les terres pala­tines.
La Lauter jaillit au pied du Graefenstein dans la Hardt, se dirige d'abord vers le Sud, et traverse Dahn, puis oblique vers l'Est, arrose la banlieue de Wissembourg et se jette dans le Rhin, un peu au-dessous de Lauterbourg; les lignes stratégiques appuyées sur elle par les ingénieurs militaires, ont rendu son nom célèbre, d'un bout à l'autre du XVIIIe siècle.
La Queich enfin, le cours d'eau que M. de La Grange appelle « la dernière rivière d'Alsace », prend sa source dans la vallée. d'Anwiller, passe ensuite par Landau et gagne le fleuve à Ger-. mersheim. « Elle est assez forte pour porter bateaux, ajoute l'in­tendant dans le texte cité tout à l'heure, si on voulait y faire la dépense pour la rendre navigable, mais il n'y a aucune nécessité, parce qu'elle ne vient pas d'assez loin pour servir au commerce du païs3. »                                                                                            :
Pour ce qui est des voies fluviales artificielles, il n'en a guère existé avant le XVIIe siècle, ou, pour mieux dire, avant l'occupa­tion du pays par Louis XIV. Quelques canaux avaient été creusés, il est vrai, dans la Haute-Alsace, comme le Quatelbach, datant du. XIIe siècle, mais c'étaient des canaux d'irrigation ou des prises, d'eau destinées à l'alimentation des moulins en temps de sécheresse4.
1.  La Grange, fol. 7. Il s'agit ici, bien entendu, dé l'embouchure de la" Moder au XVII" siècle. De nos jours les grands travaux de rectification" du Rhin ont entièrement changé son cours inférieur, et l'embouchure de la Moder est aujourd'hui au delà de Fort-Louis. (Compar. la carte de Specklin, 1576 et celle de l'ètat-major allemand, 1879.)
2. La Grange, fol. 7.
3.  Id., fol. 9.
4.  Mercklen. Histoire d'Ensishcim, I, p. 117-123. D'autres canaux furent projetés, comme celui de la Bruche, que voulut faire établir l'évoque Guil-. launie de Ûiest, dans la première moitié du XVe siècle, ou celui de Phals-

LK PAYS                                                           17
Dans cette esquisse rapide de l'hydrographie alsacienne nous n'aurions pas, à vrai dire, besoin de mentionner, même en passant, les nappes d'eau stationnaires, disséminées sur le sol de la pro­vince, car, perdues dans les replis des Hautes-Vosges, ou bien éparses dans la plaine de la Basse-Alsace, elles n'ont point joué de rôle, à aucun point de vue, durant tout le siècle qui, seul, doit nous occuper ici. Non pas qu'elles aient été alors moins étendues ou moins nombreuses qu'aujourd'hui : bien au contraire. Dans la plaine surtout, les étangs sembleraient avoir existé en bien plus grand nombre, pour peu que nous puissions nous fier aux cartographes du XVP et du XVIIe siècle1. Mais les sites les plus pittoresques de nos Vosges, les plus admirés de nos jours, avec le lac du Ballon, le lac Noir, le lac Blanc, le lac Vert, perdus à neuf cents ou mille mètres au-dessus du niveau de la mer, n'étaient guère hantés en ce temps que par de rares bergers ou quelques hardis chasseurs, et les populations alsaciennes en ignoraient généralement l'existence ; à plus forte raison étaient-ils inconnus aux étrangers. De nos jours cependant, on a cru pouvoir affirmer qu'on avait utilisé ces lacs de montagne, depuis des temps fort reculés, comme réservoirs natu­rels, au profit de l'agriculture; on nous assure que d'anciennes car­tes, remontant au XVIe siècle, « indiquent l'existence de nombreuses digues, formant autant de réservoirs, étages les uns au-dessus des autres dans toutes nos vallées2 ». Bien que n'aj'ant jamais vu les cartes en question (qui ne sauraient être en tout cas des cartes imprimées, Car toutes celles qui l'ont été ne présentent rien de semblable], nous n'osons contredire absolument une affirmation aussi catégorique. En tout cas, ce n'est pas seulement « la guerre de Trente Ans qui a détruit la plupart de ces ouvrages3 » ; et ce qui est également certain, c'est que lorsqu'on a refait des barrages dans quelques vallées des Hautes-Vosges, vers la fin du XVIIe siècle
bourg, que le fantasque comte palatin George-Jean de la Petite-Pierre imagina de créer au XVIe siècle, mais qui n'obtint même pas un commen­cement d'exécution.
1.  J'ai eu la. curiosité de compter les lacs et les étangs marqués sur la grande carte de Specklin, de 1576 ; j'enai trouvé plus de quarante, de dimen-sious relativement considérables, alors qu'aujourd'hui on en nommerait à peine une douzaine.
2.  Ch. Grad, Scènes et paysages des Vosges, Reouo d'Alsace, 1878, p. 98.
3.  Nous avons parcouru des centaines de liasses de pièces inédites rela­tives aux misères de cette guerre dans la Haute-Alsace, et jamais nous n'y avons trouvé trace de plaintes sur le sujet touché ici: nous n'avons rien trouvé non plus d'y afférent, dans les dossiers relatifs à l'époque prospère antérieure à 1618.
R. Rll-ss, Alsace.                                                                                       2

18                                   L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
ces travaux furent considérés par les contemporains comme une innovation considérable1.
§ 3. Climat
S'étendant du 47e degré 30' au 49e degré 40' de latitude Nord5, l'Alsace devrait jouir d'un climat tempéré. Mais enfoncée dans le. corps de l'Europe, loin des mers, dans une situation toute conti­nentale, formant d'ailleurs avec les contrées de la rive droite dû. Rhin moyen un long couloir, alternativement balayé par les vents du Sud et par ceux du Nord, elle est de plus longée par un fleuve puis­sant, el sillonnée par une foule de cours d'eau de moindre impor­tance, dont l'évaporation constante imprègne l'atmosphère d'une humidité tour à tour lourde et pénétrante. Aussi l'Alsace est-elle plus sujette que d'autres contrées à des changements de tempéra­ture fort brusques et souvent excessifs dans Un sens ou dans l'autre, qui se produisent dans la plaine aussi bien qu'au sommet des montagnes. Les étés y sont chauds, les hivers longs et froids, les printemps très courts, les pluies abondantes, les orages fré^ quents, les gelées tardives et souvent désastreuses pour les vi­gnobles3.
Ces observations, toutes actuelles, avaient été déjà faites il y a deux siècles, et les paroles consignées au rapport de l'intendanjt La Grange pourraient être contresignées par un bureau météoror logique contemporain : « Les hivers sont longs en Alsace, à cause de la proximité des montagnes ; le printemps y est fort court,' à cause des neiges des montagnes de Suisse qui ne fondent qu'au mois de mai ; les chaleurs y surviennent tout d'un coup ; par les pluies fréquentes et la diversité des temps, les saisons y sont inconstantes et souvent elles passent d'une extrême chaleur au froid. Les automnes y sont fort souvent très agréables, en sorte que les fruits y parviennent à une parfaite maturité1. •» . .
Les impressions des contemporains étrangers varient au sujet du climat. Un Parisien qui voyageait en juillet .1675 dans le Sundgau, écrit « qu'il gelait de froid dans le fort de la canigule » en cet « af­freux désert » quoiqu'il eût un bon manteau et de grosses bottes3. Un
1.  Diariutn de Bernard de Ferrettet éd. Ingold, Colmar, 1894, p. 23.
2. Ch. Grad, Hei/natsluinde, p. 1551
3.  Id., p. 162.
4.  La Grange, loi. 17-18.
5.  Mémoires de deux voyages, p. 117.

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gentilhomme bourguignon, par contre, qui l'année d'auparavant se trouvait également dans les Vosges, au commencement de novembre,, déclare que « l'air d'Alsace est si doux, que, bien que nous fussions campés sur des montagnes qui, depuis la Lorraine, sem­blaient plus élevées que les nues, nous n'avons point senti de froid, à la Toussaint, qui ne fût fort supportable1 ».
En apparence du moins, les documents ne font pas défaut pour décider entre des assertions aussi contradictoires. Depuis le moyen âge jusqu'au XVIIIe siècle les chroniqueurs locaux ont soi­gneusement noté les variations extrêmes de la température; mais ce sont précisément les données extrêmes qu'ils nous ont con­servées et les moyennes ne figurent pas d'ordinaire dans leurs notices. Même en additionnant soigneusement leurs chiffres, on risquerait donc d'arriver à des indications inexactes. Il paraît cer­tain, d'une part, que le nombre des hivers très froids a été, du moins au XVIIe siècle que nous étudions particulièrement ici, plus considérable que de nos jours. Quand nous lisons dans nos sources qu'en 1608 le vin gelait dans les chambres chauffées du couvent de Thann, et que les chats imprudents, léchant les plats dans la cuisine, y restaient attachés parla langue2 ; qu'en 1623 FUI supérieure était gelée jusqu'au fond de son lit, à quatre pieds de profondeur3; qu'en janvier 1658 on put traverser, pendant tout un mois, le Rhin près de Strasbourg, à cheval et en voiture4; que le même fait se reproduisit durant l'hiver de 1669 à 16705, il est incontestable que nous avons bien plus rarement subi, depuis un demi-siècle, des températures pareilles. D'autre part, on affirme la fréquence de phénomènes météorologiques absolument contraires. Ainsi l'ammeistre Reisseissen nous raconte dans son Mémorial que le 20 décembre 1660 il faisait si chaud qu'il s'assit dans son jardin pour y jouer de la guitare6, ce qui prouve bien que tous les hivers n'étaient pas également rigoureux. Cette question du climat d'autrefois a été posée plus d'une fois déjà d'une façon plus géné­rale, mais résolue en sens opposés. Il en est qui affirment qu'au moyen âge le climat de nos contrées était infiniment plus rude qu'aujourd'hui, et ils expliquent le fait par l'existence des forêts
1.  Claude Joly, Relation, p. 55.
2.  Tschamser, Annales, II, 309.
3.  Tschamser, II, 389.
4.  Walther, Strassburgische Clironik manuscrite, fol. 234 b.
5. Walther, Chronique, fol. 254 a.
. (i. Aufseichnungen non Franciscus Reisseissen herausgegeben von Rud. Reuss. Strassburg, Schmidt, 1880, p. 43.

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immenses qui couvraient alors le sol, et des nombreux marécages depuis lors drainés et disparus. Ils ajoutent que les déboisements continuels et l'extension des cultures ont amené, à partir du XVIIe siècle, des changements de température plus brusques, et, à la place de froids plus intenses, des pluies plus fréquentes et plus prplongées1. Ce dernier phénomène ne nous semble nulle­ment établi5. D'autres auteurs sont d'avis que, même au moyen âge, —et à plus forte raison, au XVIIe siècle,— le climat de l'Alsace n'était ni plus rude ni plus doux que de nos jours1. En tout cas, et quelle qu'ait été la rigueur de certains hivers, la province ne pouvait certainement pas passer pour une contrée naturellement, froide et, par suite de son climat, naturellement pauvre, comme tant d'autres régions de l'Europe centrale.
§ 4. Fertilité du sol
Ce qui le prouve mieux que tous les arguments théoriques,'c'est qu'alors, comme de nos jours, les géographes et les administrateurs s'accordent à vanter la fertilité du sol alsacien. Au XVIe siècle déjà, Sébastien Munster écrivait que « près des montagnes d'Alsace, il n'y a pas un seul lieu mutile ne vuyde, qui ne soit habité ni labouré* ». Cent ans plus tard, l'auteur de la Topographie dite de Mérian, déclare qu'il n'est pas de province sur les bords du Rhin qui puisse rivaliser pour la fertilité de son sol avec la terre alsa­cienne, de sorte qu'on l'appelait avec raison « le garde-manger, le cellier, le grenier d'abondance et la nourrice d'une grande partie de l'Allemagne 5 ». Au moment même où les guerres de Louis XIV ajoutaient de nouvelles misères à toutes celles de la guerre de Trente Ans, un voyageur, observant avec sagacité tout ce qui l'en­toure, nous apporte un témoignage analogue : « Tout le païs, dit-il, est des meilleurs et des plus fertiles du monde, en tout ce qui est nécessaire à la vie. Ses plaines sont abondantes en froment et en toutes sortes d'autres grains ; ses coteaux portent d'excellens vins,
1.  Charles Boersch, Essai sur la mortalité à Strasbourg, Strasb., 18363 4», p. 39-46.
2.  En tout cas les raisons alléguées (déboisements, etc..) servent .d'ordi? naire comme arguments à l'hypothûse contraire.
3.  Ch. Grad, Hacmatskunde, p. 163. Pour mon compte, je suis disposé à admettre que la température était fréquemment plus rude au XVIL° siècle qu'aujourd'hui.
• 4 s Cosmographie, p. 515. 5. Meriaa, Topog raphia Alsatice (1644), p. 1.

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ses pâturages nourrissent tant de bestial que la chair s'y vend à très bas prix. On juge bien qu'un païs si gras et si fertile doit être bien peuplé. » Mais, ajoute notre voyageur, « frontière de la France et de l'Empire, il se voit si souvent exposé au ravage et aux malheurs de la guerre que ses habitans vivent dans des allarmes continuelles et ne peuvent jouïr de l'abondance dont ils seroient comblés sans ce rude fléau1 ».
Enfin, dans les dernières années du XVIIe siècle, le Mémoire sur l'Alsace de l'intendant La Grange a résumé d'un ton moins pitto­resque, mais avec les indications plus précises de l'administrateur moderne, et avec quelques restrictions de détail, le tableau d'en­semble du vaste territoire qu'il administra pendant de si longues années : « Toute l'Alsace est un pays fertile en toutes sortes de grains, vins, fourrages, jardinages et autres légumes, cependant en quelques endroits moins que dans d'autres. Carie pays qui est ren­fermé entre le Rhin, la Hart, et la rivière d'Ill, jusqu'à Strasbourg, est fort étroit et d'une fertilité médiocre, ni aïant point de vin et peu de prairies, à cause des débordemens du Rhin; il ne produit aussi que des seigles, orges et avoines. La partie continuée de la plaine, entre la rivière d'Ill et la montagne, depuis la ville de Soultz en Haute-Alsace jusqu'à deux lieues au-dessus de Haguenau, est très abondante en toutes sortes de grains, vins et fourrages. Ce qui est au-dessus de ladite ville de Soultz, jusqu'à Befort, en suivant la montagne, dans la largeur de trois lieues, l'est beaucoup moins, le païs estant rempli de bois et le peu de terres labourables qu'on y trouve n'est point fertile ; la plupart sont spongieuses et difficiles à labourer, ce qui fait que les habitans s'appliquent plus particu­lièrement à la nourriture des bestiaux, le païs estant d'ailleurs généralement assez abondant en prairies. La partie de la province attenante à celle dont on vient de parler, en tirant vers la montagne de la Suisse, et de là à Altkirch et Milhouse, est meilleure et la terre en est plus fertile.
» Le territoire de Haguenau, appelé la plaine de Marienthal, est tout en bruières sablonneuses, où il ne croît que du blé de Turquie et point de vin, à cause de la proximité de la forêt et des bois qui sont aux environs.