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BIBLIOTHÈQUE
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DES
HAUTES ÉTUDES |
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PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES |
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'DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION
PUBLIQUE SCIENCES
PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES; CENT-SEIZIÈME FASCICULE
:
L'ALSACE AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE, PAR RODOLPHE
REUSS |
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PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER |
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1897 |
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Tous droits réservés |
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CHALON-SUR-SAONE
IMPRIMERIE FRANÇAISE ET ORIENTALE DIS L.
MARCEAU |
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L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE |
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L'ALSACE
AU DIX-SEPTIÈME
SIÈCLE |
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AU POINT DE VUE |
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GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE,
ADMINISTRATIF ÉCONOMIQUE, SOCIAL, INTELLECTUEL ET
RELIGIEUX |
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RODOLPHE REUSS
MAITRE DE CONFERENCES A L 'ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES ANCIEN BIBLIOTHÉCAIRE DE, LA VII. I. E DE
STRASBOURG |
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TOME PREMIER |
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PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER
1897 |
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MONSIEUR AUGUSTE
HIMLY
MEMBRE DE L'INSTITUT DOYEN DE LA
FACULTÉ DES LETTRES DE PARIS
HOMMAGE D'AFFECTION DE
RECONNAISSANCE ET DE RESPECT |
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PRÉFACE |
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Le but du présent travail est de
retracer, aussi fidèlement que possible, le tableau de l'Alsace au
XVIIe siècle, tant pour les années qui précédèrent sa
réunion à la France que pour celles qui suivirent la conquête. Exposer
brièvement la géographie physique de
la nouvelle province, en raconter l'histoire, examiner tour à tour
sa situation politique, administrative, économique, intellectuelle et
religieuse, depuis le début de la guerre de Trente Ans jusqu'à la paix de
Ryswick, c'est ce que je voudrais faire dans le présent volume et dans
(relui qui suivra, avec autant de précision que le permettent les sources
disponibles, avec cette ferme volonté d'impartialité, qui est le premier
devoir de l'historien.
C'est un sujet assez vaste et
qui n'avait point encore été abordé dans ses menus détails. Sans doute,
les aperçus sommaires sur cette période ne manquent pas dans les histoires
générales de l'Alsace et d'excellentes monographies ont été consacrées à
quelques-uns des points que j'aurai à toucher ici. Je le reconnais
d'autant plus volontiers que j'ai beaucoup profité des travaux de
certains de mes devanciers. Mais personne encore n'avait pris à tâche
de réunir et de condenser les nombreux matériaux disséminés dans la
littérature alsatique ancienne ou contemporaine, et bien peu d'entre mes
prédécesseurs avaient songé à porter leurs investigations dans les
dépôts d'archives du pays, afin d'en tirer les documents nécessaires pour mieux éclairer la situation de
l'Alsace d'alors. Il est vrai que ce travail de dépouillement des
archives, pour être un peu complet,
aurait exigé des loisirs autrement prolongés que les miens, et je n'ai pu le poursuivre que dans
une assez faible mesure, à travers des occupations professionnelles
très absorbantes, pendant plus de
trente ans. Travail un peu ingrat aussi, dans certaines de ses
parties, puisque, pour fournir un tableau d'ensemble complet, il fallait y
aborder une série de questions techniques auxquelles l'auteur se sentait
moins compétent pour1 R. Rkess, Alsace.
n. |
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II
L'ALSACE AU XVIIe
SIÈCLE
répondre, tout en craignant que
bien des lecteurs ne_ trouvassent ces. chapitres trop longs, voire même
inutiles. Cependant il n'est plus permis de nos jours aux historiens
d'ignorer, dans leurs récits, les problèmes économiques et de
passer sous silence les détails administratifs en apparence les plus
arides. L'histoire de la civilisation, reflétée dans les idées et les
mœurs, les coutumes, les superstitions même des populations les plus
obscures, nous paraît, à bon droit, plus utile à connaître, et parfois
plus attrayante, que l'histoire des guerres et des intrigues
diplomatiques. Du moins elle marque quelque chose de plus durable dans les
étapes de l'huma nité, alors que les rencontres sanglantes des nations sur
les champs de bataille n'ont jamais fixé la victoire que pour un temps, et
que les traités de paix qui les ont
suivies, démentent, d'époque en époque, en se renouvelant en sens
contraire, la décevante éternité pour laquelle on prétend les
conclure.
Le long et intermittent labeur
de la juxtaposition de tant de matériaux, réunis durant un si grand
nombre d'années, était rendu, doublement fastidieux par l'état dans
lequel se trouvaient, au, XVIIe siècle, ces contrées
vogéso-rhénanes dont j'ai tâché de retracer l'histoire. Elles n'ont réellement eu
droit à un nom collectif, et n'ont pu s'appeler la province
d'Alsace qu'au moment où elles s'absorbaient dans le sein de la monarchie
française. Pour étudier^ de plus près ces microcosmes politiques, pour
s'intéresser à leur_, vie propre, à leur épanouissement comme à leur
décadence, il faut être soutenu par
l'amour profond du sol natal. Il faut peut-être avoir atteint aussi cette sage résignation,
fruit de longues années
d'expérience, qui nous montre les grandes scènes de l'histoire
universelle se modifiant sans cesse aux yeux de-la-postée-rite, selon les
lueurs changeantes que projettent sur elles les passions contemporaines. Désespérant alors de
fixer jamais d'une façon définitive ces tableaux plus vastes, à la
perspective plus profonde, on se prend à croire que, dans une sphère
plus modeste, et plus étroitement circonscrite, la vérité serait moins
rebelle à qui lâcherait de l'atteindre. On se dit, — et peut-être n'est-ce
qu'une illusion de plus, — qu'à force de serrer les détails, d'en
détermine!* les données minutieuses, on a quelque chance d'échapper aux
jugements arbitraires de « l'animal politique », comme à l'erreur des
imaginations du poète, qui vivent en nous tous et s'y
réveillent, |
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Préface
iii
parfois assez mal à propos, pour
contrecarrer les efforts du savant sincèrement épris de
vérité.
Je ne
puis feindre d'ignorer que le sujet choisi doit paraître brûlant à plusieurs et qu'il leur semblera
difficile de le traiter, sans se laisser entraîner par les émotions
contemporaines qui s'agitent autour
de lui. Il ne faut pas oublier pourtant, que ce qu'on appelle « la question alsacienne » n'est pas née
d'hier seulement. Sans remonter à des périodes plus lointaines, sans
évoquer ici le souvenir- des luttes entre Francs et Allamans ou les
partages répétés entre les
descendants de Charlemagne, ni même la tentative de Henri II de France, au
milieu du XVIe siècle, on sait qu'elle s'est posée nettement dès le début de la guerre de
Trente Ans et n'a cessé
d'agiter les esprits pendant tout le reste du XVIIe siècle.
Elle lui a survécu, à vrai
dire; au cours de sa lutte inégale contre l'Europe coalisée, Louis XIV offrait,
encore en 1709, de rendre Strasbourg à l'Empire, afin d'en obtenir la
paix. Les traités d'Utrecht et de Rastatt écartent bien pour un
temps cette discussion de
l'ordre du jour de la politique courante, mais, quatre-vingts ans plus tard, elle est rouverte par les
guerres de la Révolution, et les armées autrichiennes, envahissant
l'Alsace, réclament cette province pour ses maîtres d'autrefois.
Repoussée alors par les armes
victorieuses de la République, la revendication semble un instant à la veille d'aboutir en 1815, après
la défaite de Napoléon. Dès ce
moment, les « patriotes » d'outre-Rhin demandent avec violence cette
annexion de l'Alsace qui devait être, un demi-siècle plus tard, la conséquence fatale de la
coupable incurie, des folies et de l'écrasement du second Empire. Si je
rappelle ces faits indiscutables et connus de tous, c'est
uniquement pour montrer qu'aucune période de l'histoire d'Alsace ne pourrait
être traitée, pour toute la durée des temps modernes, si l'on voulait
s'abstenir de toucher à ce
problème délicat, qui passionna les esprits des siècles écoulés,
comme il passionnait ceux
d'hier et comme il préoccupera ceux de demain.
J'ai tâché cependant de faire
abstraction complète de l'heure présente en retraçant ce tableau du
passé de l'Alsace, que je me suis appliqué à rendre absolument historique,
c'est-à-dire entièrement impartial. Il m'a fallu par moments, je l'avoue,
un certain effort sur moi-même, pour rosier fidèle à cette objectivité
complète, idéal |
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IV
l'ALSACE AU
XVIIe SIECLE
inaccessible peut-être, mais sur
lequel l'historien doit tenir sans cesse les yeux fixés avec la ferme
volonté de l'atteindre. J'espère n'avoir cédé nulle part à la tentation de
faire de cette étude une œuvre de tendance et de polémique, tentation bien
naturelle pourtant, alors que je heurtais sur mon chemin certains
produits de la littérature soi-disant « historique » des vingt-cinq
dernières années. Assurément je dois m'être trompé plus d'une fois dans
les pages qu'on va lire, et la critique la plus bienveillante y pourra
signaler, sans doute, des lacunes et des erreurs. Enfant de l'Alsace,
passionnément attaché à la grande comme à la petite patrie, j'ai mis
pourtant tout ce que je pouvais avoir de volonté tenace à écrire
cette page d'histoire, un quart de siècle après la plus récente conquête,
comme je l'aurais écrite avant ou sans les événements de 1870, sans me
cacher d'ailleurs que cette impartialité ne me garantirait pas contre les
récriminations des uns et m'exposerait peut-être aux reproches des autres.
J'ai cru qu'il était plus vraiment utile pour tous, plus conforme en tout
cas à la dignité de l'histoire, de ne me préoccuper ni de ces accusations
ni de ces blâmes possibles, et de me laisser guider par la seule passion
permise au savant, l'amour de la vérité. C'est elle que j'ai recherchée
partout d'un ardent et sincère effort; au risque de me heurter à de
vieilles erreurs et à des préjugés respectables, j'ai tâché de la suivre
partout où elle a voulu me conduire. Aux hommes compétents par leurs
études, aux esprits impartiaux et vraiment désireux de savoir, de dire si
mon travail a quelque valeur, au moins à ce point de vue, et s'il leur a
fourni, par surcroît, quelques informations nouvelles sur une période
importante de notre histoire nationale.
Le présent volume n'est
cependant qu'une partie de l'étude d'ensemble que j'ai entreprise sur
l'Alsace au XVIIe siècle et sur sa transformation graduelle par
l'influence et 1'administration françaises. A moins de resserrer en un
espace trop restreint une quantité dû faits considérable et de refaire une
fois de plus, sur certains points, le résumé sommaire que présentent la
plupart des histoires un peu détaillées d'Alsace, il fallait me résigner à
étendre mon exposé bien au delà des limites traditionnelles d'une thèse
académique, qu'il m'était interdit de franchir. Un partage s'imposait;
heureusement, il n'a été ni long ni difficile à faire. En décrivant d'une
part l'état matériel de l'Alsace, en dépeignant de l'autre son état
social, intel- |
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|
PREFACE |
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lectuel et moral, on pouvait
aisément grouper les divers chapitres de cette étude en deux moitiés, de
dimensions à peu près égales. C'est
par une esquisse géographique du territoire et par un croquis
ethnographique des habitants de l'Alsace au XVIIe siècle, que s'ouvre notre travail. Celte esquisse
est suivie d'un aperçu rapide sur les destinées de la région
rhénano-vosgienne, depuis les origines jusqu'à la guerre de Trente Ans,
et d'un tableau plus détaillé des luttes mémorables qui, se
continuant à travers un siècle presque
tout entier, aboutissent à changer le cours des destinées du pays.
Le troisième livre débute par l'exposé de l'organisation générale de
l'Alsace au temps de son autonomie, pour autant qu'on peut parler
d'organismes communs et de rapports intimes dans cet ensemble de petits
Étals, indépendants les uns des autres et souvent même hostiles; puis il
retrace les débuts du gouvernement nouveau; les mesures qu'il prend pour
unifier graduellement l'administration proprement dite, celle de la
justice et celle des finances, et pour absorber complètement la direction
des affaires politiques et militaires, de façon à donner à la province
conquise les premiers éléments d'une autorité commune et le
sentiment d'une cohésion toute nouvelle. Il faudra s'armer ensuite de
quelque courage et de beaucoup de patience pour plonger dans ce fouillis
de territoires d'origine et de nature si diverses, et pour apprendre à
connaître, par le détail, les principautés ecclésiastiques et laïques, les
comtés, les grandes et petites seigneuries, les villes libres et les
villes impériales dont l'inextricable enchevêtrement rend à la fois
la conquête plus facile, et complique l'administration de la façon la plus
embarrassante pour les nouveaux
venus. Cette étude de détail forme l'objet du quatrième livre. Le
tableau de l'Alsace économique clôt le volume. On y trouvera, dans une
série de chapitres, un ensemble de données en partie nouvelles, sur
l'agriculture, sur la viticulture, sur l'élève du bétail et sur
l'exploitation des forêts. Il y est également traité de la grande et
de la petite industrie d'alors, depuis l'exploitation des mines d'argent
seigneuriales jusqu'au travail manuel des humbles artisans de village; de
l'organisation des corps de métiers urbains et des associations
provinciales; de l'introduction de la fabrication moderne par les
privilèges royaux; du commerce par terre et par voie fluviale; des routes
et du service postal; des foires et des marchés; des articles divers du
trafic local, etc. |
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VI
L'ALSACE AU XVIIe
SIECLE
Le second volume, qui suivra, je
l'espère, le premier d'assez I>rès, retracera tout d'abord, et très en
détail, le tableau de la société alsacienne d'alors, les mœurs des grands
seigneurs et de la noblesse, celles des bourgeois des villes et des
populations rurales. On y parlera de leurs coutumes, de leur vie de
famille et de leurs distractions, des lois somptuaires et ordonnances
innombrables qui les enserrent et les brident à chaque tournant de
l'existence, réglant avec un rigorisme méticuleux, qui nous semblerait
intolérable, tous les actes de leur vie publique et privée, et jusqu'à leurs
pensées. On y étudiera tour à tour le gentilhomme alsacien dans ses
plaisirs cynégétiques, le bourgeois cossu dans ses exploits épulaires, le
paysan dans ses réjouissances bruyantes et grossières et ses superstitions
tragiques, plus grossières encore. L'hygiène publique, l'assistance
publique, pour autant qu'elles existaient alors, ne sauraient manquer à ce
tableau; nous verrons donc aussi cette société alsacienne dans sa lutte
contre la misère et la maladie, contre les épidémies si fréquentes
alors et si terribles, contre le vagabondage et la mendicité, nous la
verrous à l'œuvre dans ses asiles, ses hospices et ses hôpitaux. Un
autre livre sera consacré à la vie intellectuelle de l'Alsace au XVIIe
siècle. Nous y parlerons de sa langue et des progrès, lents, ruais
cependant sensibles, qu'y faisait la langue française, dès la fin de cette
époque; de la littérature contemporaine, faible écho de celle du siècle
précédent, qui lut l'âge d'or de l'Alsace littéraire; des rares artistes
de talent auxquels la dureté des temps permit d'y produire quelque œuvre
durable, soit qu'ils fussent enfants du pays, soit qu'ils y fussent venus
de l'étranger. Nous nous appliquerons à donner un tableau fidèle et
véridique de l'enseignement primaire comme de l'enseignement secondaire
dans les écoles et les gymnases d'Alsace, et nous parlerons des Académies
et des Universités, dont les maîtres, illustres alors et presque oubliés
de nos jours, attiraient à Strasbourg et à Molsheim de nombreux étudiants
du dehors. Le huitième livre enfin
traitera de l'étal religieux de l'Alsace au XVIIe
siècle. On y trouvera l'exposé de la situation matérielle et de
l'organisation officielle des deux Églises qui se partageaient, moins
inégalement qu'aujourd'hui, la population du pays; le tableau des mœurs et
de l'influence morale du clergé catholique et du clergé luthérien; celui
de l'éducation religieuse des masses et des manifestations
extérieures de leur foi (confréries, pèlerinages, etc. ).
On |
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PREFACE
VII
y trouvera aussi les
renseignements les plus précis sur les rapports mutuels des différentes
confessions, sur leurs âpres controverses, sur l'attitude des
gouvernements successifs de l'Alsace au XVIIe siècle, à l'égard
des différentes Églises. Un chapitre sur le triste sort des Israélites de
la province, également honnis par les adhérents de l'un et de l'autre
culte, et non moins opprimés d'ordinaire par l'autorité civile, terminera
ce dernier livre.
On s'étonnerait bien à tort de
voir la question religieuse occuper une place, relativement si large, dans
l'exposé de la situation politique, intellectuelle et morale de
l'Alsace d'alors. On s'expose en effet à ne rien comprendre à l'histoire
de cette province, — ni, en général, à celle du XVIIe siècle
tout entier, dans les contrées où n'existe plus l'unité de la foi, — si
l'on ne tient pas grand compte de la situation religieuse. C'est là
seulement qu'on peut trouver la clef d'une foule de faits et de
phénomènes, qui pour l'observateur superficiel semblent absolument
étrangers à cette sphère et ne s'expliquent en aucune manière. Nier
son importance capitale, par ignorance ou parti pris, c'est donc se
rendre volontairement incapable de comprendre et de juger les hommes et
les choses de ce temps. Si ce sont les principes de 1789 ou l'idée de
nationalité qui nous donnent à nous, enfants du XIXe siècle,
l'explication de nos luttes contemporaines, si l'on peut affirmer que,
pour les hommes du XXe siècle, la question sociale
primera les problèmes politiques, la question religieuse, qu'elle
aboutisse à l'autorité absolue de l'Église ou à la liberté des
consciences, dominait de haut toutes les autres, il y a deux cent
cinquante ans; tout le reste est d'ordre secondaire aux yeux des
contemporains.
Je dois remercier ici les
savants qui m'ont facilité ma tâche: M. le Dr Pfannenschmid, directeur des
Archives de la Haute-Alsace, à Golmar; M. le professeur Wiegand, directeur
de celles de la Basse-Alsace, à Strasbourg; M. le Dr
Winckelmann, archiviste de la ville de Strasbourg. Je dois avant tout un
souvenir affectueux et reconnaissant à la mémoire de mes deux
excellents amis, M. Jean Brucker, archiviste de la ville de Strasbourg
(-f-1889), et M. Xavier Mossmann, archiviste de la ville" de Colmar (-f-
1893), qui, pendant près d'un âge d'homme, m'ont accueilli dans leurs
dépôts et m'ont fourni tant d'indications précieuses par leurs
communications, parleurs inventaires et leurs propres travaux.
J'ajoute volontiers à leurs noins |
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VIII
L'ALSACE AU XVIIe
SIÈCLE
celui de mon ami, M. Alfred
Eriehson, directeur de l'Internai ihéo- _ logique et archiviste du
Chapitre de Saint-Thomas "de Strasbourg, grâce auquel j'ai pu utiliser
dans ce riche dépôt tant de pièces relatives à l'histoire religieuse
et scientifique du temps. J'ai pu largement puiser aux richesses de
l'ancienne collection d'alsâliques de Charles-Frédéric Heitz, fondue dans
la bibliothèque de l'Université de Strasbourg, grâce à l'obligeance
constante de son conservateur, en chef, M. le professeur Barack; M. André
Waltz, bibliothécaire de la ville de Colmar, a plus d'une fois mis à ma
disposition les trésors de la collection Chauffour, coniîés à sa garde, et
je me croirais bien ingrat, si, au risque de paraître me louer moi-même,
je ne mentionnais pas ici la nouvelle Bibliothèque municipale de
Strasbourg, que j'ai dirigée, depuis le jour de sa création, pendant
vingt-trois années et dont les plaquettes rares et les manuscrits
alsatiques m'ont été mainte fois d'un si grand>secours pour mon
travail.
Je tiens à signaler moi-même, en
terminant, une lacune volontaire dans les sources dont j'ai fait et aurais
pu faire usage. En dehors des dépôts publics de l'Alsace, il était naturel
de consulter également ceux de Paris. On pense bien que je n'ignorais
pas qu'aux Archives de la guerre, comme aux Archives étrangères et aux
Archives nationales se trouvait une série de dossiers, de
correspondances administratives avec les gouverneurs, les intendants,
les préteurs royaux, etc., en Alsace, qui m'auraient fourni des
renseignements complémentaires précieux pour certains chapitres de
mon ouvrage. Mais au cours de mes recherches, commencées il y a de longues
années déjà, j'appris qu'un jeune compatriote, dont nous attendons
beaucoup pour l'histoire d'Alsace, M. Gh. Pfister, professeur à la
Faculté des lettres de Nancy, avait récemment et longuement exploré ces
dépôts en vue d'une publication future de longue haleine sur
l'administration française en Alsace à la fin du XVIIe et au
cours du XVIIIe siècle. Je me serais fait scrupule de priver le
biographe de Schoepflin, le savant et sympathique historien de
Sainte-Odile et du duché d'Alsace et du Comté de Horbourg,
du fruit légitime de ses recherches, en reprenant, d'une façon
forcément superficielle, les dossiers parcourus par lui et en déflorant de
la sorte un travail dont la publication ne tardera pas trop, je l'espère,
qui complétera certainement le mien, en le rectifiant sans doute sur plus
d'un point |
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PHKFACE
IX
et qui en
sera tout à la fois le prolongement naturel et la contre-épreuve.
Si ce livre, commencé jadis à
l'ombre de la vieille cathédrale de Strasbourg, terminé dans le calme
profond de ce Versailles où tout nous parle encore du « Grand Roi »,
pouvait, malgré ses défauts, faire connaître davantage l'Alsace
d'autrefois à la France d'aujourd'hui; s'il lui en rendait le
souvenir plus cher, en lui rappelant un moment plus heureux de sa propre
histoire, je me sentirais largement récompensé de tout ce qu'il m'a
coûté de recherches et de peines. Je n'ai pas besoin, je le sais, de
souhaiter qu'il me rappelle au souvenir de mes amis de là-bas. La douce
souvenance de la terre natale, la mémoire pieusement conservée de bien des
joies et de tant d'épreuves communes, ont formé des liens trop solides et
trop chers pour que les frontières et les années puissent les affaiblir ou
les rompre jamais.
Versailles, 13 octobre
1896. |
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BIBLIOGRAPHIE |
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Nous avons réuni dans le tableau
systématique suivant, les plus importants travaux imprimés qui se
rapportent aux différentes matières traitées dans les chapitres du présent
ouvrage. Il ne pouvait être question de donner en cet endroit une
bibliographie absolument complète du sujet, et le lecteur est
averti qu'il y cherchera en vain maint article et maint volume cités dans
les notes au_bas des\ pages, mais dont le contenu ne se rapporte
qu'incidemment à l'Alsace. D'autres publications, en assez grand nombre,
n'ont pas été mentionnées parce qu'on ne voulait pas avoir l'air de les
recommander aux travailleurs sérieux, alors qu'elles n'ont aucune
valeur scientifique. Enfin j'ai
systématiquement laissé de côté les quantités prodigieuses de
brochures contemporaines des événe-, ments, pamphlets politiques ou
religieux et écrits de circonstance divers en prose et en vers, pièces
assurément fort utiles à rhisto*-rien, mais dont rénumération aurait
réclamé plus d'une centaine de_ pages, sans que le lecteur, ne sachant où
les trouver (car elles sont assez rares pour la plupart), en eût tiré
grand profit.
On aurait tort surtout de
considérer ce catalogue sommaire, comme une espèce de
Bibliographie générale alsatique. Il y manque une foule
d'excellents ouvrages, anciens et récents, qui font honneur à
l'érudition alsacienne, comme à celle du dehors, mais qui ne figurent
point ici, puisqu'ils ne touchent pas, ou ne touchent qu'à peine à
l'histoire du XVIIe siècle, qui seule est visée dans ces pages.
Si quelque lecteur désirait pourtant se renseigner sur la littérature des
périodes avoisinantes, il pourra consulter, soit le catalogue dressé, il y
a bientôt quarante ans, par l'imprimeur strasbourgeois, Charles-Frédéric
Heitz1, soit celui de la collection dudit bibliophile, publié
par moi en 1868, œuvre de jeunesse fort imparfaite d'ailleurs2,
soit
1. CF. Heitz, Catalogue des principauté
ouerages imprimés sur le département du Bas-Rhin et liste des cartes
de ce département, dans la Description du département du
Bas-Rhin, Strasbourg, Berger-Eevrault, 1858, t. I, p.
417-518.
2. Bibliothèque
Alsatique. Catalogue des Uores, manuscrits, etc., de feu M. C. F.
Heitz, aeec notice préliminaire par Rod, Reuss, Strasbourg, Heitz,
1868, xui-335 p., ia-8". |
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BIBLIOGRAPHIE
XI
enfin le Catalogue de la
Bibliothèque C/iauffbur, rédigé avec le plus grand soin par M. André
Waltz, bibliothécaire de la ville de Coh mai'1. Le
Catalogue sommaire des principaux ouvrages publiés sur l'Alsace,
joinl par M. Eugène Waldner, l'archiviste actuel de la même ville, à
L'Alsace de feu Charles Grad, a paru en 18892; s'il est
nécessairement inoins détaillé que les précédents, il embrasse en plus la
littérature d'une dizaine d'années, et en les combinant tous ensemble, on
composerait sans trop de peine, non la Bibliographie alsatique complète, qui sans
doute ne se fera jamais3, mais un manuel bibliographique
assez complet pour suffire aux besoins de la plupart dès travailleurs qui
s'occupent du passé de notre province '■.
Topographie
Si<n, Muxstkh, Cosmograpbia oder
Beschreibung der gantzen
Weltt,etc. Basel, bey den
Heinricpetrinischen Erben, 1628,1 vol.
ïn-fol., ill. iMartin Zeiller), Topographia
Alsatiae, das ist Beschreibung und
eygentliche Abbildung der
vornehmbsten Staett... im Obern und
Untern Elsass, etc. Franckfurl
am Mayn, Merian, 1646, 1 vol.
in-fol., ill. — Même ouvrage,
deuxième édition. Franckfurt a. M., Merian,
1063, 1 vol. in-fol., ill. P.
du Val, La carte et la
description de l'Alsace françoise, Paris,
Pepingue, 1662, 1 broch. in-12°.
Ch. Nerlinger, Une
description de l'Alsace en 1662. (Revue
d'Alsace, 1895j. Joh. Koenig, Soc. Jesu, Institutio
geographica elementaris, ... qui-
1. Catalogue de la
Bibliothèque Chauffeur, dressé par ordre du Conseil municipal, par André
Walts. Manuscrits et imprimés concernant l'Alsace. Colmar, Jung. 1889,
ijx-769 p., in-S°. M. Ignace Chauffour est
mort en 1879 déjà.
è. Ch. Grad, L'Alsace,
Paris, Hachette, 1889, 1 vol. in-fol., p. 1-11.
3. Combien la tâche serait énorme, et tout à
fait au-dessus des forces d'un seul homme, on peut s'en rendre compte en
voyant le beau Catalogue des Alsatica de la Bibliothèque de Oscar
Berger-Leorault (Nancy, 1886), qui compte six volumes et qui cependant ne
renferme absolument que les pièces imprimées ou éditées par la maison
Levrault, depuis un peu plus de deux siècles.
4. Afin d'éviter le reproche immérité d'avoir
négligé tel ou tel ouvrage ou travail, relatif à notre sujet, qui aurait
paru alors que l'impression de notre volume était achevée, nous constatons que le
bon à tirer de cette Bibliographie a été donné le 19 juin
1897, |
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XII
L'ALSACE AU
XVIIe SIÈCLE
bus aocedit Topographia Alsatiae
et Brisgoiae, etc. Argentorati,
Dolhopff, 1677, 1 vol. in-16°.
Mart. Zeiller, Itinerarium
Germaniae nov-antiquae, teutsches
Reyssbuch, etc. Strassburg, Laz.
Zetzner, 1632,1 vol. in-fol. — Même ouvrage, nouvelle édition. Strassburg,
S. Pauli, 1674,
2 vol, in-fol. M. Ursenson, Elsass und Breyssgau,
aus Joh. Bapt. Melecii
lateinischer Geographi gezogen
und nach gegenwsertigem
Zustand entworffen. Strassburg,
Dolhopff, 1679, 1 vol. in-12°.
F. R. von Ichtersheim, Gantz neue
Elsassische Topographia, das ist der so wohl vor-als jetztmahlige Estât
des gantzen Elsass,* etc. Regenspurg, Seidel, 1710, 1 vol.
in-4°.
Ch.
Grad, L'Alsace, le pays et ses
habitants. Paris, Hachette, 1889,
1 vol. pet. in-fol., ill. Cn.
Grad, Heimatskunde,
Schilderungen aus dem Elsass. Golmar,
Jung, 1878,1 vol.
in-8°.
G. Bleicher,
Les Vosges, le sol et les
habitants. Paris, Baillière, 1890, 1 vol. in-18°.
Ch.
Grad, Orographie des Vosges (Revue
d'Alsace, 1877).
Ch.
Grad, Essai sur le climat de l'Alsace.
Golmar, Decker, 1870, 1 broch.
in-8°.
S. Billing, Chronique des hivers
rigoureux en Alsace (Revue d'Alsace, 1859).
J. DiETiucH, Froids
extraordinaires en Alsace, 764-1709 (Revue d'Alsace, 1860).
'--■
Dom
Ruinart, Voyage littéraire en Alsace au
XVIIe siècle, trad:. du latin par M. Matter. Strasbourg, Levrault,
1826, 1 vol. in-8°.
Aug.
Stoeber, Curiosités de voyages en
Alsace, du XVIe au XIXe
siècle. Colmar, Barth, 1874, 1 vol. in-8°.
Histoires générales d'Alsace
R. P. Laguille, Histoire de la province
d'Alsace depuis Jules-César jusqu'au mariage de Louis XV. Strasbourg,
Dôulssecker, 1727, 1 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, Alsatia illustrata.
Golmariae, Decker, 1751-1761, 2 vol. in-fol., planches.
J.-D. Schoepflin, L'Alsace illustrée,
trad. L.-W. Ravenez (avec additions). Mulhouse, Perrin, 1849-1852, 5 vol.
in-8°, planches.
Joh.
Friese, Neue vaterlaendische Geschichte
der Stadt Strassburg und des ehemaligen
Elsasses. Strassburg, Lorenz, 1791-1801, 5 vol. in-8°. |
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bibliographie
A. W. Strobel, Valerlaendische
Geschichte des Elsasses von der frûhesten bis auf die gegenwaertige Zeit,
fortgesetzt von H. Engelhardt. Strassburg, Schmidt, 1841-1849, 6 vol.
in-8°.
L. Gloecklek, Das Elsass, kurze
Darstellung seiner politischen Geschichle. Freiburg i./B., Herder, 1876, 1 vol.
in-8°.
J.-E. Sitzmanx, Aperçu sur l'histoire
politique et religieuse de l'Alsace. Belfort, Péligot, 1878, 1 vol.
in-18°.
J. Rathgeber, Die Geschichte des
Elsass (2e édition). Strassburg R. Schultz, 1882, 1 vol.
in-8°.
0. Lorexz u. W. Scherer, Geschichte dos Elsasses
(3e édition). Berlin, Weidmann, 1886, 1 vol.
in-8°. |
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L. Spach, Histoire de la Basse-Alsace
et de la ville de Strasbourg 'Description du département du Bas-Rhin, t.
I. Strasbourg, Berger-Levrault, 1858).
L. Spach, Lettres sur les archives
départementales du Bas-Rhin. Strasbourg, Piton, 1862, 1 vol.
in-8°.
L. Spach, Inventaire sommaire des
archives départementales antérieures à 1790, Bas-Rhin. Strasbourg,
Berger-Levrault, 1863-1872, 4 vol. in-4".
L. Briele, Inventaire sommaire des
archives départementales, etc., Haut-Rhin. Colmar, Hoffmann, 1863-1870, 3
vol. in-4°.
Guerre de Trente Ans
X. Mossmann", Matériaux tirés des
Archives de Colmar pour servir à l'histoire de la guerre de Trente Ans
(Revue d'Alsace, 1876-1891).
R. Reuss, Beilraege zur Geschichle
des dreissigjaehrigen Krieges im Elsass, I : Strassburg und die
Evangelische Union (1618-1621). Mulhausen, Risler, 1868, 1 broch.
in-8°.
Dag.
Fischer, Diarium du siège de Saverne en
1622 (Revue d'Alsace,
1853).
Rod.
Reuss, Un poème alsatique relatif au
comte de Mansfeld et au siège de
Saverne en 1622, avec quelques autres pièces rares de la même époque (Revue d'Alsace,
1870).
A. de Kentzinger, Documents
historiques tirés des Archives de Strasbourg. Strasbourg, Levrault,
1818-1819, 2 vol. in-8°.
Ed.
Ensfelder, Souffrances de Riquewihr
pendant la guerre de Trente Ans
(Revue d'Alsace, 1877). |
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XiV
l'alsace au xvii*
siècle
H. Bardy, Les Suédois dans le Sundgau
(Revue d'Alsace, 1853-
1856).
F. Bresch,
Stadt und Thaï Munster ira
Elsass im dreissigjaehrigen
Kriege (Zeitschrift fur
Geschichte des Oberrheins, neue Folge,
vol. X).
•
K. Molitor, Der Verrath von Breisach,
1639. Ein Beitrag zur
Gesehichte des Verlustes der
Landgrafschaft im Elsass, etc.
Naumburg, Paetz, 1875, 1 broch.
in-8°. Rod.
Reuss, Josias Glaser et son
projet d'annexer l'Alsace à la
France, en 1639 (Revue d'Alsace,
1869). R. Reuss, Strassburg
ira dreissigjaehrigen Kriege, Fragment aus
der
Chronik von J. J. Walter. Strassburg, Treuttel u. Wùrtz,
1879, 1 broch. in-4°. Avenel, Lettres, instructions
diplomatiques et papiers d'État du
cardinal de Richelieu. Paris,
Imprimerie] Impériale et Nationale,
1853-1877, 8 vol. in-4°. X.
Mossmann, Contestation de
Colmar avec la. Cour de. France
(Revue de l'Est, Metz, 1869). J.
G. Droysex, Bernhard von
Weimar. Leipzig, Duncker vu
Humblot, 1885, 2 vol. in-8°. A.
von Gonzenbach, Der General
Hans Ludwig von Erlach. Bern,
Wyss, 1880-1882, 4 vol. in-8°.
Sabourin de Nanton, Jean Louis d'Erlach,
gouverneur de Brisach.
(Revue d'Alsace, 1868).
,;
Rod.
Reuss, Lettres inédites de Louis XIII,
Louis XIV, du princa
de Condé, etc., au Magistrat de
Strasbourg, 1642-1647 (Revue
d'Alsace, 1875). H. Bardy, Le comte de la Suze et la
seigneurie de.Belfort de 1636,
à 1654. Saint-Dié, 1885, 1
broch. in-8°.
A. Chéruel, Lettres du cardinal de
Mazarin pendant son. ministère. T. I-VIII. Paris, Imprimerie
Nationale, 1872-1894, 8 vol.
in-4". |
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Mémoires et négociations
secrètes de la coux' de Fi'ance touchant la paix de Munster. Amsterdam,
Châtelain, 1710, 1 vol. in-fol, (ou 4 vol. in-12°).
J. G. von Meiern,
ActapacisWestphalicaepublica|oder Weslphae-lische
Friedenshandlungen, etc. Hannover, Coita, 1734-1736,6 vol. in-foi. — Id.,
Acta pacis executionis publica oder Niirnbergische
Friedensexecutionshandlungen, etc. Hannover und
Goettingenj |
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BIBLIOGRAPHIE
XV
1736-1738, 2 vol. in-fol. —
Universalregister von J. L. Walther,
Goetlingen, 1740, 1 vol. in-fol.
J. Chiffletius, Alsatia jure
proprietatis Philippo IV, régi catho-
lico vindicata. Antverpiae, ex
officina Plantiniana, 1650, 1 vol.
in-fol. Comte Hallez-Claparède, Réunion de
l'Alsace à la France. Paris,
Franck, 1844, 1 vol. in-8°. F.
Rhodewald, Die Abtretung des
Elsass an Frankreich. Halle,
Niemeyer, 1893, 1 vol. in-8°. J.
Froitzheim, Der
Westphaelische Frieden und Deutschlands
Abtretungen an Frankreich.
Bischweiler, Posth, 1876, 1 broch.
in-4°. K. Jacob, Die Erwerbung des Elsass
durch Frankreich im west-
phaelischen Frieden. Strassburg,
Triibner, 1897, 1 vol. in-801. II. Vast, Les grands Traités du règne
de Louis XIV. Paris, Picard,
1893, 1 vol. in-8°.
Guerres de Louis XIV
Van
Huffel, Documents inédits concernant
l'histoire de France et l'Alsace
sous Louis XIV. Paris, Hingray, 1840, 1 vol. in-8°.
X. Mossmann, La France en Alsace
après les traités de Westphalie (Revue Historique, 1892,
1893).
H. Rocholl, Zur Geschichte der
Annexion des Elsass durch die Krone Frankreich. Gotha, Perthes, 1888, 1
vol. in-8°.
B. Auerbach, La question d'Alsace à
la diète de Ratisbonne, 1663-1673 (Annales de l'Est, Nancy,
1889).
L. Brièle, La prise de Colmar en 1673
(Curiosités d'Alsace, Colmar,
1864).
H. Peter, Der Krieg des grossen
Kurfùrsten gegen Frankreich, 1672-1675. Halle, Waisenhausbuchhandlung,
1870, 1 vol. in-8°.
H. Rocholl, Der Feldzug des Grossen
Kurfùrsten gegen Frankreich, 1674-1675. Berlin, Mittler, 1879, 1
broch. in-8°.
H. Rocholl. Der grosse Kurfùrst von
Brandenburg im Elsass, 1674-1675. Colmar, Decker, 1877, 1 vol.
in-8°.
1. Cet ouvrage vient de paraître
au moment où nous corrigeons les épreuves de notre Bibliographie. C'est
une étude très sérieuse, qui, vu ses dimensions notables et les recherches
laites par l'auteur aux Archives de Vienne, précise et élargit
naturellement nos connaissances sur certaines phases des négociations de
Westphalie. Cependant, tout en le signalant avec reconnaissance, il faut
dire que le volume de M. Jacob ne nous apporte point de révélations
inattendues, ni rien d'absolument nouveau. Nous n'avons surtout rien
trouvé, dans son argumentation, qui nous oblige à modifier uotre propre
manière de voir sur son sujet. |
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Xvi
l'alsAcè Au xvii*
siècle
H. Rocholi., Die
braunschweigisch-liineburgischen Truppen im
Feldzug des Grossen Kurfiirsten
gegen Frankreich, i674-1675
(Zeitschrift des historischen
Vereins fur Niedersachsen, 1895). H. Choppix, Campagne de Turenne en
Alsace. Paris, Dumaine,
1875, 1 vol. in-8°. Herm. Pastenacci, Die Schlacht hei
Entzheim. Halle, Niemeyer,
1880, 1 vol. in-8°. Ch. Gérard, La bataille
d'Enlzheim. Guebwiller, J. B. Jung, 1869,
1 broch. in-8°.
Ch.
Gérard, La bataille de Turckheim (Revue
d'Alsace, 1851). (Deschamps), Mémoires des deux dernières campagnes de M.
de
Turenne en Allemagne, etc.
Strasbourg, Dbulssecker, 1734, 1 vol.
in-12. De Beauraix, Histoire des quatre
dernières campagnes du maréchal
de Turenne, 1672-1675, Paris,
Chardon, 1782, 2 vol. in-fol. P. Luemkemaxx, Turennes letzter
Feldzug. Halle, Karras, 1883,
1 vol. in-8°. B. Han, Das Seelzagende Elsass, das
ist ausfùhrliche Beschrei-.
bung, etc. Nurnberg, Loschge,
1679, 1 vol. in-16°. Claude Joly,
Relation du voyage (en Alsace) de l'arrière-ban de
Bourgogne, 1675, Paris, Anselin,
1836, 1 vol. in=80. Rod.
Reuss, La Chronique strasbourgeoise du peintre J.-J.
Walter
(Campagnes d'Alsace, 1672-1676),
texte et traduction annotée,
(Annales de l'Est, Nancy, 1895-1897).
;
Carlet de la Rozière, Campagne de M. le maréchal de Créquy
en
Lorraine et en Alsace, en 1677.
Paris, 1764, 1 vol. in-12°. R. Reuss, Mémorial des Ammeisters
Franciscus Reisseissen, Strass-
burgische Chronik von
1667-1710.. Strassburg, Schmidt, 1877,
1 vol. in-8°. R. Reuss, Aufzeichnungen des
Ammeisters Fi'anciscus Reisseissen,
Strassburgische Chronik von
1657-1677. Sn-assburg, Schmidt,
1880, 1 vol. in-8°. A. Legrelle, Louis XIV et Strasbourg,
4e édition. Paris, Hachette,
1884, 1 vol. in-8°, A .Wëiss, Le 30 Septembre 1681,
étude sur la réunion de Strasbourg
à la France. Nancy,
Berger-Levrault, 1881, 1 broch. in-8°. (J. Rathgeber), Zur Geschichte der
Strassburger Kapitulalion von
1681. Strassburg, Schultz, 1882,
1 vol. in-8°. A> Coste,
Réunion de Strasbourg à la France. Strasbourg, Heitz,
1841, 1 vol. in-8°. E. Marcks, Beitraege zur Geschichte
von Strassburg's Fall im |
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BIBLIOGRAPHIE
XVII
Jahre 1681 (Zeitschrift fur
Geschichle des Oberrheins, Neue
Folge, tom. V). [Frid. Schraag), Nullitas
iniquitasque Reunionis Alsaticae. Sine
loco et nom. typogr., 1707, 1
vol. in-4°. (Stupfel),
Archives d'Alsace ou recueil des acles publics
concernant
cette province. Sans lieu
d'impression, ni nom d'imprimeur, 1790,
1 vol. in-8°. Abrah. Fritsch, Tabulae pacis
inler Leopoldum I... et Ludo-
vi'cum XIV... Reswyci Hollandiae
initae... Francofurti, Liebezeit,
1699, 1 vol. in-4°. J. C. Neuhaus, Der Friede von Rvswick
und die Abtretung
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Freiburg i./B., Herder, 1873,
1 vol. in-12°. (Frid. Schraag), Libertas
Argenloratensium slj-lo Ryswicensi non
expuncta. Sine loco, 1707, 1
vol. in-4°.
F. Ruhl), Exposé analytique des faits
et des acles qui établissent la
domination absolue du Roi sur l'universalité des terres et
habitants de la Haute et Basse-Alsace. Strasbourg, Levrault, 1790,
1 vol. in-8°.
Administration de l'Alsace
Administration générale, finances, justice, affaires
militaires
J. de la Grange, Mémoire sur la
province d'Alsace, 1697, extraits (Description du département du Bas-Rhin,
tome I, p. 519-558).
Ch.
Pfister, L'Alsace sous la domination
française. Nancy, Berger-Levrault, 1893, 1 broch.
in-8°.
Ch.
Pfister, Un mémoire de l'intendant
Colbert sur l'Alsace, 1663 (Revue d'Alsace, 1895).
J. Krug-Basse, L'Alsace avant 1789 ou
état de ses institutions provinciales et locales. Paris, Sandoz et
Fischbacher, 1877, 1 vol. in-8°.
G. Daxzas, Note sur la correspondance
du contrôleur-général des finances relative à l'Alsace, 1679-1728 (Revue
Catholique d'Alsace, 1895).
L.-A. Kiefer, Steuern, Abgaben und
Gefaelle in der ehemaligen Grafschaft Hanau-Lichtenberg. Strassburg,
Noiriel, 1891, 1 vol. |
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E. Bonvalot, Coutumes de la
Haute-Alsace, dites de Ferrette. Colmar, Barth, 1870, 1 vol.
in-8°.
R. Reuss,
Alsace.
j |
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XVIII
i/aLSACE AU
XVIIe SIÈCLE
Dag.
Fischer, Les institutions municipales
et judiciaires du bailliage
du Kochersberg (Revue d'Alsace, 1872).
E. Goepp, Bùrgerordnung von Berstett
(Alsatia, 1854).
F. Lempfrid, Beamten- und Bùrgereide
des St. Amarinenthars (Jahrbuch des Vogesen-Clubs,
1886). |
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Véron-Réville,
Essai sur les anciennes juridictions
d'Alsace.
Colmar, Hoffmann, 1857, 1 vol.
in-8°.
De
Bouc, Recueil des Édits, déclarations,
etc., du Conseil souverain
d'Alsace. Colmar, Decker, 1775, 2 vol. in-fol. Pillot et de Neyremand, Histoire du Conseil souverain
d'Alsace.
Paris, Durand, 1860, 1 vol.
in-8°. N. de CoiiisEitox,
Mémoire historique sur le Conseil souverain
d'Alsace, publié par Ignace
Chauffour (Revue d'Alsace, 1856). Notes d'arrêts du Conseil souverain
d'Alsace. Colmar, Decker,
1742, 1 vol. in-8°. F. Lauth (J. Reisseissen), Conspectus
judiciorum Argentinensium.
Argentorati, Heitz, 1784,1 vol.
in-4°. Aug. Stoebeis, Das
Staedtchen Ober-Bergheim und sein Asylrecht
(Neue Alsatia, 1885).
:
Rod.
Riîuss, La justice criminelle et la
police des mœurs à Strasbourg au XVIe et au
XVIIe siècle. Strasbourg, Treuttel et
Wiirtz, 1885, 1 vol. in-16°.
Aug. Stoeber, Pages inédites
pour servir à l'histoire des péna-_
lités de l'ancienne République
de Mulhouse aux XVIe, XVII0,;
XVIIIe siècles
(Bulletin du Musée historique, 1877). A. Uhlhorx, Eine Hinrichlung in
Bischweiler im Iahre 1667
(Jahrbuch des Vogesen-Clubs,
ix). J. Lobstein, Manuel du
notariat en Alsace, précédé d'une histoire
du notariat, etc. Strasbourg, Treuttel et Wùrtz, 1844, 1
vol. |
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|
A. Gaxier, Costumes des régiments et
des milices recrutés dans, les anciennes provinces d'Alsace et de la Sarre
pendant le XVIIe et le XVIIIe siècle. Epinal,
Froereisen, 1882, 1 vol. in-fol., ill.
Rod.
Reuss, L'artillerie strasbourgeoise du
XIVe au XVIIe siècle (Revue Alsacienne, 1879-1880).
\
J. Benneii, L'armement du vieux
Mulhouse, 1709 (Bulletin du Musée historique,
1892-1893). |
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1SIBLI0GRAPHIK
XIX
Alph.
Coste, Fort-Louis du Rhin (Revue
d'Alsace, 1862). R. TscHAHBEii,
Geschichte der Stadt und ehemaligen Festung Hùningen. Sankt Ludwig, Perrotin, 1894, 1
vol. in-8°.
Les Territoires Alsaciens
Die alten Territorien des Elsass
nach dem Stande vom 1 Januar 1648, herausgegeben vom Stalislischen Bureau.
Slrassburg, Du Mont-Schauberg, 1896, 1 vol. in-8°
(cartes)1.
M. Kirchxer, Elsass im Jahre 1648,
ein Beitrag zur Territorial-geschichle. Duisburg, Raske, 1 vol. in-4°
(carte . |
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|
L. Briele, La Maison d'Autriche en
Alsace, ancienne Régence d'Ensisheim (Curiosités d'Alsace.
1864'.
Mémoires de deux voyages et
séjours en Alsace, 1674-76 et 1681, publiés pour la première fois par L^e]
Bibliophile) J(oseph) C(oudre) M(ulhousois). Mulhouse, Bader, 1886, 1 vol.
in-8°, ill.
P. Malachias Tschamser, Annales oder
Jahrs-Geschichten der Barfuessern zu Thann, 1724, etc. (publiées par A.
Mercklen). Colmar, Hoffmann, 1864, 2 vol. in-8".
Ch.
Goutzwiller, Notice historique sur la
ville et la seigneurie d'Altkirch (Revue d'Alsace,
1850).
N. Moormeistër, Beitraege zur
Geschichte der Stadt und Herr-schaft Altkirch. Altkirch, Boehmer,
1876-1878, 2 broch. in-4°.
F.-J. FuEss,Die Pfarrgemeinden
des Cantons Hirsingen, ihre Alter-thùiner, etc. Rixheim, Sutter, 1879, 1
vol. in-8°.
A. Ingold, Notices sur Gernay(Revue
d'Alsace, 1872).
L.,Briele, Inventaire des Archives de
la ville de Cernav, antérieures à 1790. Colmar, Hoffmann, 1872, 1
broch. in-4°.
F.-J. Mercklex, Histoire de la ville
d'Ensisheim. Colmar, Hoffmann, 1840, 2 vol. in-8°.
Th.
Nartz, Le val de Ville, recherches
historiques. Strasbourg, Bauer,
1887, 1 vol. in-8°.
G. Dietsch, Le château de
Hohkoenigsbourg. Sainte-Marie-aux-Mines, Cellarius, 1882, 1vol.
in-18°.
P. Rossmann u. F. Ens, Geschichte der Stadt
Breisach. Freiburg im Br., Wagner, 1851, 1 vol. in-8°.
1. Cette publication est due
principalement à la collaboration de M. le Dr Fritz, professeur
au Lycée de Strasbourg, et de M. Leomann, secrétaire au Ministère
d'Alsace-Lorraine. |
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XX
L'ALSACE AU XVIIe
SIÈCLE
Alph.
Coste, Notice historique et
topographique sur la ville de Vieux-Brisach. Mulhouse, Bader, 1860, 1 vol.
in-8°. |
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A. Ph. Grandidier, Œuvres inédites,
publiées par J. Liblîn. Col-
mar, Decker, 1866-1868, 6 vol.
in-801. L.-A. Gloeckler,
Geschichte des Bisthum'sStrassburg. Strassburg,
Le Roux, 1880-81, 2 vol.
in-8°.
Dag.
Fischer, Le Conseil de Régence de
Saverne (Revue d'Alsace,
1865). Dag. Fischer, Die
bisehoeflich-strassburgische Regierung in
Zabern. Zabern, Gilliot, 1871, 1
broch. in-8°. Dag. Fischer,
Recherches sur les revenus de l'évêché de Strasbourg
(Revue d'Alsace, 1875). Dag. Fischer, Geschichte der Stadt
Zabern im Elsass. Zabern,
Fuchs, 1874, 1 vol. in-8°. Dag. Fischer, Étude sur
l'organisation municipale de Saverne sous
les évêques de Strasbourg (Revue
d'Alsace, 1865-1866J. (Ch.
Osteiimeyer), Notice historique sur le château
d'Isenbourg
près Rouffach, Golmar, Sailé,
1894, 1 vol. in-8°, ill. Ch. Knoll,
Histoire de la ville de Soultz (Revue d'Alsace, 1861-
1866). A. Gasser, Histoire de la ville de
Soultz et de son bailliage
(Revue d'Alsace,
1892-1895). |
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|
J.-G. Lehmann-, Urkundliche Geschichte
der Grafschaft Hanau-Lichtenberg. Mannheim, Schneider, 1862, 2 vol.
in-8°.
J. Rathgeber, Die Grafschaft
Hanau-Lichtenberg. Strassburg, Trûbner, 1876, 1 vol. in-18°.
L. A. Kiefer, Pfarrbuch der Grafschaft
Hanau-Lichtenberg, Strassburg, lleitz u. Mûndel, 1890, 1 vol.
in-8°.
L. A. Kiefer, Geschichte der Gemeinde
Balbronn. Strassburg, Noiriel, 1894, 1 vol. in-8°.
A. Bostetter, Geschichlliche Notizen
tiber die Stadt Brumath, Strassburg, Schmidt, 1896, 1 vol. in-8°,
ill.
K. Letz, Geschichte der Stadt
Ingweiler. Zabern, Fuchs, 1896, 1 vol.
in-8°.
1. C'est dans cette publication
que se trouvent les fragments et les notes du célèbre historien, se
rapportant à son Histoire de l'Église et des êeêques de Strasbourg,
dont le second volume, le dernier paru, s'arrête à la fin du
Xe siècle, mais dont il avait esquissé les contours jusqu'au
XVIIIe. |
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BIBLIOGRAPHIE
XXI
Dag.
Fischer, Abtei und Stadt Neuweiler,
historisch und arehaeo-logisch dargestellt. Zabern, Fuchs, 1876, 1 vol.
in-18°. |
||
|
|
||
|
J. Bernhard, Histoire de l'abbaye et
de la ville d'Erstein. Rixheim,
Sutter, 1883, 1 vol. in-8°. A.
Gatrio, Geschichle der Abtei
Murbach im Elsass, nach Quellen
gearbeitet. Strassburg, Le Roux,
1895, 2 vol. in-8°. X. Mossmann,
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Bauer, 1887, 1 vol.
in-8°. |
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in-fol., planches.
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in-40, planches.
Ad.
Seyboth, Das alte Strassburg,
geschichtliche Topographie, etc. Strassburg, Heitz u. Miindel, 1890, 1vol. gr.
in-4°, ill. |
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XXII
L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
Ad.
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J. G. Bernkgger, Forma reipublicae
Argentoratensis. Argentorati, S. Pauli, 1667, 1 vol. in-4°.
— Même ouvrage, considérablement
augmenté. Argentorati, S. Pauli, 1673, 1 vol. in-24». •
E. Mïiller, Le Magistrat de la ville
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in-12".
P. Hassel, Aus dem Reisetagebuch
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1865, 1 vol. in-4\ |
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L'Industrie
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TÎIBLIOGRAPHIK
XXVII
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L'ALSACE AU XVII0 SIÈCLE |
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LIVRE PREMIER
LE PAYS |
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CHAPITRE PREMIER
Description générale de
l'Alsace
Ce n'est que longtemps après la
chute de l'Empire romain, dans les premières années du VIIe
siècle, que les contrées situées entre les Vosges et le Rhin se présentent
à nous sous le nom d'Alsace qu'elles porteront désormais. Le
pays des Alscciones de la Chronique dite de Frédégaire
1, le pagus Alisacinse des Traditions de
Wissembourg2 nous ont conservé les formes les plus anciennes de
cette dénomination nouvelle, donnée aux parcelles méridionales de la
Germanie première et aux cantons septentrionaux de la Maxima
Sequanonim.
Plus tard, au IXe
siècle, c'est l'expression de pagus Elisaccnce qui prédomine
3, à laquelle correspond, en allemand, celle
d'Helisase, puis à'Elsass. La science étymologique des
auteurs de l'époque faisait dériver dès lors le nom d'Alsace de celui
de la rivière d'Ill ou d'Ell qui traverse le pays, et cette opinion,
catégoriquement affirmée au XIIIe siècle*, est restée dominante
jusqu'à nos jours5. Aujour-
1. Ed. Bruno Krusch, IV, cap. 37 (p.
138).
2. Traditiones possessionesque
Wizenburgenses, éd. Zeuss, Spirse, Neid-hard, 1842, p. 7,
etc.
3. Aug. Scbricker, Aelteste Gfaensen und
Gaue im Elsass, Strassburger Studien, Strassb., Trûbner, 1884,
vol. II, p. 305-403.
4. Annales Colniarienses dans les
Monumenta de Pertz, Scriptores, vol. XVII, p. 239.
5. Schoepflin, Altsatia illuntrala, vol.
I, p. 35.
K Reuss,
Alsace.
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2
L'ALSACE AU XVIIe
SIÈCLE
d'hui cependant la plupart des
érudits patronnent de préférence une_ origine différente du nom, et
veulent que le nom d'Alsaciens, ou, (Vhommes établis sur la
terre étrangère, ait été donné par les Alla-mans de la rive droite du Rhin à ceux de
leurs compatriotes qui, les premiers, prirent pied sur la rive
romaine du grand fleuve1.
Mais ce nom d'Alsace s'est
appliqué, dans le cours des siècles, à des étendues territoriales bien
différentes. Si, dans le sens de la largeur il a toujours répondu à la
bande de terrain qui remonte des, bras multiples du Rhin à la crête des
Vosges ou au rebord du plateau de Lorraine, il y a eu des extensions
considérables vers le Sud et plus encore vers le Nord. Peut-être, dans son
acception la plus ancienne, le pagus Alsacinse n'a-t-il compris que
la partie moyenne de l'Alsace, renfermée entre le Selzbach au nord et
l'Eckenbach au midi2. En tout cas, et dès la fin du
VIIIe siècle, il gagne de plus eix plus vers le Sud, et finit
par embrasser le Nortgau et une partie du Suntgau, refoulant
ce dernier vocable, qui au XIIe siècle encore s'appliquait au
pays jusqu'à l'Eckenbach, au delà de la Thiir, où il, reste définitivement
fixé, par rapport à l'Alsace 3.
Vers le Nord, la détermination
de la frontière alsacienne fut plus lente et plus compliquée. Si d'assez
bonne heure une partie du Spirgau fut considérée par certains auteurs
.comme appartenant à l'Alsace, il se trouve d'autres géographes pour
maintenir en plein XVIIe siècle les frontières de l'Alsace
proprement dite à la lisière septentrionale de la Forêt-Sainte de
Haguenau, à la Zorn et à la Moder, en même temps qu'ils ne lui laissaient
pas dépasser au Sud la Thur, la banlieue d'Ensisheim et la forêt de la
Hardt*. Après que les traités de Westphalie eurent placé Landau, comme les
autres villes de la Décapole, sous la suzeraineté de la France, l'opinion
publique s'habitua peu à peu à reporter la véritable frontière de l'Alsace
des bords de la Lauter à ceux de la Queich. Mais officiellement ce
der-
1. W. Hertz, Deutsche Sage im Elsass
(Stuttgart, 1872), p. 14, et surtout Cb. Pfister, Le duché mérooingien
d'Alsace JNancy, 1893), p. 6-7. Nous nç mentionnons que pour mémoire l'opinion
émise au XVI8 siècle par plusieurs écrivains, par Sébastien Munster, entre
autres, qui dérivaient Elsass de Edclsaxs, « terre des nobles » ou «
quasi noble assiette », comme dit le traducteur du géographe suisse, p.
513.
2. Schricker, op. cit. M. Pfister se
prononce contre cette étendue plus res^ treinte, sans me convaincre entièrement.
Je doute que le souvenir de la vieille frontière romaine, marquée
précisément à l'Eckenbaob entre la Geif-manie et la Séquanaise, ait disparu de si
bonne heure.
3. Vers le sud également les limites du
Sundgau restèrent longtemps flot* tantes, par rapport à la Bourgogne, la
Suisse et la Franche-Comté.
4. Réimpression de la Panegyris Carolina
de Jérôme Guebwiler, faite ji Strasbourg en 1642, p.
12. |
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LE PAYS
3
nier
tracé resta longtemps sujet à litige. Encore en 1702, un mémoire dressé par l'intendant d'Alsace
avouait « qu'à la vérité les bornes de l'Alsace du côté de l'Allemagne
n'ont pas encore esté bien précisément deci'ittes ny limitées' ». La
question venait à peine d'être
tranchée quand la Révolution effaçait les vieilles frontières et
les traités solennels qui les
avaient établies.
Il ne saurait cependant y avoir
de doute sur l'acception à donner au nom de l'Alsace, alors qu'on
l'emploie au XVIIe siècle, dont nous avons seul à nous occuper
ici. C'est bien de l'ensemble du territoire, s'étendant de Belfort à
Landau, dans l'intérieur des terres, et de Huningue à Guermersheim, le
long du Rhin, que l'on entend parler % et la géographie officielle du
temps indique nettement ses contours,, en disant que « la province
d'Alsace est située entre l'Allemagne, dont elle est séparée par le Rhin,
la Suisse qu'elle confine par les terres du canton et evesehé de Basle, la
principauté de Montbelliard, la Franche-Comté, la Lorraine, la Sarre, le
duché de Deux-Ponts, le Palatinat et les terres de l'evesché de Spire
3 ». Si elle se trompe quelque peu dans l'évaluation de la
superficie de ce territoire, c'est moins à cause du peu de précision des
frontières que parce qu'elle néglige les terrains improductifs et ne
s'intéresse guère aux forêts et aux montagnes1. La seule
modification notable introduite depuis, dans celte délimitation
traditionnelle a été l'œuvre de la Révolution; pour des raisons d'ordre
politique et religieux, celle-ci a réuni à l'ancienne Alsace les
territoires du bassin de la Sarre orientale, qui continuent à faire partie
de la Basse-Alsace actuelle, après avoir été fondus dans le département du
Bas-Rhin, sans avoir jamais appai-tenu jadis à la province
d'Alsace.
La géographie générale de
l'Alsace est une des plus simples sur toute la carte de l'Europe. Son
territoire occupe la moitié occidentale de la grande vallée du Rhin
moyen, renfermée entre les contre-
1. Mémoire sur l'Alsace, 1702, fol.
186 (Manuscritde la Bibliothèque de la ville de Strasbourg).
2. La Grange, Mémoire sur
l'Alsace, 169S, fol. 11. Ilexiste de nombreuses copies de ce mémoire ; je
citerai d'après celle qu'a faite l'archiviste Xavier Horrer, en
l'enrichissant d'additions multiples, et qui se trouve à la
Bibliothèque
municipale de Strasbourg.
3. Mémoire de 1702, fol. 1. Si P. Duval, dans
son volume assez rare. L'Italie et l'Allemagne, dédiées à M. de
Lamoignon, etc. (Paris, chez l'auteur, 1668, in-16), dit, p. 157
: « On connaît sous le nom d'Alsace toute la région qui se trouve deçà et delà le
Rhin, entre la Lorraine, la Suisse, la Souabe, etc., » c'est qu'il y
comprend le Brisgau, chose assez naturelle, puisque l'intendant d'Alsace résidait eu ce
moment à Brisach*
4. C'est pourquoi La Grange
ne donne à l'Alsace que « 4-5 lieues au plus» de largeur (fol. 11), Horrer
constate qu'il néglige les montagnes. |
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4
L ALSACE AU
XVIIe SIECLE
forts des Vosges et de la
Forêt-Noire, qui ont été primitivement, sans doute, une seule et même
chaîne, séparée longitudinalement par une iissure élargie de plus en
plus1. Le voyageur qui descend par la voie ferrée de Bâle à
Strasbourg, peut saisir d'un coup d'œiL le caractère général de notre
province, son profil abrupt descendant de l'Ouest vers le fleuve, avec sa
triple zone juxtaposée de montagnes, de collines, et de champs ou de
prairies. La plaine, plus ou, moins large, de quatre à sept lieues
environ, se présente plate, uni-i forme de Bâle à Lauterbourg, sur une
étendue de deux cents kilo-_ mètres 2, tantôt couverte de
céréales et d'autres cultures, là où prédomine le loess rhénan,
tantôt présentant les derniers restes des vastes forêts d'autrefois,
réduits à de maigres taillis, là où le Rhin lui-même et ses affluents
vosgiens ont recouvert de sable et de gravier le limon primitif plus
fertile3. Au-dessus d'elle, se dressent les_ coteaux et les
mamelons de la plaine, les uns mis en culture depuis un temps immémorial,
les autres recouverts de vignobles ou de châtaigniers, et dominés à leur
tour par la chaîne des Vosges, qui forme la limite au couchant, avec ses
forêts épaisses, et, dans sea parties les plus hautes, avec ses cimes
arrondies, dénudées par les bises hivernales, dont les pâturages alpestres
nourrissent en été de nombreux troupeaux4.
Ce n'est pas d'hier seulement
que l'Alsace est signalée comme l'un des plus attrayants parmi les cantons
montueux de l'Europe centrale, sinon comme « le plus charmant de tous
5 ». Dès le milieu, du XVIe siècle, le célèbre
géographe Sébastien Munster en donnait une description enthousiaste dans
sa Cosmographie, où il affirme qu' « il n'y a point encore une
aultre région en toute la Germanie: qui puisse ou doibve estre comparée au
pays d'Alsace0 ». Au XVIIe siècle, môme après les
terribles dévastations de la lutte trentenaire, au milieu des guerres
incessantes du règne de Louis XIV, elle ne faisait pas une impression
moins agréable aux visiteurs du
1. A. Himly, Formation, territoriale des
États de l'Europe centrale, 1, p. 102-103.
:
2. La pente entre
Colmar et Strasbourg est d'une soixantaine de mètres, Colmar se trouvant à
200 mètres, Strasbourg à 140 mètres environ au-dessus du niveau de la
mer.
o. Voy. sur la géographie physique
de l'Alsace les ouvrages de Charles Grad, Heimatskunde (Colmar,
1878, in-8»), et l'A feace (Paris, 1889, in-fol.).
4. Le ballon de Guebwiller,
le plus élevé de tous ces sommets, atteint 1426 mètres.
5. Himly, Formation
territoriale, I, p. 103.
6. La Cosmographie unioerselle, nouvellement
translatée, Basle, Henriç-petri, 1552, fol., p.
511. |
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LU l'AYS
5
dehors. Un touriste militaire,
enfant de la plantureuse Bourgogne, (•crivait en 1674, en rentrant dans
ses foyers : « L'Alsace passe pour une des meilleures provinces de
l'Europe, et la contrée où nous avons élé porte abondamment tout ce qu'on
peut souhaiter pour la commodité de la vie. Les vallons sont traversés par
des rivières fort poissonneuses, sur le bord desquelles sont de belles
prairies où l'on nourrit grande
quantité de bétail. Les pentes et même en quelques endroits les
sommets des montagnes, sont cultivés et portent de très bons grains
et des vins assez délicats, et ce qui n'est pas cultivé n'est pourtant pas
inutile, car il est couvert de bois, dont une grande partie est de haute
futaie, qui produisent des châtaignes et des glands en très grande
abondance el qui fournissent une très grande quantité de
gibier1.» Peu après, un Jésuite de Fri-bourg, le R. P. Jean
Kœnig, affirme que notre province est le jardin, mieux que cela, le
Paradis du monde germanique. Il y signale Cérès et Pomone, embellissant
les plaines, et Bacchus souriant sur les coteaux; les rochers eux-mêmes
n'y sont pas stériles comme en d'autres contrées, mais cachent de riches
veines d'argent et de plomb 2.
Même après les nouveaux
désastres de la guerre delà succession d'Espagne, au début du XVIIIe
siècle, cette note élogieuse ne tarit pas, etc'est avec un entrain
lyrique que François d'Ichtersheim, l'auteur de la Topographie
alsacienne, reprend le panégyrique de « ce paradis terrestre qui captive le cœur
et les regards », avec ses villes et ses villages coquets aux
maisons de pierre, cachées au milieu des jardins et des vergers, entourés
« d'une mer d'épis doucement bercés par la brise, et mêlés à un nombre
infini de fleurs, aux mille nuances et d'un suave parfum3
».
§ 1. Montagnes
La conformation générale de ce
territoire si favorisé était bien connue déjà au XVIIe siècle.
La grande carte d'Alsace dressée par l'ingénieur strasbourgeois Daniel
Specklin et publiée en 1576, |
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1. Claude Joly, Relation de ce qui s'est
passé à la convocation et pendant le voyage de l'arrière-ban de France eu
Allemagne, en 1674 (Paris, Anselin, 1836, 8-1, p.
55.
2. J. Kœnig, Institatio geor/rapkica...
quibus aecedit topographia Alsatiae et Brisgoiae, etc. Argentorati, Dolhopff,
1677,16°, p. 99.
3. F. R. von Ichtersheim, Elsaessische
Topographia (Regenspurg, Seidel 1710, 4»), II, p.
5. |
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6
l'alsace au
xvne siècle
donne une orientation suffisante
pour les contrées, de la plaine et les vallées extérieures latérales. Mais
le massif même des Vosges, encore très peu visitées, y est mal dessiné, et
les mamelons réguliers qui le composent sont des signes purement
conventionnels. On savait sans doute que de hautes montagnes, appelées de
toute ancienneté les Chaumes, « dedans les monts des Vôges »,
formaient un mur séparant le duché de Lorraine de « la plaine d'Aulsay, es
sommets desquelles sont de beaux gazons et riches pâturages, qui ne
manquent en fontaines, les plus belles et les plus abondantes qu'on puisse
désirer1 », mais, sauf les marcaires et les chasseurs, et
peut-être quelques contrebandiers, nul ne songeait à escalader ces cimes,
ni surtout à fixer les contours de ces régions perdues. L'aumônier
militaire irlandais, le P. Thomas Carve, qui traversa ces contrées vosgiennes pendant la guerre de
Trente Ans, en. suivant les troupes impériales de Colmar à
Remiremont, parie avec une espèce de
terreur du spectacle admirable qu'offraient ces; « horribles
montagnes » couvertes de neige à leur sommet, de moissons à mi-côte, de
vergers et de prés à leur base2.
Ce sentiment d'effroi persista
longtemps encore et jusque vers le milieu du siècle suivant3;
pour l'époque qui nous occupe, nous: n'avons rencontré de description tant
soit peu cohérente des montagnes d'Alsace que dans la Topographie
d'Ichtersheim, citée, tout à l'heure, et dont l'auteur avait sans
doute_gravi lui-même: autrefois les hauteurs du Ballon de Guebwiller et du
Hohneck*. On croit sentir comme un ressouvenir de sa lointaine jeunesse
dans les lignes qu'il consacre aux « hautes montagnes», particulièrement à
celles qui sont en arrière des vallées de Munster, de Murbach et de
Saint-Amarin. « Elles s'élèvent, dit-il, si haut dans les airs qu'elles ne
dépassent pas seulement lés cimes environnante_s, mais pénètrent jusque
dans les couches supérieures de l'atmosphère, où l'on peu t apercevoir
quelquefois avec bonheur au-dessus de soi le plus beau ciel du monde, tout
bleu, tandis qu'on voit en même temps, avec terreur et stupéfaction, à ses pieds,
s'échapper des nuages, un
t.
Description manuscrite de 1594, de Thierry Alix, président de la Chambre
des comptes de Lorraine, citée par
Grandidier, CEuores inédites, vol. VI, p. 29.
2. Itinerarium R. D. Thomœ Carce
(Moguntise, Heyll,1639, 16»), p. 145-146.
3. Dans la description de l'ascension du
Ballon de Guebwiller faite par l'archéologue Audré Silbermann, en 1745, on
parle de la « cime vertigineuse » (Schauorooller Scheitel) de
la montagne. Eriese, ffistorische Merckwardigkeiten (Strassburg, 1802,
18°), p. 2.
4. Ichtersheim, II, p. 3. Son père avait été
bailli de Saint-Amarin. |
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LK PAYS |
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déluge d'eau avec de la grêle et
des éclairs, qu'on entend le tonnerre, et qu'on se rend compte ainsi
de la puissance de Dieu dans la nature... 11 y a là haut soit de vastes
forêts, soit des pâturages. L'herbe y pousse, drue, entremêlée de
gentianes, de boutons d'or et de toutes sortes de fleurs, rouges,
blanches, brunes et jaunes, ainsi que de racines et d'herbes précieuses.
»
Mais de pareilles descriptions
sont rares et de toutes les cimes nombreuses que les manuels de géographie
modernes et nos cartes actuelles énumèrent depuis le col de Yaldieu
jusqu'à la frontière de la Bavière rhénane1, il en est bien peu
que l'on trouve mentionnées au XVIIe siècle, et ce ne sont
pas les plus hautes. Les cols étaient naturellement mieux connus, puisque
c'était en les traversant que s'opérait en partie le trafic du sel, du
bétail et de quelques autres marchandises entre l'Alsace et la Lorraine.
Mais il faudrait se garder de croire qu'en ces temps-là les nombreux
chemins ouverts depuis dans la chaîne des Vosges, par l'art des
ingénieurs, pour les besoins du commerce, existassent déjà, ne fût-ce qu'à
l'état primitif. « Les principaux passages pour entrer du costé de France
en Alsace, dit le Mémoire de 1702, et pour y conduire des armées et des
voilures, sont celui de la vallée de Saint-Amarin qui entre par Bussang et
de là à Thannes ; le val de Lièvre et de Sainte-Marie-aux-Mines, qui
aboutit à Schelestadt; la grande route de Paris à Strasbourg, en passant à
Phalsbourg et de là à Saverne. Ces deux derniers passages sont bons et le
dernier est meilleur que l'autre. Il y en a un quatrième qui passe de
Bitsche à Ingwiller et Haguenau; le dernier est celui de la vallée de
Deux-Ponts qui vient par Annwiller à Landau2. » En dehors de
ces trois grandes routes, le col de Bussang, celui de
Sainte-Marie-aux-Mines et la descente de Saverne3, par
lesquelles tant de fois des armées ont fait irruption dans la plaine
alsacienne au XVIIe siècle, il existait sans doute encore
d'autres passages, moins fréquentés, mais suivis pourtant par les
trafiquants d'Alsace et parfois aussi par quelque troupe de hardis
partisans, avides de butin, et que n'effrayait pas une escalade prolongée.
On peut mentionner la Scherhol ou le col du Pigeonnier, près de
Wissembourg, le passage de la Petite-Pierre, |
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1. Ch. Grad, Orographie de la chaîne des
Vosges (Reoue d'Alsace, 1877, p. 242.)
2. Mémoire de 1702, fol.
4»b. Ces indications se
trouvent d'ailleurs déjà chez La Grange, fol. 13.
3. Le col de Bussang est à 722 mètres, celui
de Sainte-Marie à 780 mètres, la montée de Saverne à 428 mètres au-dessus
du niveau de la mer. |
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8
l'alsack au xvii''
siècle
le chemin de Mutzig par le
Donon, le col du Bonhomme surtout, qui servait au transport du sel de:
Lorraine, etc.1 .
Les contreforts de la chaîne
principale, aboutissant à la plaine étaient mieux connus, cela va sans
dire. Là s'élevaient encore au XVIIe siècle d'assez nombreux
châteaux, dont quelques-uns n'ont disparu que dans les guerres incessantes
qui ravagèrent l'Alsace de 1630 à 1680, et qui restaient en communication
suivie avec les populations voisines. Celles-ci venaient prendre
d'ailleurs dans les forêts qui
recouvraient alors en majeure partie ces chaînons latéraux, leurs
bois de construction et de chauffage; cette exploitation formait une
des principales richesses du pays, et comme elle était âproment disputée
entre les seigneurs, grands et petits, et les communautés rurales
environnantes, on comprend que cette région vosgienne moyenne était
infiniment mieux explorée que la première. Aussi a-t-elle laissé une trace
autrement considérable dans la littérature contemporaine. Nous n'avons pas
à nous occuper en ce moment de son exploitation industrielle et
commerciale, ni de sa valeur également considérable au point de vue de
l'élève du bétail ; il en sera question plus tard.
Les forêts actuelles de
l'Alsace, pour considérables qu'elles soient, ne constituent plus qu'une
faible partie de celles du XVI0 et du XVIIe- siècle.
Les plus étendues, celle de la Hardt dans la Haute-Alsace, la Forêt-Sainte
au nord de Haguenau, le Bienwald au nord de la Lauter, ne sont plus que
les débris de ce qu'elles étaient autrefois. En 1698, alors qu'elle avait
déjà été exploitée à outrance, la forêt de la Hardt avait encore huit
lieueg d'étendjje sur trois de largeur, celle de Haguenau quatre lieues de
long sur cinq de large, le Bienwald à peu près la même
étendue8. Celles de la montagne, moins commodément situées,
privées presque partout des chemins d'exploitation nécessaires, ne
servaient guère que pour leglandage3. On nous représente
certaines régions comme « une forêt presque continuelle et fort épaisse de
sapins, peuplée d'une grande quantité de venaison et même d'animaux
dangereux * » et où : « l'on ne peut marcher qu'à la file, entre des
montagnes toutes
1. La Grange, fol. 13. Voy. aussi Grad, op.
oit. (Reoue d'Alsace, 1877, p. 247.)
2. La Grange, fol. 14.
3. Encore en 1702 on se plaignait dans le
Mémoire officiel, déjà cité, qu'on n'avait toujours pas trouvé le moyen de «
rendre ces excellents matériaux aux ports de Sa Majesté » (fol.
3).
4. Mémoires de deux eoyages en
Alsace, publiés par J. Coudre (Mulhouse, 1886, 8»), p.
40. |
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LE PAYS
9
hérissées de sapin qui dérobent
le jour et la vue du ciel1 ». Â côté du sapin dont les variétés
diverses semblent avoir constitué principalement les forêts des
hauteurs, du moins dans la Haute-Alsace, le chêne et le hêtre y tiennent
la place principale, le premier surtout, disparu de nos jours en bien
des endroits, par suite d'une exploitation inintelligente ; c'est lui qui
était l'arbre favori de nos' ancêtres, à cause de la nourriture abondante
qu'il fournissait aux troupeaux innombrables de porcs menés à la glandée.
a Les montagnes qui séparent l'Alsace de la Lorraine sont couvertes
d'une infinité d'arbres, de chesnes beaux et excellens pour le service de
la marine, suivant le rapport qui a esté fait par des gens habiles que
l'on a envoyé les visiter à cette fin. Il s'y trouve aussi quantité de
sapins qui portent jusques à six-vingt pieds de hauteur2. Les
ormes et les érables, le châtaignier, l'if et le sureau, telles sont les
autres essences forestières mentionnées par nos sources du
XVIIe siècle J. Ces vastes forêts, tant celles des
Vosges que celles de la plaine, étaient habitées alors par une foule de
bêtes sauvages dont un bien petit nombre seulement se retrouve encore
aujourd'hui devant le fusil des chasseurs d'Alsace. L'urochs et le bison,
l'élan et le bouquetin des Alpes que chassaient les rois mérovingiens
aux alentours de leurs villas de Kirchheim et de Rouffach, avaient depuis
longtemps disparu au XVIIe siècle4. Mais l'ours
brun vivait encore en assez grand nombre sur les flancs abrupts du massif
du Holmeck; il dévastait les vignobles de Thann et descendait en 1675
jusque dans la vallée de Barr". Le loup n'infestait pas seulement la
montagne, mais circulait par bandes dans la plaine et pénétrait même
dans l'enceinte des villes fortifiées G. En fait de carnassiers
moins dangereux, le chat sauvage, le lynx, le renard, le blaireau, la
martre se rencontraient en grand nombre. Des troupes de chevaux
sauvages erraient sur les hauts plateaux lorrains et le versant
occidental des Vosges, aussi difficiles à prendre, à ce qu'assure le bon
Elisée Roeslin, que les cerfs les plus rapides7, également fort
nombreux |
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1. Mémoires de deux voyages, p.
117.
2. Mémoire de 1702, fol. 3 a.
3. Ichtersheim.I, p. 2.
4. Si tant est qu'ils y
aient jamais été. M. Bleicher (Les Vosges, p. 214) n'admet pas. en
désaccord sur ce point avec Ch. Gérard, que l'élan ait existé en Alsace,
même au moyeu âge.
5. Gérard, Faune
historique d'Alsace, p. 111-112. Le dernier ours ne fut tué qu'en 1755
dans la vallée de Munster.
6. Hecker, Munster im
Gregorientkal, p. 170.
7. Gérard, p. 277.
Specklin.dans sa carte de 1576 inscrit aussi sur la
crête |
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10
L'ALSACE AU
XVIIe SIÈCLE
au XVIIe siècle
1. Alors comme aujourd'hui cependant, les deux hôtes les plus
répandus de nos forêts étaient le chevreuil et le sanglier,que les
hécatombes des grandes chasses d'alors (nous y reviendrons ailleurs) ne parvenaient pas à
décimer2. Encore vers le milieu du siècle, ce gibier
foisonnait au point qu'on en voyait des bandes entières se baigner dans
les rivières, assez près des portes des villes pour qu'on pût les observer
et les compter à loisir3. Les lièvres abondaient ; les coqs de
bruyère, si rares de nos jours, étaient un gibier fréquent au début du
XVIIIe siècle i, et le faucon, l'autour et le
gerfaut faisaient alors une guerre incessante aux hôtes ailés inoffensifs
de la forêt5.
§ 2. Cours
d'eau
De ces collines boisées, de ces
montagnes plus hautes et qui paraissaient si imposantes aux rares
touristes de l'époque, descendaient vers la plaine des cours d'eaux
nombreux, mais de minime importance, qui se dirigeaient presque tous,
d'une course plus ou moins oblique, soit directement vers le Rhin, soit
vers l'Ill, son principal tributaire en Alsace. Avant de dire un mot de
ces modestes affluents vosgiens, il faut donc parler du grand fleuve
qui sépa- T rait l'Alsace du reste du Saint-Empire romain, mais
en lui offrant par contre la voie de communication la plus rapide et la
moins dispendieuse avec le dehors.
Le Rhin, qui longe le territoire
alsacien de Huningue à Lauter-bourg, conserve une allure précipitée
pendant presque tout ce parcours, la pente étant fort rapide de Bâle
à Neuf-Brisach, et très accentuée encore jusqu'à l'embouchure de 1*111
près de Strasbourg; le courant ne prend une allure un peu plus modérée
qu'au delà de ce point jusqu'à la frontière
alsacienne0.
C'est
une descente de cent trente-cinq mètres environ que les
des Vosges la légende : Menig
wilde pfert. Après la guerre de Trente Ans on n'en entend, plus
parler.
1. Gérard, p. 340.
2. En une seule chasse, faite en 1627 dans la
forêt de laHardt,l'archiduc Léopold fit abattre six cents de ces
pachydermes.
3. P. Malachie Tschamser, Annales de Thann
(année 1657), vol.II, p. 519.
4. Ichtersheim, I, p. 1.
5. Merian, Topographie, Alsatice,
Frauckfurt, 1644, p. 3.
6. Le niveau du Rhin à Huningue est à 240
mètres au-dessus du niveau de
la mer, de 195 m. à Neuf-Brisach, de 135' m. à la Wàntzenau, près
Strasbourg, de 104 m. à
Lauterbourg. Ch. Grad, Reoue d'Alsace, 1877, p. 247. |
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LE PAYS
11
masses d'eau puissantes, venant
de la frontière suisse, accomplissent sur une étendue d'un peu plus
de deux cents kilomètres. Il ne faut pas oublier cependant que le Rhin
n'était pas alors resserré partout, comme il l'est aujourd'hui, par des
endiguements continus, qui, l'empêchant de répandre à droite ou à gauche
le superflu de ses eaux, accentuent de beaucoup la célérité de sa marche
et rendent actuellement son cours supérieur en Alsace inutilisable
pour tout trafic et toute communication suivie. Au XVIIe
siècle, la navigation rhénane était encore possible jusqu'à Bâle,
bien qu'exposée à des embarras sérieux. Le Rhin servait alors « comme de
rempart à l'Alsace contre les insultes de ses voisins en temps de guerre
1 », mais on 'signalait en même temps la difficulté de remonter
son cours, « et particulièrement en été, lors de la fonte des neiges dans
les montagnes de la Suisse et des pluies, qui le font déborder et enfler
de six à sept pieds en deux fois vingt-quatre heures 2 ». Même
à la descente, la circulation y était réputée « très dangereuse, à cause
des arbres qu'il roule et qui s'arrestent dans son lit3». S'étalaiit au large
dans les terres basses du Sundgau et du Brisgau, et plus encore sur celles
de la Basse-Alsace et du margraviat de Bade, ses bras tortueux encadraient
partout le cours principal du fleuve, formant des îles innombrables et
d'étendue très diverse. « Depuis Huningue jusqu'à Fort-Louis, il y a peu
d'endroits, dit une de nos sources, où l'on voye la largeur entière, d'une
rive à l'autre, à cause des bois qui croissent dans ces isles
4. »
Malgré son cours rapide, il
était fort poissonneux, et les carpes et les brochets du Rhin, les saumons
et les esturgeons monstrueux qui en remontaient le cours étaient connus au
loin 5. Dans les îles boisées gîtaient des colonies de castors,
assez nombreuses pour fournir encore au début du XVIIIe siècle
un rôti fort apprécié 6. Les inondations fréquentes du fleuve
couvraient « les terres adjacentes d'un sable qui les rend stériles ;
surtout dans la Haute-Alsace, du costé de la forêt de la Hart, il emporte
les rivages et change souvent de lit7 ». Sans doute les
chroniques du XVIIe siècle ne nous relatent plus d'aussi
curieux bouleversements que ceux du moyen âge, où les caprices du Rhin
transportèrent Brisach de
1. La Grange, fol. 2.
2. Id., ibid.
3. Mémoire de 1702, fol. 2
a.
4. Ibid., fol. 2
b.
5. Chronique de Trausch,
publiée par L. Dacheux, p. 47.
6. Gérard, Faune
historique, p. 237.
7. La Grange, fol.
2. |
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12
l'alsace au
xvii1" siiiCLii
la rive gauche à la rive droite,
après en avoir fait pour un temps une île au milieu des eaux
1,et engloutirent la riche abbaye de Honau, puis la vieille
ville dcRhinau, au XIIIe et au XIVe siècle. On ne
vit plus, à l'époque dont nous parlons, les eaux du fleuve pénétrer jusque
dans les rues de Strasbourg, comme il était advenu plusieurs fois, deux
cents ans plus tôt2. Mais trop souvent les communes
riveraines furent menacées ou môme détruites auXVII0
siècle3 et encore au XVIIIe siècle *, et les dégâts
étaient parfois très considérables s.
Quant à une répression
systématique et régulière de ces incursions si fréquentes des hautes
eaux,on n'en rencontre point de trace avant l'établissement de
l'administration française. Sans doute des travaux de protection étaient
entrepris à certains endroits; ainsi les Ober-bauherrcn de la
République de Strasbourg surveillaient durant tout le XVIIe
siècle les digues de leur banlieue0, et dans d'autres localités
encore on rencontre trace de travaux analogues7, mais il
ne se faisait aucun effort complet ni commun pour détourner le
danger. Ce sont les intendants d'Alsace au XVIIIe siècle qui
ont eu l'honneur d'entreprendre la grande lutte, continuée jusqu'à
nos jours, contre le fleuve si menaçant pour les villages établis sur ses
bords et « ne donnant point de relâche aux habitants » ; ce sont eux qui,
pour mettre fin à des irruptions répétées, ont imaginé, comme l'écrivait
l'un d'eux vers 1750,« de construire non seulement des épis et des digues,
mais à barrer des bras entiers du fleuve 8 », assurant, il est
vrai la sécurité de l'agriculture aux dépens du commerce
fluvial.
Après avoir parlé du Rhin, il ne
reste plus à nommer, comme
1. Au IXe siècle.
Voy. Rossmann et Ens, Geschichte der Stadt Breisach (Fribourg,
1851), p. 42-4H.
2. Hegel,
Strassburger Chroniken, vol. II, p. 866.
3. En 1651, une violente
crue du Rhin envahit le village d'Offendorf près Bischwiller, daus la
Basse-Alsace. Le pasteur de la localité, Quirin Mo-scheroseh, frère du
poète satirique, eu a conservé le souvenir dans une pièce devers inscrite
au registre paroissial. (Nouvelle Reoue Catliolique d'Alsace,
1883-84, p. 284.)
4. Le village de
Kuenheim disparut ainsi en 1766. Voy. Souvenirs de J. F.
Au/schlager.publiés parRod. Reuss. Strasbourg, 1893,16°, p.
6.
5. Le P. Malaehie Tschamser
dit qu'en 1649, l'inondation du fleuve causa en Haute-Alsace pour plus de
cent mille écus de dommages. Annales, vol. II, p. 550.
6. Voy. Rod. Reuss, Geschichte des Neuhofs
belStrassburg, Stras.sb., 1884, 8°,
passim.
7. A Lauterbourg, par exemple, les comptes
delà ville pour 1613,1617, etc., portent des dépenses pour endiguenients
nouveaux. Benz, Lauterbourg, Strasb.,1844, p. 223.
8. Papiers de l'intendant de
Serilly, toni. IV, p. 1089. Archives delà
Basse-Alsace. |
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LE PAYS
13
cours d'eau alsaciens, que des
rivières tout à fait secondaires1. L'Ill elle-même, l'artère
alsacienne par exellence, garde dans son coues longtemps irrégulier des dimensions fort
modestes ; depuis le moment où elle sort de terre entre Winkel et
Ligsdorf, au sud de-Ferrelle, sur les
dernières pentes du Jura, jusqu'àcelui où elle se déverse dans le Rhin,
près de Strasbourg, elle fournit à peine 180 kilomètres. Comme elle
dévale sur ce parcours restreint d'une hauteur de près de 400
mètres2, elle a longtemps les allures d'un torrent plutôt que
celles d'une rivière, et même après avoir atteint la plaine à Mulhouse, sa
course n'en reste pas moins irrégulière et vagabonde3. Un vieux
dicton de la Haute-Alsace, qui remonte probablement au
XVIIe siècle, disait que l'Ill coulait où elle voulait*. Quand
elle se gonfle des eaux de pluie, ou par la fonte des neiges, surtout après une sécheresse prolongée, elle
quitte son lit ordinaire pour s'en creuser un autre dans le
sol limoneux de la plaine, et plus d'une fois, même au XVIIIe
et au XIXe siècle, les ingénieurs officiels ont vu les ponts construits par
eux se dresser sur des terrains complètement abandonnés par la
rivière. Le peu d'égalité de son débit a de tout temps empêché la
circulation, même avec des barques de dimensions restreintes, sur la
partie supérieure de son cours5. Ce n'est qu'en aval de Colmar
qu'on a pu l'utiliser d'une façon
sérieuse, pour le transport des céréales et des vins et pour le
flottage des bois. A partir de l'embarcadère, du Ladlwf de cette
ville, jusqu'à son embouchure, l'Ill
a, par contre, rendu des services considérables, quand les
routes de terre étaient mauvaises et peu sûres, et au XVIIe siècle
l'intendant La Grange la proclamait « fort utile pour la province,
particulièrement pour le commerce des vins, eaux-de-vie et vinaigres, qui
se voiturent depuis Colmar jusqu'en Hollande0 ».
La plupart des petits affluents
de l'Ill n'ont aucune importance |
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1. On peut faire
abstraction, dans cet aperçu sommaire des cours d'eau alsaciens, de
l'AUaine et de la Savoureuse qui appartiennent au bassin du
Doubs.
2. Grad, Reçue d'Alsace, 1877,p. 247
;plus exactement, c'est de 392 mètres.
3. A Mulhouse, l'Ill est encore à 240 mètres
au-dessus du niveau de la mer.
4. « Die III geht ico
sie wlll. » Grad, Aperça statistique et descriptif de l'Alsace,
Mulhouse, Bader, 1872, p. 4.'
5. Ch. Grad prétend bien qu'avant la guerre des
Paysans des travaux d'art
rendaient l'Ill navigable jusqu'à Altkircta, mais nous n'avons rencontré
nulle part de documents qui permettent de l'affirmer. (Grad, Scènes et
paysages des Vosges,
Renie d'Alsace, 1878, p. 98.)
6. La Grange, p. 6. Nous y reviendrons en
parlant du commerce. |
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14
l'alsace au
xviic siècle
historique ou géographique ;
même au point de vue économique, ils étaient loin d'offrir l'intérêt
qu'ils présentent aujourd'hui comme force motrice régularisée d'une des
régions industrielles les plus actives de l'Europe. Ils se précipitent
avec impétuosité à travers leurs
étroites vallées, quand les neiges ou les pluies ont grçssi leurs
eaux, mais en été ils sontà peu près complètement
taris1.
Comme l'IU elle-même, la Largue
sort du Jura près du village d'Oberlarg, à une lieue et demie de Perrette,
et se déverse dans l'IU, au-dessus d'Altkirch, près du village d'IUfurlh,
après avoir parcouru un peu plus de quarante kilomètres. La Dollej-,
qui arrive du fond de la vallée de Sewen, passe par Massevaux, et gagne
1*111 près d'Illzach, à une lieueenviron au-dessus de Mulhouse. La Thur
prend sa source près de Wildenslein, sur le Grand-Ventron, au haut de la
vallée de Saint-Àmarin, et passe par Thann et Cernay. Elle formait au XVIIe siècle la séparation
entre le Sundgau et la Haute-Alsace proprement dite. Après une
course très rapide de cinquante kilomètres, elle se déverse dans l'IU,
au-dessous de Colmar.
La Lauch descend d'une allure
plus sauvage encore vers la_ plaine, ses sources étant à 1160 mètres de
hauteur, au fond de la vallée de Lautenbach; elle traverse Murbach et
Guebwiller et tombe dans l'IU, après avoir longé Colmar; un de ses bras
rejoint la Thur entre Golmar et Sainte-Croix.
De tous les affluents de l'IU la
Fecht accomplit la descente la plus considérable, car ses sources se
trouvent à 1200 mètres d'élé-^ vation sur le flanc du Hohneck ; elle
arrose dans toute sa longueur la vallée de Munster, et se déverse
dans l'IJl près d'Illhaeu--sera, après avoir accueilli près d'Ostheim les
eaux de la Weiss et celles du Strengbach, un peu plus loin.
L'Eckenbach, faible ruisseau,
qui se jette dans FUI entre Guémar^ et Schlestadl ne mérite ici de mention
que parce qu'il a marqué* depuis des temps fort reculés, la limite de la
Basse et de la Haute-Alsace.
Plus importante est la Liepvre
qui descend .du Bonhomme, traverse la vallée de
Saînte-Marie-aux-Mines, rencontre au débouché du val de Ville la Scheer,
et se jette avec une partie de ses eaux, dans 1*111 près de
Schlestadt.
L'Andlau naît au pied du massif
du Champ-du»Feu, dans l'en- |
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1. Grad, Aperçu, p. 5.
Aussi donnaient-ils lieu, au XVIIe siècle, à des inondations
dangereuses. Celle du 5 mars 1649 coûta la vieà sept personnes à Tnann
seulement (Tschamser, II, p. 550). |
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LE PAYS
15
tonnoir du Hohwald, et après
avoir absorbé les eaux de la Kirneck, qui sortent de la vallée de Barr,
elle rejoint l'Ill en aval 'de Fe-gersheim.
L'Ehn ou
Ergers sort de la vallée du Klingenthal, traverse Obernai, et apporte à l'Ill son contingent
peu considérable au-dessous du gros village de
Geispolsheim.
De toutes les petites rivières
tributaires de l'Ill, la plus constante dans son débit est la Bruche, qui
naît sur le versant oriental du Climont, près de Saales, et qui, après
avoir descendu la vallée de Schirmeck, débouche près de Molsheim dans la
plaine qu'elle traverse, ayant encore absorbé les eaux de la Mossig et de
la Hasel, pour atteindre l'Ill à quelques kilomètres en amont de
Strasbourg. Sans aucune importance aujourd'hui, elle en avait davantage
comme servant directement au flottage des bois avant que le canal de la
Bruche fût creusé en 1682. Quant au dernier affluent vosgien de l'Ill, il est à peine nécessaire de le
mentionner ici, puisque la SoufFel, en descendant des collines du
Kochersberg, parcourt à peine cinq ou six kilomètres avant de s'y jeter
aux alentours de la Wantzenau.
Par ce qui précède on a vu que,
de sa source à son embouchure, l'Ill avait empêché, par son cours presque
parallèle au grand fleuve, les eaux du versant oriental des Vosges
de gagner directement le fond de la grande vallée rhénane., C'est à
peine s'il existe quelques faibles
ruisseaux qui, comme la Zembs et Fischer, sourdent dans la forêt de
la Hardt ou sur les collines du Sundgau, et vont se déverser presque
immédiatement clans le Rhin.
Il en est autrement dans la
Basse-Alsace, où de nombreux cours d'eau peuvent se développer librement vers
l'Est, depuis la crête des
Vosges jusqu'au thalweg rhénan. Le premier d'entre eux est
la Zorn, dont les sources se trouvent au versant septentrional du Gross-Mann. Elle traverse le pays si
pittoresque de Dabo, et vient déboucher dans la vallée profonde qui
sépare les Vosges centrales des Basses-Vosges, à la trouée de Saverne.
Elle traverse cette dernière ville, Brumath, Weyersheim, puis, se
dirigeant vers le Nord-Est, elle va rejoindre la Mocler près du village de
Rohr-willer. A partir de Saverne, ses eaux suffisaient, par moments, au
flottage des bois.
La Moder (au XVIIe
siècle on écrivait la Motter) descend des Basses-Vosges, aux environs de
la Petite-Pierre, traverse, grossie par son principal affluent, la Zinsel,
Haguenau et Bischwiller, et depuis la première de ces villes, « elle porte
bateaux jusqu'à Dru- |
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16
L'ALSACE AU XVIIe SIECLE
senheim, où elle entre dans le
Rhin, à cinq lieues au-dessous de Strasbourg1 ».
La Sauer a déjà ses sources en
dehors de l'Alsace actuelle, dans la Hardt palatine. Elle coule dans la
direction du Sud, traverse. Woerth,
puis Surbourg, et se jette dans le Rhin, au-dessous de. Beinheim, à
une lieue environ de Fort-Louis. Elle n'était point
navigable5.
Le Seltzbach, moins important
encore, naît près de Mitschdorf dans
le canton de Woerth, à l'intérieur de la boucle de la Sauer, et
gagne le fleuve près de la petite ville de .Seltz. Il n'a droit à une
mention que parce qu'il a longtemps
passé pour marquer les limites naturelles entre l'Alsace
propi'ement dite et les terres palatines.
La Lauter jaillit au pied du
Graefenstein dans la Hardt, se dirige d'abord vers le Sud, et traverse Dahn, puis
oblique vers l'Est, arrose la banlieue de Wissembourg et se jette
dans le Rhin, un peu au-dessous de Lauterbourg; les lignes stratégiques
appuyées sur elle par les ingénieurs militaires, ont rendu son nom
célèbre, d'un bout à l'autre du XVIIIe siècle.
La Queich
enfin, le cours d'eau que M. de La Grange appelle « la dernière rivière d'Alsace », prend sa
source dans la vallée. d'Anwiller, passe ensuite par Landau et
gagne le fleuve à Ger-. mersheim. « Elle est assez forte pour
porter bateaux, ajoute l'intendant dans le texte cité tout à l'heure,
si on voulait y faire la dépense pour la rendre navigable, mais il
n'y a aucune nécessité, parce
qu'elle ne vient pas d'assez loin pour servir au commerce du païs3. »
:
Pour ce qui est des voies
fluviales artificielles, il n'en a guère existé avant le XVIIe
siècle, ou, pour mieux dire, avant l'occupation du pays par Louis
XIV. Quelques canaux avaient été creusés, il est vrai, dans la
Haute-Alsace, comme le Quatelbach, datant du. XIIe siècle, mais
c'étaient des canaux d'irrigation ou des prises, d'eau destinées à
l'alimentation des moulins en temps de
sécheresse4.
1. La Grange, fol. 7. Il s'agit ici, bien
entendu, dé l'embouchure de la" Moder au XVII" siècle. De nos jours les
grands travaux de rectification" du Rhin ont entièrement changé son cours
inférieur, et l'embouchure de la Moder est aujourd'hui au delà de
Fort-Louis. (Compar. la carte de Specklin, 1576 et celle de l'ètat-major allemand,
1879.)
2. La Grange, fol. 7.
3. Id., fol. 9.
4. Mercklen. Histoire d'Ensishcim, I,
p. 117-123. D'autres canaux furent projetés, comme celui de la Bruche, que
voulut faire établir l'évoque Guil-. launie de Ûiest, dans la première
moitié du XVe siècle, ou celui de
Phals- |
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LK PAYS
17
Dans
cette esquisse rapide de l'hydrographie alsacienne nous n'aurions pas, à vrai dire, besoin de
mentionner, même en passant, les nappes d'eau stationnaires, disséminées
sur le sol de la province, car, perdues dans les replis des
Hautes-Vosges, ou bien éparses
dans la plaine de la Basse-Alsace, elles n'ont point joué de rôle, à aucun point de vue, durant tout le
siècle qui, seul, doit nous occuper ici. Non pas qu'elles aient été
alors moins étendues ou moins
nombreuses qu'aujourd'hui : bien au contraire. Dans la plaine surtout, les étangs sembleraient avoir
existé en bien plus grand nombre, pour peu que nous puissions nous fier
aux cartographes du XVP et du
XVIIe siècle1. Mais les sites les plus pittoresques
de nos Vosges, les plus admirés de nos jours, avec le lac du Ballon, le
lac Noir, le lac Blanc, le lac
Vert, perdus à neuf cents ou mille mètres au-dessus du niveau de la mer, n'étaient
guère hantés en ce temps que par de rares bergers ou quelques hardis
chasseurs, et les populations
alsaciennes en ignoraient généralement l'existence ; à plus forte raison étaient-ils inconnus aux
étrangers. De nos jours cependant, on a cru pouvoir affirmer qu'on avait
utilisé ces lacs de montagne,
depuis des temps fort reculés, comme réservoirs naturels, au profit de l'agriculture; on nous
assure que d'anciennes cartes, remontant au XVIe siècle, «
indiquent l'existence de nombreuses digues, formant autant de réservoirs, étages
les uns au-dessus des autres
dans toutes nos vallées2 ». Bien que n'aj'ant jamais vu les
cartes en question (qui ne
sauraient être en tout cas des cartes imprimées, Car toutes celles
qui l'ont été ne présentent rien de semblable], nous n'osons contredire
absolument une affirmation aussi catégorique. En tout cas, ce n'est
pas seulement « la guerre de
Trente Ans qui a détruit la plupart de ces ouvrages3 » ; et ce
qui est également certain, c'est que lorsqu'on a refait des barrages
dans quelques vallées des
Hautes-Vosges, vers la fin du XVIIe
siècle |
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bourg, que le fantasque comte
palatin George-Jean de la Petite-Pierre imagina de créer au
XVIe siècle, mais qui n'obtint même pas un commencement
d'exécution.
1. J'ai eu la. curiosité de
compter les lacs et les étangs marqués sur la grande carte de Specklin, de
1576 ; j'enai trouvé plus de quarante, de dimen-sious relativement
considérables, alors qu'aujourd'hui on en nommerait à peine une
douzaine.
2. Ch. Grad, Scènes et
paysages des Vosges, Reouo d'Alsace, 1878, p. 98.
3. Nous avons parcouru des centaines de liasses
de pièces inédites relatives aux misères de cette guerre dans la
Haute-Alsace, et jamais nous n'y avons trouvé trace de plaintes sur le sujet
touché ici: nous n'avons rien trouvé non plus d'y afférent, dans les
dossiers relatifs à l'époque prospère antérieure à 1618.
R. Rll-ss,
Alsace.
2 |
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18
L'ALSACE AU XVIIe SIÈCLE
ces travaux furent considérés par
les contemporains comme une innovation
considérable1. |
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§ 3. Climat
S'étendant du 47e
degré 30' au 49e degré 40' de latitude Nord5,
l'Alsace devrait jouir d'un climat tempéré. Mais enfoncée dans le. corps
de l'Europe, loin des mers, dans une situation toute continentale,
formant d'ailleurs avec les contrées de la rive droite dû. Rhin moyen un
long couloir, alternativement balayé par les vents du Sud et par ceux du
Nord, elle est de plus longée par un fleuve puissant, el sillonnée
par une foule de cours d'eau de moindre importance, dont
l'évaporation constante imprègne l'atmosphère d'une humidité tour à tour
lourde et pénétrante. Aussi l'Alsace est-elle plus sujette que d'autres
contrées à des changements de température fort brusques et souvent
excessifs dans Un sens ou dans l'autre, qui se produisent dans la plaine
aussi bien qu'au sommet des montagnes. Les étés y sont chauds, les hivers
longs et froids, les printemps très courts, les pluies abondantes, les
orages fré^ quents, les gelées tardives et souvent désastreuses pour les
vignobles3.
Ces observations, toutes
actuelles, avaient été déjà faites il y a deux siècles, et les paroles
consignées au rapport de l'intendanjt La Grange pourraient être
contresignées par un bureau météoror logique contemporain : « Les hivers
sont longs en Alsace, à cause de la
proximité des montagnes ; le printemps y est fort court,' à cause
des neiges des montagnes de Suisse qui ne fondent qu'au mois de mai ; les
chaleurs y surviennent tout d'un coup ; par les pluies fréquentes et la
diversité des temps, les saisons y sont inconstantes et souvent elles
passent d'une extrême chaleur au froid. Les automnes y sont fort souvent
très agréables, en sorte que les fruits y parviennent à une parfaite
maturité1. •» . .
Les impressions des
contemporains étrangers varient au sujet du climat. Un Parisien qui
voyageait en juillet .1675 dans le Sundgau, écrit « qu'il gelait de froid
dans le fort de la canigule » en cet « affreux désert » quoiqu'il eût
un bon manteau et de grosses bottes3. Un
1. Diariutn de Bernard de
Ferrettet éd. Ingold, Colmar, 1894, p.
23.
2. Ch. Grad, Hei/natsluinde, p.
1551
3. Id., p. 162.
4. La Grange, loi.
17-18.
5. Mémoires de deux
voyages, p. 117. |
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LE PAYS
19
gentilhomme bourguignon, par
contre, qui l'année d'auparavant se trouvait également dans les Vosges, au
commencement de novembre,, déclare
que « l'air d'Alsace est si doux, que, bien que nous fussions
campés sur des montagnes qui, depuis la Lorraine, semblaient plus élevées que les nues, nous
n'avons point senti de froid, à la Toussaint, qui ne fût fort
supportable1 ».
En apparence du moins, les
documents ne font pas défaut pour décider entre des assertions aussi
contradictoires. Depuis le moyen âge jusqu'au XVIIIe
siècle les chroniqueurs locaux ont soigneusement noté les variations
extrêmes de la température; mais ce sont précisément les données extrêmes
qu'ils nous ont conservées et les moyennes ne figurent pas
d'ordinaire dans leurs notices. Même en additionnant soigneusement leurs
chiffres, on risquerait donc d'arriver à des indications inexactes. Il
paraît certain, d'une part, que
le nombre des hivers très froids a été, du moins au XVIIe
siècle que nous étudions particulièrement ici, plus considérable
que de nos jours. Quand nous lisons dans nos sources qu'en 1608 le vin
gelait dans les chambres chauffées du couvent de Thann, et que les chats
imprudents, léchant les plats dans la cuisine, y restaient attachés parla
langue2 ; qu'en 1623 FUI supérieure était gelée jusqu'au fond
de son lit, à quatre pieds de profondeur3; qu'en janvier 1658
on put traverser, pendant tout un mois, le Rhin près de Strasbourg, à
cheval et en voiture4; que le même fait se reproduisit durant
l'hiver de 1669 à 16705, il est incontestable que nous avons
bien plus rarement subi, depuis un demi-siècle, des températures
pareilles. D'autre part, on affirme la fréquence de phénomènes
météorologiques absolument contraires. Ainsi l'ammeistre Reisseissen nous raconte
dans son Mémorial que le 20 décembre 1660 il faisait si
chaud qu'il s'assit dans son jardin pour y jouer de la
guitare6, ce qui prouve bien que tous les hivers n'étaient pas
également rigoureux. Cette question du climat d'autrefois a été posée plus
d'une fois déjà d'une façon plus générale, mais résolue en sens
opposés. Il en est qui affirment qu'au moyen âge le climat de nos contrées
était infiniment plus rude qu'aujourd'hui, et ils expliquent le fait par
l'existence des forêts
1. Claude Joly, Relation, p.
55.
2. Tschamser, Annales, II,
309.
3. Tschamser, II, 389.
4. Walther, Strassburgische Clironik
manuscrite, fol. 234 b.
5. Walther, Chronique, fol. 254
a.
. (i. Aufseichnungen non
Franciscus Reisseissen herausgegeben von Rud. Reuss. Strassburg,
Schmidt, 1880, p. 43. |
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20
l'alsace au
xvii6 siècle
immenses qui couvraient alors le
sol, et des nombreux marécages depuis lors drainés et disparus. Ils
ajoutent que les déboisements continuels et l'extension des cultures ont
amené, à partir du XVIIe siècle, des changements de
température plus brusques, et, à la place de froids plus intenses,
des pluies plus fréquentes et plus prplongées1. Ce dernier
phénomène ne nous semble nullement établi5. D'autres
auteurs sont d'avis que, même au moyen âge, —et à plus forte raison, au
XVIIe siècle,— le climat de l'Alsace n'était ni plus rude ni
plus doux que de nos jours1. En tout cas, et quelle qu'ait été
la rigueur de certains hivers, la province ne pouvait certainement pas
passer pour une contrée naturellement, froide et, par suite de son climat,
naturellement pauvre, comme tant d'autres régions de l'Europe
centrale.
§ 4. Fertilité du
sol
Ce qui le prouve mieux que tous
les arguments théoriques,'c'est qu'alors, comme de nos jours, les
géographes et les administrateurs s'accordent à vanter la fertilité du sol
alsacien. Au XVIe siècle déjà, Sébastien Munster écrivait que «
près des montagnes d'Alsace, il n'y a pas un seul lieu mutile ne vuyde,
qui ne soit habité ni labouré* ». Cent ans plus tard, l'auteur de la
Topographie dite de Mérian, déclare qu'il n'est pas de province sur
les bords du Rhin qui puisse rivaliser pour la fertilité de son sol avec
la terre alsacienne, de sorte qu'on l'appelait avec raison « le
garde-manger, le cellier, le grenier d'abondance et la nourrice d'une
grande partie de l'Allemagne 5 ». Au moment même où les guerres
de Louis XIV ajoutaient de nouvelles misères à toutes celles de la guerre
de Trente Ans, un voyageur, observant avec sagacité tout ce qui
l'entoure, nous apporte un témoignage analogue : « Tout le païs,
dit-il, est des meilleurs et des plus fertiles du monde, en tout ce qui
est nécessaire à la vie. Ses plaines sont abondantes en froment et en
toutes sortes d'autres grains ; ses coteaux portent d'excellens
vins,
1. Charles Boersch, Essai sur la mortalité
à Strasbourg, Strasb., 18363 4», p. 39-46.
2. En tout cas les raisons alléguées
(déboisements, etc..) servent .d'ordi? naire comme arguments à l'hypothûse
contraire.
3. Ch. Grad,
Hacmatskunde, p. 163. Pour mon compte, je suis disposé à admettre
que la température était fréquemment plus rude au XVIL° siècle
qu'aujourd'hui.
• 4 s Cosmographie, p. 515.
5. Meriaa, Topog raphia Alsatice (1644), p.
1. |
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LK PAYS
21
ses
pâturages nourrissent tant de bestial que la chair s'y vend à très bas prix. On juge bien qu'un païs si
gras et si fertile doit être bien peuplé. » Mais, ajoute notre voyageur,
« frontière de la France et de
l'Empire, il se voit si souvent exposé au ravage et aux malheurs de la guerre que ses habitans
vivent dans des allarmes continuelles et ne peuvent jouïr de
l'abondance dont ils seroient comblés sans ce rude fléau1
».
Enfin, dans les dernières années
du XVIIe siècle, le Mémoire sur l'Alsace de l'intendant
La Grange a résumé d'un ton moins pittoresque, mais avec les
indications plus précises de l'administrateur moderne, et avec quelques
restrictions de détail, le tableau d'ensemble du vaste territoire
qu'il administra pendant de si longues années : « Toute l'Alsace est un
pays fertile en toutes sortes de grains, vins, fourrages, jardinages et
autres légumes, cependant en quelques endroits moins que dans d'autres.
Carie pays qui est renfermé entre le Rhin, la Hart, et la rivière
d'Ill, jusqu'à Strasbourg, est fort étroit et d'une fertilité médiocre, ni
aïant point de vin et peu de prairies, à cause des débordemens du Rhin; il
ne produit aussi que des seigles, orges et avoines. La partie continuée de
la plaine, entre la rivière d'Ill et la montagne, depuis la ville de
Soultz en Haute-Alsace jusqu'à deux lieues au-dessus de Haguenau, est très
abondante en toutes sortes de grains, vins et fourrages. Ce qui est
au-dessus de ladite ville de Soultz, jusqu'à Befort, en suivant la
montagne, dans la largeur de trois lieues, l'est beaucoup moins, le païs
estant rempli de bois et le peu de terres labourables qu'on y trouve n'est
point fertile ; la plupart sont spongieuses et difficiles à labourer, ce
qui fait que les habitans s'appliquent plus particulièrement à la
nourriture des bestiaux, le païs estant d'ailleurs généralement assez
abondant en prairies. La partie de la province attenante à celle dont on
vient de parler, en tirant vers la montagne de la Suisse, et de là à
Altkirch et Milhouse, est meilleure et la terre en est plus
fertile.
» Le territoire de Haguenau,
appelé la plaine de Marienthal, est tout en bruières sablonneuses, où il
ne croît que du blé de Turquie et point de vin, à cause de la proximité de
la forêt et des bois qui sont aux environs.
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