DES
GITES DE MINERAI,
E T
DES BOUCHES A FEU
DE LA FRANCE.
TOME S E C O N I).
SECONDE TOURNÉE

^ Equidem ità sentio , peculiarem in studiis causam eorum esse, ^ qui , dtfficultatibu$ victis, utilitatem juvandi praetuler^unt gratiae ^ placendi. ^
Pline, lib. i.

D E S C R I P T I O N
^                              DES
GITES DE MINÉRAI,
FORGES, SALINES, VERRERIES,TRÉFILERIES, FABRIQUE$ DE FER-BLANC, PORCELAINE, FAÏENCE, etc.
DE LA HAUTE ET BASSE-ALSACE.
Par M. le Baron DE DIETRICH, Secrétaire général des Suisses et Grisons, Membre de l'Académie Royale des Sc^iences, de li Société Royale de Gœttingue et de celle des Curieux de la Nature de Berlin, Commissaire du Roi à la visite des Mines, des Bouches à feu, et des Forêts du Roya^ume.
tmpADBD-1.jpg
A PARIS,
C^ ^ Didot, le jeune, Libraire-I^mprimeur, quai des Augustins.
^ Didot^, fils aîné, rue Dauphine ; Cuchet, rue et hôtel Serpente
A STRASBOURG, Chez T R e u t T F L , Libraire.
E L'IMPRIMERIE DE M O N S I E U R. M. ]) C C. I, XXXI X.
AVEC APPROBATION, LT PRIVILÈGE DU ROI.

^
PRÉFACE.
L£ volume que j'offre au public, est le second^ de ^na Description des gites de mînérai et des bou-ches à feu duRoyaume : il contient le rapport de ma tournée en Alsace. Je traiterai de la Lorraine dans le troisième volume, qui est actuellemenl sous presse.
Avant la création des assemblées provinciales, il rTexistoît en Alsace aucune division qui pût fournir un ordre méthodique à ma description ; et celle des s'*x districts, dans lesquels elle vient xTèire partagée, n'est pas encore assez invariable­ment établie pourque j'aie cru devoir l'adopter. Les élections, les sénéchaussées et les bailliages rovaux y sont inconnus ; et les justices seigneuriales s* v trou­vent en trop grand nombre fet sont d'une- étendue trop inégale,pour former des sections convenables. D'ailleurs il en est beaucoup, sur-tout du côté de la plaine, qui ne contiennent rien de relatif à cet ouvrage. L'ordre géographique seul me restoït, et je l'ai simi,
Ce second volume formera les troisième et qua­trième parties de cet ouvrage; je décrirai la Haute-Alsace dans Tune, et la Basse-Alsace dans l'autre. Les us ines et les bouches à feu de la Haute-Alsace étant presque toutes situées dans les Vosges , il m'a été facile de suivre Tordre de leur division naturelle en vallées. Ainsi après avoir donné dans la troisième partie une idée générale des Vosges,

^^
et quelques détails sur le comté de Férëtte, les environs d'Altkirch et de Belfort, et sur quelques procédés propres à améliorer la fabrication du fîl-de-fer, je parcourrai la vallée de Giromagny, d'où je passerai successivement dans celles de Masevaux, d^Saint-Amaria, de Thann, de Sultzmatt, de Munster, de Ribeauviller et de la Petite-Lièvre. Cest dans cette dernière que se voient les fameux travaux de Sainte-Marie-aux-Mines. Leur histoire très-détaiilée termine cette partie de l'ouvrage.
Cet ordre ne pouvoit être suivi dans la descrip­tion des usines et des mines de la basse-Alsace ; et j'ai été contraint de me borner à en rendre compte suivant leur situation du sud au nord, parce que , le plus grand nombre d'entre elles ne se trouve pas dans les Vosges même, mais dans les collines qui sont en avant de cette chaîne de montagnes. Cette quatrième partie de mon travail offre des notices sur Fancienne manufacture d'acier d'Al­sace qui existoit à Darabach ; on y lira aussi la description des usines, houillères et fabriques du val de Ville, de celui d'Orbéis, du comté du ban de la Roche , de la vallée de Schiruieck et du Klinccenthal. J'y parlerai des batteries de cuivre des environs de Strasbourg, des manufactures de porcelaine de Haguenau , ues nombreuses mines de fer en grains, des mines de plomb, et des forges, salines , vitriolières , fabriques de pé­trole , et verreries situées dans la partie septen­trionale de la basse-Alsace; enfin je terminerai ce volume par des observations sur la cueillette de

l'or que cliarie le Rhin ; et pap-fluelques réflexions sur la jurisprudence des mineft en Alsace, et sur rinfluènee que l'administration doit avoir sur leur exploitation.                                             ■ ,
J'ai déterminé la direction et les distances res­pectives ôes lieux , par la quantité de toises qui les sépare, d'après les échelles des1 cartes de*YAca­démie , et j'ai eu soin de nommer toujours ,1a paroisse où sont situées les usines (1).
Le nombre eV l'importance des diverses exploi­tations que j'ai vues en Alsace, me semble devoir rendre ces parties de mon- ouvrage plus variées et pïûTlnféressantes que celles qui ont déjà paru. On y trouvera les plans des importans travaux de Phenrringthurn à Giromagny, et de Surlatte au val de Lièvre,levés par MM. Duhamel et Mallet, ingénieurs de l'école royale des mines, dont je m'empresse de louer iei le zèle et les talens.
On trouvera dans cet ouvrage les arrêts en vertu desquels les mines ont été concédées, ou les établissemens formés, et j'ai cru devoir y Joindre les titres qui ont accordé à leurs proprié* taires des privilèges et des faveurs. J'ai pensé qu'en réunissant ces pièces éparses, je rendois un égal service à l'administration,aux propriétaires et aux jurisconsultes.
(i) J'ai fait placer en marge des notes qui indiquent les cartes de l'Académie, sur lesquelles se trouvent les lieux décrits ; ceux à côté desquels \ï^ n'y a point de marginale, appartiennent à la carte pré* eédemment marquée: je regrette de n'avoir pas songea ces additions 3 en publiant ma description des Gîtes de minerai des Pyrénées.

En m'abstenant de parler des contestations par­ticulières , je me suis attaché à rendre compte de celles qui intéressent le droit public du royaume ou de la province .d'Alsace. J'ai rapporté impar­tialement les moyens des parties opposées, sans donner mon avis sur l'objet de leurs discussions.
J'ai fait connoître les motifs des jugemens qui ont été rendus, et je n'ai rapporté de;s différente* transactions, que celles qui ont. été passées entre les propriétaires relativement an droit d'exploi­tation.
Les consommations en matières premières , sur­tout en charbons, sont par-tout indiquées; j'ai dit quels sont les moyens d'approvisionnement en bois de chaque usine; à quels droits elle est assujettie; le-nombre des ouvriers qu'elle emploie, et le mon­tant de sa vente annuelle; j'ai présenté les résumes de ces détails dans trois tableaux : les deux premiers offrent l'état général dv^ mines de la province, et le troisième, celui de ses usines.
Elirait des registres rie l'Académie des Sciences.
3
MM. LavoLier et d'Arcef , qui avoient été nommés commissaires pour examiner la Description des gîtes de minerai-, forges, salines , \cirerics , tréflleries , fabriques de fer-blanc, porcelaine, faïence, etc. de la Haute et feasse - Alsace, par IVI. Je Baron de Diefr-ieh , i-uemUre <Ie l'Académie, en ayant (ait leur rapport, l'Académie a jugé que cet ouvrage méritoit d'être imprime sous son privilège, et avec son approbation ; en foi de quoi j'ai signé le présent certificat. A. Paris, le i5 novembre 178c!..
Signé, le marquis de Condorcet , Sccr. Pçrp. de l'Académie.
DESCRIPTION

DESGRIPTjOfn
DES MINES
E T DE S fr^^C^H E S À FEU DE LA HAUTE-ALSACE. ,,
T R 01 S^ E M E PART I E.
Après avoir fait connoîtreles mines que renieraient ■ '. -.■;'■■ ; .= les Pyrénées, dont l'histoire naturelle a été l'objet des Intr0(luction' recherches de MM. Darcet (i), de la Peyrouse (2) et Palasso (3), je vais nfoccuper* de montagnes moins considérables et tout-à-fait différentes.
On sait aujourd'hui qu'il existe une très-grande ana­logie entre les Alpes du Dauphiné, de la Savoie, de la Suisse et4es Pyrénées. Elles se ressemblent par leur fbrme, leurs roches, les plantes qui y croissent et les
(1)  M. Darcet, discours en forme dé dissertation sur Fétat actuel
des Pyrénées et sur les causes de leur dégradation. Paris, 1776.                          v
(2)  Notice de quelques'minéraux des Pyrénées; Journ. de physique, tom. 26, pag. 427, et traité sur les mines de Ter et forges du comté de Foix.                                       ■-.-»'
(3)  Essai sur la minéralogie dçs. monts Pjrénées, suivi d'un cata-jpgue'de plantes observées dansées montagnes. Paiis^iySi.
Partie 111.                                          A

/ f, bh. )
~ animaux qui les habitent; il y a même quelque rapport dans leur élévation et le séjour permanent des glaces. Sans prétendre qu'il y ait dans les Pyrénées des sommilcs égales en hauteur au mont-Blanc, au Schreckhorn, au Grimsel, puisque les observations les plus récentes (1) ont constaté que les plus hautes Pyrénées .ne. s'élèvent pas au-dessus de dix-huit cents toises, des observa­teurs éclairés croient cependant pouvoir avancer, que la masse générale des Pyrénées est aussi haute que celle des Alpes. II y a dans les premières un plus grand nombre de montagnes plus* facilement accessibles à de grandes hauteurs que-dans les autres (2), parce que les glaces n'ont point eu, pour s'y étendre, des points d'appui tels que les hautes cimes que nous venons de
, citer, et que les glaciers s'y trouvant moins vastes, les neiges n'y descendent pas si bas. Aussi n'y a-1-il de glaces permanentes dans les Pyrénées qu'auprès des plus hauts sommets.
L'état de destruction qu'offrent les points les plus élevés des Alpes et des Pyrénées , n'a échappé à aucun observateur, et s'il en est qui ont cru remarquer que
(1 M. Béboul de Pézénas , dans un voyage qu'il a fait à Paris cet le année, a lu à l'Académie royale des Sciences deux mémoires relatifs à l'élévation des plus hautes sommités des Pyrénées, particulièrement de celles des environs de Barrèges.
(2) M. Ramond de Carbonnières, si connu par la manière dont il a voyagé en Suisse, a parcouru à pied la plus grande partie des Pyré­nées. Cet observateur, aussi éclairé qu'infatigable, auquel aucune science n'est étrangère, est occupé de la rédaction d'un ouvrage, dans lequel il espère prouver d'une" manière incontestable l'analogie des Pyrénées avec Jes Alpes.

plusieurs des substances dont elle font comp? siv.s . ==—■■==■---■
affectent par-tout une direclion et une inclinaison se m- !l'-'Miti! li !J
blables (t) , Ions du moins s'accordent à assurer avec
moi que-Tordre dans lequel ces substances "se succèdent
depuis la plaine jusqu'au centre de ces montagnes, n'a
aucun rapport a\ec celui que MM. Pallas et Kerbtr
ont observé dans d'autres montagnes dé 1 Europe e? dr
. En donnant la description des bouches à feu et ilis f-*'- v> -' mines de l'Alsace et de la Lorraine, nous parcourront-en tout sens ies Vosges (2), qui, du sud-au nord, sépa­rent ces deux provinces. Nous-ne retrouverons pas ici les mêmes rapports qu'entre les Alpes et les Pyrénées; car quoique les Vosges, ainsi que Jes montagnes de la Forêt-noire qui leur sont parallèles, aient, éié consi-           '
dérées comme des branches prolongées de l'extrémité septentrionale des Alpes de la Suisse , plusieurs ca­ractères principaux doivent les faire regarder .comme -une classe de montagnes distincte!» de celles qui forment leur souche apparente.
Plusieurs savans ont parlé dc^ Vosges:" les uns se. sont bornés à en faire connoîlré la topographie (3). les autres se sont principalement attachés à décrire leurs eaux minérales (4). Quelques ouvrages nous ont donné
(1)  Dans une des séances partjculioies do l'Académie royale des Sciences de cette année; M. l'abbé Palasso a lu un Mémoire, dans lequel il s'attache à prouver cette assertion.
(2)  Vaûges ,.\ osges ou Vôges , en latin fvçcsus mens, J'ossgus çjltus , Erernus.                                               a                                   -
(3)   La MartiniÈre, Dicùonnaire géoprapbi<ji,ie, etc.
(4)  Rœslin, de la^situation dee Vosges, des minéraux, des eaux
/*■-;■ ^ Aij'

( 2 Us.)
= une idée générale de leurs productions (1). Il en est qui l>$- contiennent des fragmens concernant leur lithologie (2).
Les minéraux qu'elles renferment (3) ont été, de même - que l'exploitation de leurs forêts (4), l'objet de quelques
observations éparses ; enfin , un de nos savans les a
considérées dans leur ensemble, sans s'occuper des
«Jetails qiiellëiT.nous offrent.
Nous venons de dire que la hauteur des Vosges différait de celle des Alpes et des Pyrénées : en effet elle n'excède nulle part six cents toises, communément
minérales, et des denrées qu'on y trouve5 particulièrement de la source minérale de Niederbronn. Cet ouvrage a été imprimé en allemand , à Strasbourg , en 109.5, in 8°. " GcÉRlN , dissertatio chemico-niciica., de fgntlhus medicaris Alsatm.
Nous ne nommons pa* ici les auteurs qui ont écrit séparément sur des fontaines minérales particulières de la province. Nous omet­tons également ceux qui n'ont traité que* d'un objet de minéralogie détaché, parce que nous les citerons à mesure que nous aurons à parler des lieux que concernent leurs remarques,
(t) SCUŒPFLIN, Alsatïj. illustrata, tora. 1 , p. 1—3i.
Busching , Géugraphie universelle ,edit. franc, de 1770, tom. 4, pag 426 et suivantes.
(2)  Gcettard, p. xxvj de la préface du premier volume de ses Mémoires sur différentes parties des sciences et arts ,*tlécHt les pierres de sable, mo asss ou mouillasse, qui forment la majeure partie des Vosges : il fait mention au rafrae lieu des galets roulés que cette pierre renferme souvent ; de spath fusible, de stéatite, etc.
(3)  Monnet. Voyez son Atlas minéralogique et son Exposition des ruines.
De Sivry , Observations minéralogiques sur les Vosges et sur l'Alsace.
(4} Guettard, Mémoire sur la mauvaise exploitation des bois dans les Vosges , t. 2 , pag. xxs de l'ouvrage cité.
(.5) M. l'abbé Chappe d'Auteroche. V^vage en Sibérie, tom. 1, piéf. pag. v.

.( 3 )
e\k n'est que de trois à quatre cents, souvent de deux cents; et à mesure qu'on se rapproche de la plaine, Les elle diminue jusqu'à soixante. La végétation se main­tient par conséquent à toutes les hauteurs dans ces montagnes, et Ton n'y rencontre point, comme dans les Alpes , des régions où elfe cesse ; seulement elle perd quelquefois de sa vigueur sur les sommets les plus élevés, où les chênes et les sapins restent toujours nains et rabougris.                                           $
La haute Alsace compte au nombre de ses pins hautes montagnes, le ballon de Murbach , qu'il ne faut pas confondre avec le ballon de Giromagny ; le Hoheneck, d'où l'on aperçoit les sources de la Mo­selle et de la Fecht ; et le Bonhomme au couchant de Kaysersberg. La basse Alsace range dans cette classe la * Sainte-Odille, le Champ du-fèu et le Pigeonnier près de Weissembourg.C'est à la Sainte-Odille, placée près d'Ober-Enheim, qu'affluent principalement les curieux qui désirent prendre une idée des Vosges et du coup-d'œil dont on y jouit : les prétendus miracles de la Sainte qui lui donne son nom, rattachement que lui portent les habitans de Strasbourg, accoutumés à consulter de chez eux l'état du ciel à son sommet, parce qu'elle est située au S. O. de leur ville ; quelques traces d'antiquités romaines, la proximité de la plaine * les belles routes et le beau pays qui y conduisent de toutes parts, lui attirent cette préférence.
Le champ-du-Feu, dans le ban de la Roche, s'élève à l'opposite du Donnon, montagne du pays.pie Sàîm., principauté d'Empire enclavée dans les Vosges ; la hau-
A iij

( 3 lis.)
===== leur de ces deux montagnes paroît absolument la même.
Les Vosges. \ es géographes appellent le Donnon , moul-dv-Vcr ou F m mont ; les uns font dériver ce nom des mines de fer qu'on y trouve, et les antres des restes d'un monument placé au haut de cette montagne, et qu'une tratliliôn fabuleuse fait passer pour être le tombeau de Phara-mond. M. l'abbé Chappe a déjà observé que les Vosges sont, en généra!, plus escarpées du côté de l'Alsace que du coté delà Lorraine: leurs vallées principales > celles qui, partant du centre de la chaîne, ont leur ouverture immédiate dans la plaine» suivent-quelquefois leur di­rection, ou la traversent obliquement; d'autrefois elles prennent leurs cours perpendiculairement à cette direc­tion . sans en affecter aucune.
flLes plantes, dont les Vosges sont couvertes de toutes parts, établissent entre elles, les Aipes et les Pyrénées, cette différence remarquable, qu'on n'y aperçoit aucune de ces cimes en ruine, dont celles-ci sont couronnées. Si Ton y remarque quelques traces de désordre, ce n'est que dans le voisinage des torrens, ou bien sur quelques pentes rapides exposées au nord, où la végétation n*a jamais pu être assez prompte pour s'opposer à l'action des eaux qui déplacent fréquemment les roches , dont la surface de ces pentes est jonchée. Les sommités des Vosges se terminent presque toutes en plateaux arron­dis: vucs.de la plaine, elles ofirent un rideau couronné de festons, et non ces pics hérisses qui frappent l'œil, lorsque de loin on considère des chaînes plus élevées. La largeur des Vosges est proportionnée à leur hau­teur; six, huit à dix "heures suffisent pour la franchir,

(4)
tandis qu'il n'en faut pas moins de vingt-quatre, trente --=?■=.— ou quarante pour traverser {es Pyrénées ou les Alpes. Li* ^ Dans celles-ci la pierre de sable rouge est peu commune; elle constitue au contraire la majeure partie des Vosges: on peut même en plusieurs endroits les parcourir dans toute leur largeur, sans y rerrp^nher d'autre espèce de pierre (î). Les bancs en sont poî^Tordmaire stratifiés horizontalement depuis la base jusqu'au sommet, dans un ordre plus régulier qu'on ne l'observe des autres* roches qui forment les grandes chaînes,fcet les* galets roulés que renferme cette pierre, se retrouvent jusqu'aux cimes les plus élevées. On voit rarement des monta­gnes calcaires dans l'intérieur des Vosges; et quoique des masses de marbre qui contiennent des corps marins, se trouvent quelquefois dans des montagnes schisteuses situées vers leur centre, il n'en est pas moins vrai que la pierre à chaux, souvent criblée de coquillages, est presque toujours réunie dans les collines placées au-devant et sur toute la longueur de la chaîne des Vosges. Au contraire, la pierre à chaux se rencontre fréquem­ment, et forme des montagnes entières dans plusieurs points de la largeur des Alpes et des Pyrénées, et jusque dans leurs parties les plus hautes.
Le schiste, le granit, et les roches composées de quartz, de mica, d'argile, de fèld-spath, ne se trouvent pas généralement dans les Vosges, On les rencontre en certains cantons seulement, et presque toujours vers leur centre (2}. ,
(1)  Voyez dans la table les mots Pierre de s.ibli et Carrière.
(2)  M. le comte de Buffon , dans ïe cinquième volume du sup­plément à son Histoire naturelle, pag. 279, a rapporté une note qui

(4
= Les gîtes de minerai s'y montrent moins riches, moins Les Vosges, abondans à la surface des .terrains que dans, les Pyré­nées et les Alpes; mais ils s'y soutiennent plus en lon­gueur et en profondeur : on arrache du sein des Vosges des mines de vitriol, de pétrole, de charbon, d'ucre : l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, l'arsenic, le co­balt et le zinc s'y montrent minéralisés sous une mul­titude de formes.
L'habitant des Vosges travaille par goût aux mines; il porte le vêtement du mineur allemand. Comme cet habillement est inconnu dans le reste du royaume, et qu'il seroit utile qu'il y fût adopté, je ne crains pas d'être trop minutieux en parlant de ses avantages. Ce qui tient à la conservation des hommes est toujours im­portant, et le devient encore plus lorsqu'il s'agit d'un ^wail qui les expose à des dangers continuels. Sujet
lui a été communiquée par M. l'abbé Bexon , le i5 mars 1777, con­cernant les Vosges. Elles y sont définies comme étant » des montagnes >• primitives, toutes composées de matières vitrifiabîes et cristallisées, » granits, porphyres, jaspes et quartz, jetés par blocs et par groupes » et non par lits et par couches. Dans toute cette chaîne (y est-il dit) " on ne trouve pas le moindre vestige de productions marines et les » collines qui en dérivent sont du sable vitrifiable. «
En comparant cette note avec les observations que je l'apporte ci-dessus, il est facile de voir en quoi les faits qu'elle renferme, s'éloignent de ce qui existe réellement. Considérer les montagnes de pierre de sable des Vosges, comme des collines qui dérivent de cette chaîne, c'est prendre la partie principale pour l'accessoire; et c'est aller trop loin que de dire qu'on n'y yoit point de vestiges de pétri­fications. On Terra à la page 260 de ce volume qu'il s'y en trouve.
Il me paroit démontré queMes montagnes de pierre de sable et de granit des Vosges sont du même âge. Si on lit les preuves que j'allègue au soutien de cette opinion, pag. 209 jusqu'à :n,on sera peut être porté à l'adopter avec moi.

(S)                                    .
à se heurter avec violence contre les traverses d'e tan- =£= ronnage ou contre les rochers saiilans des voûles sur- iv baissées , le mineur des Vosges porte un bonne t de feutre épais, rond et élevé, qui préserve sa tel e. Contraint d'appuyer son dos eonire les parois r routes souterraines qu'il se fraye, i\ se garantit de l'humidité continuelle du rocher, par. un fort" tabliei 7 de cuir qui pend suf-sës-fëns. Obligé--de se glisses par des passages étroits, un chapeau et un habit long lui seroient à charge; il porte une Jaquette légère, serrée sur les hanches par la courroie Ju tablier. En (in occupé des moyens d'avoir ses mains libres pour monter et descendre sans cesse des échelles, il substitue à la chandelle une lampe à tige mobile, garnie d'un cro­chet que le pouce seul soutient, et qui clans les travaux peut s'accrocher par-tout aux moindres inégalités du rocher. Si , travaillant dans des Fosses où les eaux sont abondantes, ces "précautions" deviennent Insuffisantes; s'il est aflècté de douleurs rhumatismales ; si quelque partie de son corps perd le mouvement,- il est promp-tement rétabli par l'usage des sources salutaires qui sourdent de toute part des Vosges. Les établissemens de bains dans ces montagnes sont aussi célèbres -que «ombreux.
Les Vosges ne présentent pas d'aussi grandes masses que les Alpes et les Pyrénées : on n'y retrouve point ces aspects affreux qui retracent, l'idée du cahos (î) ,
(î) Les Vosges n'ont point au-devant d'e'les , ni dans leur sein, de traces d'anciens incendies souterrains , quoique, dans les icnip.î les plus reculés, il y ait eu des volcans enjbrasés au pied tles «uni-

■ ( 5 In, )
mais elles ont assez de majesté pour faire éprouver cet Oagt:" enthousiasme qu'excitent tous les grands objets de la nature. Elles réunissent aux beautés des colosses que nous leur opposons, des charmes qui leur sont.propres, et l'état de stabilité dans lequel la végétation les main­tient, présente l'image du repos. Soit que des crêtes de leur lisière, l'œil parcoure les richesses de la plaine; soit que des points les plus élevés de leur centre il contemple les sommités qui l'environnent, ou qu'il plonge dans les vallées sur lesquelles il domine, il em­brasse de toutes jferts des objets magnifiques, et d'un accord si parfait, qiîe l'ensemble de leurs tableaux rians. ^              ou sauvages n'inspire jamais qu'une douce admiration.
En effet, voit-on des sommets de quelque autre chaîne de montagnes , une chaîne parallèle et un grand fleuve roulant à ses pieds, terminer ensemble une vallée longue de quarante lieues, large de neuf, qui, par la multi­tude de ses clochers, annonce" son étonnante popula­tion , et dont les cultures variées et la fertilité prodi­gieuse ne le cèdent à aucun pays "de l'Europe ?
Au faîte des Alpes, et des Pyrénées l'immensité est à vos pieds. L'homme, aussi peu fait pour la mesurer de ses regards que pour l'embrasser de sa pensée, se sent moins ému de plaisir que frappé d'éionnemeiit : et si fatigué du spectacle vague des plaines saîîS limites , il se tourne vers le dédale des entassemens gigantesques
tasnes de la "Forêt-noire, et par conséquent très-près des Vosges. Voyez mon mémoire sur les volcans du Brisgavv dans ie dixième voîunie1*1îes'vSava!is étrangers.
1

{(>)■
qui l'environnent, sansdotite il découvre de grands efiels, niais des pans de rochers suspendus, des blocs éno- nies Lcs y!Siits-détachés, des étangs placés, des marais, des tourbes, le froid !e plus piquant, des brumes qui s'accumulent et menacent de l'envelopper, dos torrens fjiii se préci­pitent , le plus profond silence, la nature morte enfin.; tout lui imprime ia tristesse et l'efiroi : isolé dans ["uni­vers, il se hâte -de-foiï-4es—Fées--sourcilleux qu'il n'a gravis qu'au péril lie sa vie(i), il oublie ses faillies et court retrouver des hommes.
Quand des sommités les plus élevées des Vosges, nous apercevons la foule de leurs croupes entées les unes sur les autres, un spectacle moins vaste s'offre' à nos regards, mais il est grand encore; et loin que ses beautés fassent naître la terreur, on regrette de ne pou­voir prolonger le jour pour les admirer plus long-temps. Aux pieds du spectateur, les trois règnes et les arts s'ac­cordent pour animer l'espace qu'il contemple, et si les * montagnes dérobent quelques objets à sa vue, les bruits lointains et variés lui en décèlent l'existence. Au chant . du coq. à la voix des cliiens, aux mugissemens des troupeaux et aux sons harmonieux des instrumens cham­pêtres qui les rassemblent, il ■recoimoît des fermes et . des hameaux. L'intensité et la".fréquence plus ou moins grande des coups frappés par les marteaux des grosses et des petites forges, lui indiquent la direction et Féîoi-
(i) Je ne parle ici qu^8e ces pics qui ne sont confins que de quelques bergers, des clfasseurs de chamois tt des naturalistes les plus intïë{mk% , de ces pi/s, dont on n'atteint le sommet qu'en armant ses pieds de crampons, ou en les chaussant de sandales de sparierie.

'                                  (6 bis.)                          ■- .
           = gnement du lieu d'oii ils partent, et le genre de travail
Les "S oegrs. c]0IIj. on sy occupe. II distingue le moment où ces pesans marteaux pétrissent des loupes, pièces ou globes en­flammés , de fer encore impur, d'où ruisselle de toute part le laitier embrasé. Il reconnoît l'instant où le for­geron coupe la pièce en lopins, où il étire des barres, où il consolide des soudures ; enfin celui où le marti-
neur façonne les fers en carrilio
os
, en verges rondes
ou crénelées.
Chacun des sommets sur lesquels il plane , ne lui présente qu'une immense touffe isoléeV variée à Fin fini dans sa verdure; par-tout le sol est couvert de chênes, de charmes, de hêtres et d'innombrables tiges presque contigues de sapins et de pins, dont l'élévation le dis­pute à ceux qui peuplent les forêts du nord. Si le bûche­ron fait retentir' les vallées de la chute de ces futaies une verdure plus fraîche remplace bientôt la verdure qu'il a détruite. Les fougères, le genièvre,;Ies houx, les genêts , les trembles, les érables et les bouleaux qui s'élèvent rapidement protègent les nouveaux germes. Lorsque les jeunes pousses de chêne et de hêtre sont à une certaine hauteur, on nettoie les forêts de tous ces bois blancs et de tous les arbustes qui pourraient les empêcher de prendre leur essor, et alors ces arbres tutéiaires tombent sans rien diminuer de la beauté du coup-d'œil. Telle est la manière d'exploiter les bois dans la plus grande partie des Vosges de l'Alsace, à l'excep­tion des cantons peuplés de sapins que l'on préfère de couper en jardinant. Ce n'est jusqu'à présent que dans quelques parties des Vosges de la Lorraine, que l'on
a