DES
GITES DE MINERAI,
E T
DES BOUCHES A FEU
DE LA FRANCE.
TOME S E C O N I).
SECONDE TOURNÉE

^ Equidem ità sentio , peculiarem in studiis causam eorum esse, ^ qui , dtfficultatibu$ victis, utilitatem juvandi praetuler^unt gratiae ^ placendi. ^
Pline, lib. i.

D E S C R I P T I O N
^                              DES
GITES DE MINÉRAI,
FORGES, SALINES, VERRERIES,TRÉFILERIES, FABRIQUE$ DE FER-BLANC, PORCELAINE, FAÏENCE, etc.
DE LA HAUTE ET BASSE-ALSACE.
Par M. le Baron DE DIETRICH, Secrétaire général des Suisses et Grisons, Membre de l'Académie Royale des Sc^iences, de li Société Royale de Gœttingue et de celle des Curieux de la Nature de Berlin, Commissaire du Roi à la visite des Mines, des Bouches à feu, et des Forêts du Roya^ume.
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A PARIS,
C^ ^ Didot, le jeune, Libraire-I^mprimeur, quai des Augustins.
^ Didot^, fils aîné, rue Dauphine ; Cuchet, rue et hôtel Serpente
A STRASBOURG, Chez T R e u t T F L , Libraire.
E L'IMPRIMERIE DE M O N S I E U R. M. ]) C C. I, XXXI X.
AVEC APPROBATION, LT PRIVILÈGE DU ROI.

^
PRÉFACE.
L£ volume que j'offre au public, est le second^ de ^na Description des gites de mînérai et des bou-ches à feu duRoyaume : il contient le rapport de ma tournée en Alsace. Je traiterai de la Lorraine dans le troisième volume, qui est actuellemenl sous presse.
Avant la création des assemblées provinciales, il rTexistoît en Alsace aucune division qui pût fournir un ordre méthodique à ma description ; et celle des s'*x districts, dans lesquels elle vient xTèire partagée, n'est pas encore assez invariable­ment établie pourque j'aie cru devoir l'adopter. Les élections, les sénéchaussées et les bailliages rovaux y sont inconnus ; et les justices seigneuriales s* v trou­vent en trop grand nombre fet sont d'une- étendue trop inégale,pour former des sections convenables. D'ailleurs il en est beaucoup, sur-tout du côté de la plaine, qui ne contiennent rien de relatif à cet ouvrage. L'ordre géographique seul me restoït, et je l'ai simi,
Ce second volume formera les troisième et qua­trième parties de cet ouvrage; je décrirai la Haute-Alsace dans Tune, et la Basse-Alsace dans l'autre. Les us ines et les bouches à feu de la Haute-Alsace étant presque toutes situées dans les Vosges , il m'a été facile de suivre Tordre de leur division naturelle en vallées. Ainsi après avoir donné dans la troisième partie une idée générale des Vosges,

^^
et quelques détails sur le comté de Férëtte, les environs d'Altkirch et de Belfort, et sur quelques procédés propres à améliorer la fabrication du fîl-de-fer, je parcourrai la vallée de Giromagny, d'où je passerai successivement dans celles de Masevaux, d^Saint-Amaria, de Thann, de Sultzmatt, de Munster, de Ribeauviller et de la Petite-Lièvre. Cest dans cette dernière que se voient les fameux travaux de Sainte-Marie-aux-Mines. Leur histoire très-détaiilée termine cette partie de l'ouvrage.
Cet ordre ne pouvoit être suivi dans la descrip­tion des usines et des mines de la basse-Alsace ; et j'ai été contraint de me borner à en rendre compte suivant leur situation du sud au nord, parce que , le plus grand nombre d'entre elles ne se trouve pas dans les Vosges même, mais dans les collines qui sont en avant de cette chaîne de montagnes. Cette quatrième partie de mon travail offre des notices sur Fancienne manufacture d'acier d'Al­sace qui existoit à Darabach ; on y lira aussi la description des usines, houillères et fabriques du val de Ville, de celui d'Orbéis, du comté du ban de la Roche , de la vallée de Schiruieck et du Klinccenthal. J'y parlerai des batteries de cuivre des environs de Strasbourg, des manufactures de porcelaine de Haguenau , ues nombreuses mines de fer en grains, des mines de plomb, et des forges, salines , vitriolières , fabriques de pé­trole , et verreries situées dans la partie septen­trionale de la basse-Alsace; enfin je terminerai ce volume par des observations sur la cueillette de

l'or que cliarie le Rhin ; et pap-fluelques réflexions sur la jurisprudence des mineft en Alsace, et sur rinfluènee que l'administration doit avoir sur leur exploitation.                                             ■ ,
J'ai déterminé la direction et les distances res­pectives ôes lieux , par la quantité de toises qui les sépare, d'après les échelles des1 cartes de*YAca­démie , et j'ai eu soin de nommer toujours ,1a paroisse où sont situées les usines (1).
Le nombre eV l'importance des diverses exploi­tations que j'ai vues en Alsace, me semble devoir rendre ces parties de mon- ouvrage plus variées et pïûTlnféressantes que celles qui ont déjà paru. On y trouvera les plans des importans travaux de Phenrringthurn à Giromagny, et de Surlatte au val de Lièvre,levés par MM. Duhamel et Mallet, ingénieurs de l'école royale des mines, dont je m'empresse de louer iei le zèle et les talens.
On trouvera dans cet ouvrage les arrêts en vertu desquels les mines ont été concédées, ou les établissemens formés, et j'ai cru devoir y Joindre les titres qui ont accordé à leurs proprié* taires des privilèges et des faveurs. J'ai pensé qu'en réunissant ces pièces éparses, je rendois un égal service à l'administration,aux propriétaires et aux jurisconsultes.
(i) J'ai fait placer en marge des notes qui indiquent les cartes de l'Académie, sur lesquelles se trouvent les lieux décrits ; ceux à côté desquels \ï^ n'y a point de marginale, appartiennent à la carte pré* eédemment marquée: je regrette de n'avoir pas songea ces additions 3 en publiant ma description des Gîtes de minerai des Pyrénées.

En m'abstenant de parler des contestations par­ticulières , je me suis attaché à rendre compte de celles qui intéressent le droit public du royaume ou de la province .d'Alsace. J'ai rapporté impar­tialement les moyens des parties opposées, sans donner mon avis sur l'objet de leurs discussions.
J'ai fait connoître les motifs des jugemens qui ont été rendus, et je n'ai rapporté de;s différente* transactions, que celles qui ont. été passées entre les propriétaires relativement an droit d'exploi­tation.
Les consommations en matières premières , sur­tout en charbons, sont par-tout indiquées; j'ai dit quels sont les moyens d'approvisionnement en bois de chaque usine; à quels droits elle est assujettie; le-nombre des ouvriers qu'elle emploie, et le mon­tant de sa vente annuelle; j'ai présenté les résumes de ces détails dans trois tableaux : les deux premiers offrent l'état général dv^ mines de la province, et le troisième, celui de ses usines.
Elirait des registres rie l'Académie des Sciences.
3
MM. LavoLier et d'Arcef , qui avoient été nommés commissaires pour examiner la Description des gîtes de minerai-, forges, salines , \cirerics , tréflleries , fabriques de fer-blanc, porcelaine, faïence, etc. de la Haute et feasse - Alsace, par IVI. Je Baron de Diefr-ieh , i-uemUre <Ie l'Académie, en ayant (ait leur rapport, l'Académie a jugé que cet ouvrage méritoit d'être imprime sous son privilège, et avec son approbation ; en foi de quoi j'ai signé le présent certificat. A. Paris, le i5 novembre 178c!..
Signé, le marquis de Condorcet , Sccr. Pçrp. de l'Académie.
DESCRIPTION

DESGRIPTjOfn
DES MINES
E T DE S fr^^C^H E S À FEU DE LA HAUTE-ALSACE. ,,
T R 01 S^ E M E PART I E.
Après avoir fait connoîtreles mines que renieraient ■ '. -.■;'■■ ; .= les Pyrénées, dont l'histoire naturelle a été l'objet des Intr0(luction' recherches de MM. Darcet (i), de la Peyrouse (2) et Palasso (3), je vais nfoccuper* de montagnes moins considérables et tout-à-fait différentes.
On sait aujourd'hui qu'il existe une très-grande ana­logie entre les Alpes du Dauphiné, de la Savoie, de la Suisse et4es Pyrénées. Elles se ressemblent par leur fbrme, leurs roches, les plantes qui y croissent et les
(1)  M. Darcet, discours en forme dé dissertation sur Fétat actuel
des Pyrénées et sur les causes de leur dégradation. Paris, 1776.                          v
(2)  Notice de quelques'minéraux des Pyrénées; Journ. de physique, tom. 26, pag. 427, et traité sur les mines de Ter et forges du comté de Foix.                                       ■-.-»'
(3)  Essai sur la minéralogie dçs. monts Pjrénées, suivi d'un cata-jpgue'de plantes observées dansées montagnes. Paiis^iySi.
Partie 111.                                          A

/ f, bh. )
~ animaux qui les habitent; il y a même quelque rapport dans leur élévation et le séjour permanent des glaces. Sans prétendre qu'il y ait dans les Pyrénées des sommilcs égales en hauteur au mont-Blanc, au Schreckhorn, au Grimsel, puisque les observations les plus récentes (1) ont constaté que les plus hautes Pyrénées .ne. s'élèvent pas au-dessus de dix-huit cents toises, des observa­teurs éclairés croient cependant pouvoir avancer, que la masse générale des Pyrénées est aussi haute que celle des Alpes. II y a dans les premières un plus grand nombre de montagnes plus* facilement accessibles à de grandes hauteurs que-dans les autres (2), parce que les glaces n'ont point eu, pour s'y étendre, des points d'appui tels que les hautes cimes que nous venons de
, citer, et que les glaciers s'y trouvant moins vastes, les neiges n'y descendent pas si bas. Aussi n'y a-1-il de glaces permanentes dans les Pyrénées qu'auprès des plus hauts sommets.
L'état de destruction qu'offrent les points les plus élevés des Alpes et des Pyrénées , n'a échappé à aucun observateur, et s'il en est qui ont cru remarquer que
(1 M. Béboul de Pézénas , dans un voyage qu'il a fait à Paris cet le année, a lu à l'Académie royale des Sciences deux mémoires relatifs à l'élévation des plus hautes sommités des Pyrénées, particulièrement de celles des environs de Barrèges.
(2) M. Ramond de Carbonnières, si connu par la manière dont il a voyagé en Suisse, a parcouru à pied la plus grande partie des Pyré­nées. Cet observateur, aussi éclairé qu'infatigable, auquel aucune science n'est étrangère, est occupé de la rédaction d'un ouvrage, dans lequel il espère prouver d'une" manière incontestable l'analogie des Pyrénées avec Jes Alpes.

plusieurs des substances dont elle font comp? siv.s . ==—■■==■---■
affectent par-tout une direclion et une inclinaison se m- !l'-'Miti! li !J
blables (t) , Ions du moins s'accordent à assurer avec
moi que-Tordre dans lequel ces substances "se succèdent
depuis la plaine jusqu'au centre de ces montagnes, n'a
aucun rapport a\ec celui que MM. Pallas et Kerbtr
ont observé dans d'autres montagnes dé 1 Europe e? dr
. En donnant la description des bouches à feu et ilis f-*'- v> -' mines de l'Alsace et de la Lorraine, nous parcourront-en tout sens ies Vosges (2), qui, du sud-au nord, sépa­rent ces deux provinces. Nous-ne retrouverons pas ici les mêmes rapports qu'entre les Alpes et les Pyrénées; car quoique les Vosges, ainsi que Jes montagnes de la Forêt-noire qui leur sont parallèles, aient, éié consi-           '
dérées comme des branches prolongées de l'extrémité septentrionale des Alpes de la Suisse , plusieurs ca­ractères principaux doivent les faire regarder .comme -une classe de montagnes distincte!» de celles qui forment leur souche apparente.
Plusieurs savans ont parlé dc^ Vosges:" les uns se. sont bornés à en faire connoîlré la topographie (3). les autres se sont principalement attachés à décrire leurs eaux minérales (4). Quelques ouvrages nous ont donné
(1)  Dans une des séances partjculioies do l'Académie royale des Sciences de cette année; M. l'abbé Palasso a lu un Mémoire, dans lequel il s'attache à prouver cette assertion.
(2)  Vaûges ,.\ osges ou Vôges , en latin fvçcsus mens, J'ossgus çjltus , Erernus.                                               a                                   -
(3)   La MartiniÈre, Dicùonnaire géoprapbi<ji,ie, etc.
(4)  Rœslin, de la^situation dee Vosges, des minéraux, des eaux
/*■-;■ ^ Aij'

( 2 Us.)
= une idée générale de leurs productions (1). Il en est qui l>$- contiennent des fragmens concernant leur lithologie (2).
Les minéraux qu'elles renferment (3) ont été, de même - que l'exploitation de leurs forêts (4), l'objet de quelques
observations éparses ; enfin , un de nos savans les a
considérées dans leur ensemble, sans s'occuper des
«Jetails qiiellëiT.nous offrent.
Nous venons de dire que la hauteur des Vosges différait de celle des Alpes et des Pyrénées : en effet elle n'excède nulle part six cents toises, communément
minérales, et des denrées qu'on y trouve5 particulièrement de la source minérale de Niederbronn. Cet ouvrage a été imprimé en allemand , à Strasbourg , en 109.5, in 8°. " GcÉRlN , dissertatio chemico-niciica., de fgntlhus medicaris Alsatm.
Nous ne nommons pa* ici les auteurs qui ont écrit séparément sur des fontaines minérales particulières de la province. Nous omet­tons également ceux qui n'ont traité que* d'un objet de minéralogie détaché, parce que nous les citerons à mesure que nous aurons à parler des lieux que concernent leurs remarques,
(t) SCUŒPFLIN, Alsatïj. illustrata, tora. 1 , p. 1—3i.
Busching , Géugraphie universelle ,edit. franc, de 1770, tom. 4, pag 426 et suivantes.
(2)  Gcettard, p. xxvj de la préface du premier volume de ses Mémoires sur différentes parties des sciences et arts ,*tlécHt les pierres de sable, mo asss ou mouillasse, qui forment la majeure partie des Vosges : il fait mention au rafrae lieu des galets roulés que cette pierre renferme souvent ; de spath fusible, de stéatite, etc.
(3)  Monnet. Voyez son Atlas minéralogique et son Exposition des ruines.
De Sivry , Observations minéralogiques sur les Vosges et sur l'Alsace.
(4} Guettard, Mémoire sur la mauvaise exploitation des bois dans les Vosges , t. 2 , pag. xxs de l'ouvrage cité.
(.5) M. l'abbé Chappe d'Auteroche. V^vage en Sibérie, tom. 1, piéf. pag. v.

.( 3 )
e\k n'est que de trois à quatre cents, souvent de deux cents; et à mesure qu'on se rapproche de la plaine, Les elle diminue jusqu'à soixante. La végétation se main­tient par conséquent à toutes les hauteurs dans ces montagnes, et Ton n'y rencontre point, comme dans les Alpes , des régions où elfe cesse ; seulement elle perd quelquefois de sa vigueur sur les sommets les plus élevés, où les chênes et les sapins restent toujours nains et rabougris.                                           $
La haute Alsace compte au nombre de ses pins hautes montagnes, le ballon de Murbach , qu'il ne faut pas confondre avec le ballon de Giromagny ; le Hoheneck, d'où l'on aperçoit les sources de la Mo­selle et de la Fecht ; et le Bonhomme au couchant de Kaysersberg. La basse Alsace range dans cette classe la * Sainte-Odille, le Champ du-fèu et le Pigeonnier près de Weissembourg.C'est à la Sainte-Odille, placée près d'Ober-Enheim, qu'affluent principalement les curieux qui désirent prendre une idée des Vosges et du coup-d'œil dont on y jouit : les prétendus miracles de la Sainte qui lui donne son nom, rattachement que lui portent les habitans de Strasbourg, accoutumés à consulter de chez eux l'état du ciel à son sommet, parce qu'elle est située au S. O. de leur ville ; quelques traces d'antiquités romaines, la proximité de la plaine * les belles routes et le beau pays qui y conduisent de toutes parts, lui attirent cette préférence.
Le champ-du-Feu, dans le ban de la Roche, s'élève à l'opposite du Donnon, montagne du pays.pie Sàîm., principauté d'Empire enclavée dans les Vosges ; la hau-
A iij

( 3 lis.)
===== leur de ces deux montagnes paroît absolument la même.
Les Vosges. \ es géographes appellent le Donnon , moul-dv-Vcr ou F m mont ; les uns font dériver ce nom des mines de fer qu'on y trouve, et les antres des restes d'un monument placé au haut de cette montagne, et qu'une tratliliôn fabuleuse fait passer pour être le tombeau de Phara-mond. M. l'abbé Chappe a déjà observé que les Vosges sont, en généra!, plus escarpées du côté de l'Alsace que du coté delà Lorraine: leurs vallées principales > celles qui, partant du centre de la chaîne, ont leur ouverture immédiate dans la plaine» suivent-quelquefois leur di­rection, ou la traversent obliquement; d'autrefois elles prennent leurs cours perpendiculairement à cette direc­tion . sans en affecter aucune.
flLes plantes, dont les Vosges sont couvertes de toutes parts, établissent entre elles, les Aipes et les Pyrénées, cette différence remarquable, qu'on n'y aperçoit aucune de ces cimes en ruine, dont celles-ci sont couronnées. Si Ton y remarque quelques traces de désordre, ce n'est que dans le voisinage des torrens, ou bien sur quelques pentes rapides exposées au nord, où la végétation n*a jamais pu être assez prompte pour s'opposer à l'action des eaux qui déplacent fréquemment les roches , dont la surface de ces pentes est jonchée. Les sommités des Vosges se terminent presque toutes en plateaux arron­dis: vucs.de la plaine, elles ofirent un rideau couronné de festons, et non ces pics hérisses qui frappent l'œil, lorsque de loin on considère des chaînes plus élevées. La largeur des Vosges est proportionnée à leur hau­teur; six, huit à dix "heures suffisent pour la franchir,

(4)
tandis qu'il n'en faut pas moins de vingt-quatre, trente --=?■=.— ou quarante pour traverser {es Pyrénées ou les Alpes. Li* ^ Dans celles-ci la pierre de sable rouge est peu commune; elle constitue au contraire la majeure partie des Vosges: on peut même en plusieurs endroits les parcourir dans toute leur largeur, sans y rerrp^nher d'autre espèce de pierre (î). Les bancs en sont poî^Tordmaire stratifiés horizontalement depuis la base jusqu'au sommet, dans un ordre plus régulier qu'on ne l'observe des autres* roches qui forment les grandes chaînes,fcet les* galets roulés que renferme cette pierre, se retrouvent jusqu'aux cimes les plus élevées. On voit rarement des monta­gnes calcaires dans l'intérieur des Vosges; et quoique des masses de marbre qui contiennent des corps marins, se trouvent quelquefois dans des montagnes schisteuses situées vers leur centre, il n'en est pas moins vrai que la pierre à chaux, souvent criblée de coquillages, est presque toujours réunie dans les collines placées au-devant et sur toute la longueur de la chaîne des Vosges. Au contraire, la pierre à chaux se rencontre fréquem­ment, et forme des montagnes entières dans plusieurs points de la largeur des Alpes et des Pyrénées, et jusque dans leurs parties les plus hautes.
Le schiste, le granit, et les roches composées de quartz, de mica, d'argile, de fèld-spath, ne se trouvent pas généralement dans les Vosges, On les rencontre en certains cantons seulement, et presque toujours vers leur centre (2}. ,
(1)  Voyez dans la table les mots Pierre de s.ibli et Carrière.
(2)  M. le comte de Buffon , dans ïe cinquième volume du sup­plément à son Histoire naturelle, pag. 279, a rapporté une note qui

(4
= Les gîtes de minerai s'y montrent moins riches, moins Les Vosges, abondans à la surface des .terrains que dans, les Pyré­nées et les Alpes; mais ils s'y soutiennent plus en lon­gueur et en profondeur : on arrache du sein des Vosges des mines de vitriol, de pétrole, de charbon, d'ucre : l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, l'arsenic, le co­balt et le zinc s'y montrent minéralisés sous une mul­titude de formes.
L'habitant des Vosges travaille par goût aux mines; il porte le vêtement du mineur allemand. Comme cet habillement est inconnu dans le reste du royaume, et qu'il seroit utile qu'il y fût adopté, je ne crains pas d'être trop minutieux en parlant de ses avantages. Ce qui tient à la conservation des hommes est toujours im­portant, et le devient encore plus lorsqu'il s'agit d'un ^wail qui les expose à des dangers continuels. Sujet
lui a été communiquée par M. l'abbé Bexon , le i5 mars 1777, con­cernant les Vosges. Elles y sont définies comme étant » des montagnes >• primitives, toutes composées de matières vitrifiabîes et cristallisées, » granits, porphyres, jaspes et quartz, jetés par blocs et par groupes » et non par lits et par couches. Dans toute cette chaîne (y est-il dit) " on ne trouve pas le moindre vestige de productions marines et les » collines qui en dérivent sont du sable vitrifiable. «
En comparant cette note avec les observations que je l'apporte ci-dessus, il est facile de voir en quoi les faits qu'elle renferme, s'éloignent de ce qui existe réellement. Considérer les montagnes de pierre de sable des Vosges, comme des collines qui dérivent de cette chaîne, c'est prendre la partie principale pour l'accessoire; et c'est aller trop loin que de dire qu'on n'y yoit point de vestiges de pétri­fications. On Terra à la page 260 de ce volume qu'il s'y en trouve.
Il me paroit démontré queMes montagnes de pierre de sable et de granit des Vosges sont du même âge. Si on lit les preuves que j'allègue au soutien de cette opinion, pag. 209 jusqu'à :n,on sera peut être porté à l'adopter avec moi.

(S)                                    .
à se heurter avec violence contre les traverses d'e tan- =£= ronnage ou contre les rochers saiilans des voûles sur- iv baissées , le mineur des Vosges porte un bonne t de feutre épais, rond et élevé, qui préserve sa tel e. Contraint d'appuyer son dos eonire les parois r routes souterraines qu'il se fraye, i\ se garantit de l'humidité continuelle du rocher, par. un fort" tabliei 7 de cuir qui pend suf-sës-fëns. Obligé--de se glisses par des passages étroits, un chapeau et un habit long lui seroient à charge; il porte une Jaquette légère, serrée sur les hanches par la courroie Ju tablier. En (in occupé des moyens d'avoir ses mains libres pour monter et descendre sans cesse des échelles, il substitue à la chandelle une lampe à tige mobile, garnie d'un cro­chet que le pouce seul soutient, et qui clans les travaux peut s'accrocher par-tout aux moindres inégalités du rocher. Si , travaillant dans des Fosses où les eaux sont abondantes, ces "précautions" deviennent Insuffisantes; s'il est aflècté de douleurs rhumatismales ; si quelque partie de son corps perd le mouvement,- il est promp-tement rétabli par l'usage des sources salutaires qui sourdent de toute part des Vosges. Les établissemens de bains dans ces montagnes sont aussi célèbres -que «ombreux.
Les Vosges ne présentent pas d'aussi grandes masses que les Alpes et les Pyrénées : on n'y retrouve point ces aspects affreux qui retracent, l'idée du cahos (î) ,
(î) Les Vosges n'ont point au-devant d'e'les , ni dans leur sein, de traces d'anciens incendies souterrains , quoique, dans les icnip.î les plus reculés, il y ait eu des volcans enjbrasés au pied tles «uni-

■ ( 5 In, )
mais elles ont assez de majesté pour faire éprouver cet Oagt:" enthousiasme qu'excitent tous les grands objets de la nature. Elles réunissent aux beautés des colosses que nous leur opposons, des charmes qui leur sont.propres, et l'état de stabilité dans lequel la végétation les main­tient, présente l'image du repos. Soit que des crêtes de leur lisière, l'œil parcoure les richesses de la plaine; soit que des points les plus élevés de leur centre il contemple les sommités qui l'environnent, ou qu'il plonge dans les vallées sur lesquelles il domine, il em­brasse de toutes jferts des objets magnifiques, et d'un accord si parfait, qiîe l'ensemble de leurs tableaux rians. ^              ou sauvages n'inspire jamais qu'une douce admiration.
En effet, voit-on des sommets de quelque autre chaîne de montagnes , une chaîne parallèle et un grand fleuve roulant à ses pieds, terminer ensemble une vallée longue de quarante lieues, large de neuf, qui, par la multi­tude de ses clochers, annonce" son étonnante popula­tion , et dont les cultures variées et la fertilité prodi­gieuse ne le cèdent à aucun pays "de l'Europe ?
Au faîte des Alpes, et des Pyrénées l'immensité est à vos pieds. L'homme, aussi peu fait pour la mesurer de ses regards que pour l'embrasser de sa pensée, se sent moins ému de plaisir que frappé d'éionnemeiit : et si fatigué du spectacle vague des plaines saîîS limites , il se tourne vers le dédale des entassemens gigantesques
tasnes de la "Forêt-noire, et par conséquent très-près des Vosges. Voyez mon mémoire sur les volcans du Brisgavv dans ie dixième voîunie1*1îes'vSava!is étrangers.
1

{(>)■
qui l'environnent, sansdotite il découvre de grands efiels, niais des pans de rochers suspendus, des blocs éno- nies Lcs y!Siits-détachés, des étangs placés, des marais, des tourbes, le froid !e plus piquant, des brumes qui s'accumulent et menacent de l'envelopper, dos torrens fjiii se préci­pitent , le plus profond silence, la nature morte enfin.; tout lui imprime ia tristesse et l'efiroi : isolé dans ["uni­vers, il se hâte -de-foiï-4es—Fées--sourcilleux qu'il n'a gravis qu'au péril lie sa vie(i), il oublie ses faillies et court retrouver des hommes.
Quand des sommités les plus élevées des Vosges, nous apercevons la foule de leurs croupes entées les unes sur les autres, un spectacle moins vaste s'offre' à nos regards, mais il est grand encore; et loin que ses beautés fassent naître la terreur, on regrette de ne pou­voir prolonger le jour pour les admirer plus long-temps. Aux pieds du spectateur, les trois règnes et les arts s'ac­cordent pour animer l'espace qu'il contemple, et si les * montagnes dérobent quelques objets à sa vue, les bruits lointains et variés lui en décèlent l'existence. Au chant . du coq. à la voix des cliiens, aux mugissemens des troupeaux et aux sons harmonieux des instrumens cham­pêtres qui les rassemblent, il ■recoimoît des fermes et . des hameaux. L'intensité et la".fréquence plus ou moins grande des coups frappés par les marteaux des grosses et des petites forges, lui indiquent la direction et Féîoi-
(i) Je ne parle ici qu^8e ces pics qui ne sont confins que de quelques bergers, des clfasseurs de chamois tt des naturalistes les plus intïë{mk% , de ces pi/s, dont on n'atteint le sommet qu'en armant ses pieds de crampons, ou en les chaussant de sandales de sparierie.

'                                  (6 bis.)                          ■- .
           = gnement du lieu d'oii ils partent, et le genre de travail
Les "S oegrs. c]0IIj. on sy occupe. II distingue le moment où ces pesans marteaux pétrissent des loupes, pièces ou globes en­flammés , de fer encore impur, d'où ruisselle de toute part le laitier embrasé. Il reconnoît l'instant où le for­geron coupe la pièce en lopins, où il étire des barres, où il consolide des soudures ; enfin celui où le marti-
neur façonne les fers en carrilio
os
, en verges rondes
ou crénelées.
Chacun des sommets sur lesquels il plane , ne lui présente qu'une immense touffe isoléeV variée à Fin fini dans sa verdure; par-tout le sol est couvert de chênes, de charmes, de hêtres et d'innombrables tiges presque contigues de sapins et de pins, dont l'élévation le dis­pute à ceux qui peuplent les forêts du nord. Si le bûche­ron fait retentir' les vallées de la chute de ces futaies une verdure plus fraîche remplace bientôt la verdure qu'il a détruite. Les fougères, le genièvre,;Ies houx, les genêts , les trembles, les érables et les bouleaux qui s'élèvent rapidement protègent les nouveaux germes. Lorsque les jeunes pousses de chêne et de hêtre sont à une certaine hauteur, on nettoie les forêts de tous ces bois blancs et de tous les arbustes qui pourraient les empêcher de prendre leur essor, et alors ces arbres tutéiaires tombent sans rien diminuer de la beauté du coup-d'œil. Telle est la manière d'exploiter les bois dans la plus grande partie des Vosges de l'Alsace, à l'excep­tion des cantons peuplés de sapins que l'on préfère de couper en jardinant. Ce n'est jusqu'à présent que dans quelques parties des Vosges de la Lorraine, que l'on
a

; ■ : '                                                              (?)
a introduit les coupes en taillis à de couries révolutions.
Dans les cantons où les pins abondent, on voit s'é­lever la fumée de's fabriques de térébenthine et de gou­dron, et par-tout on aperçoit celle des fours où Ton cuit le charbon.
La manière dont le charbonnier des^osges amène ses bois sur les emplacemens où il établit ses fours, offre tin spectacle peu connu dans tout le reste de la France. Pour faire descendre les bois des pentes escarpées siir lesquelles il se trouvent répandus, il emploie des traî­neaux : c'est un moyen économique et prompt, mais . dangereux. Celui qui les conduit rie peut être qu'un homme très-fort ; on le nomme schliltetir. Il trace un chemin étroit, le garnit de rondins peu distans run.de l'autre, les enduit de-graisse, charge un traîneau d'une * demi-corde, ou de plus d'une voie de bois, se place dans les brancards, descend rapidement sur les rondins gîissans , et n*a qu'a peine le pouvoir de s'opposer à l'accélération de la vitesse avec laquelle le traîneau le poursuit. Il est curieux de voir un schlitteur descendre une côte rapide, mais on ne peut le suivre des yeux sans effroi ; s'il néglige un instant d'user de ses forces, il est vaincu par la charge qui le pousse, sa chute est néces­saire, le traîneau se "précipite par-dessus lui, le brise, et sa mort est presque certaine.
Au centre des forêts, se voient de notibreux châteaux forts, dispersés dans toute l'étendue des Vosges ; déplo­rables monumens des guerres féodales, ils servent au moins à rendre plus pittoresques les sites qu'on décou­vre du haut de ces montagnes. Quelques-uns de ces
Partie III.                                        B

( 7 bis,)
===== châteaux plus vastes, conservés pour la défense des Les Vosges, frontières; sont entretenus par le roi, occupés par des garnisons nombreuses ou seulement gardés par quelques invalides. Ces enceintes, ces fossés, ces ponts-Ievis, forment au tableau que je trace une ombre d'autant plus forte, que ces tristes demeures renferment des prison­niers d'état, et, qu'on ne peut écarter de soi cette idée douloureuse, que l'homme seul porte des chaînes jus­qu'au faî(e des montagnes, ce dernier asyle de la liberté.-La hache ci-t-elle détruit dans un canton jusqu'au germe des bois, de gras pâturages recouvrent bientôt la terre, de nombreux troupeaux y paissent au milieu d'une fouie de plantes (1); des fermes et des chalets, où tout respire la propreté, leur assurent un' asyle: des guérets fertiies et des moissons dorées décorent des lieux inaccessibles (2) à la charrue, et l'industrie des plus intelligens cultivateurs , les anabaptistes et les moines (3), féconde la terre jusqu'aux plus grandes élé­vations,
Les résidences de plusieurs princes souverains de l'Empire, celles de M. l'évêque de Strasbourg (4),enfin
(i) On en compte plus de quinze cent cinquante variétés.
(2} Sur toutes les grandes élévations et les pentes escarpées de ces montagnes , où il y a des cultures, la terre est labourée à la bêche. Dans plusieurs cantons , les montagnatds brûlent les gazons et les arbustes, et défrichent péniblement une portion de terrain pour jouir d'une ou deux récolter, et le laisser reposer ensuite neuf années. t              Cette espèce de culture a particulièrement lien au Ban de la Roche., 4
où ces terres, ain^i"cultivées , portent le nom de tripoux.
(3) Ils y cultivent du bîé noir, du seigle, de l'prge, du maïs, deô pomme.-; de terre et du trèfle                            1
(4} Sur une des Vo-gts df la haute-Alsace, pçjp de la ville de Ribcauvviller est située l'antique et pittoresque résidence de la maison

(8)                         ■ '
pins de soixante-dix chapitres et monastères sont dis- ^----------
perses dans l'es Vosges ; leurs vastes bâtimens avania- l-c* v° -geusement situés , forment (1rs masses saillantes sur les côtes qui dominent la plaine, comme siir celles qui régnent le long des vallées. Les chapitres des Vosges sont célèbres dans l'Europe. Le désir.de soutenir l'éclat des familles, y rapproche du montagnard, le plus simple, mais aussi le plus ignoré des hommes, ceux que les actions de leurs aucêtres, le temps et l'opinion ont le plus illustrés. '" ' ' .." "*
Les monastères ne sont pas les seules ressources que les Vosges offrent aux personnes religieuses; plusieurs de leurs chapelles y attirent en pèlerinage ceux qui ont des fautes à expier, ou des vœux à former.
Du sommet de ces montagnes on aperçoit moins
des Deux-Ponts. À l'entrée de ta vallée de la Brû'sch , ou de Schirmeck en basse-Alsace,'se trouve le château de Moufzig, maison de chasse de M. l'évêque de Strasbourg-; non loin est un grand parc iiioniucux , peuplé d^ cerfs et de sangliers. Peu au-dessous de Moufzig, une-partie cîes eaux de la Briisch, qui arrose la vallée de Schirmeck, forme-un canal, par lequel on conduit à Strasbourg des bois, di>s pierres de taille et d'autres matériaux. Plus au nord , et au pied de nos montagnes est le célèbre palais de Saverne, dont M. le car­dinal de Rohan fait reconstruire la superbe façade, plus magnifique qu'elle n'étoit avant d'avoir été incendiée. Le parc de Saverne, moins grand que celui,de Moutzig, est aussi moins monlueux : il renferme un haïras, une faisanderie, des roules bien percées, une foule de. daims , diverses pièces d'eau , mais sur-tout un canal ", long d'une lieuè, orné de cascades et d'un kiosque élégant construit] dans une île, et terminé par un riche village qui offre un point de vue q.i'on regrette au canal de Versailles.
Enfin, plus au nord et peu au-devant de la chaîne, est le château de Bouswiller, ancienne demeure de la maison de Hesse-Darmstadt.

( 8 bis.)
===== de torrens impétueux que de nombreux ruisseaux et Les Vosges, rivières qui, paraissant dans les vallées autant de ru­bans déployés au loin avec grâce, concourent à enri-?                 chir le délicieux pays qu'elles arrosent
Si la nuit, plus tardive, sur les hauteurs , investit tout-à-coup celui qui se fîôit encore, sur son élorgne-ment, si elle le surprend errant dans quelques gorges, lorsqu'il veut descendre dans ces charmantes vallées, des feux variés qui de loin se découvrent, déterminent ses pas incertains. Un œil exercé distingue aisément à la fixité de la lumière, à la couleur, à l'élévation des flam­mes et des ^étincelles, les fours à cuire de la brique et de la chaux) les verreries, les fourneaux et fonderies, et les fèu^4l'affineries si nombreux dans les Vosges. Plus d'une fois ces fanaux des vallées m'ont, dans une nuit obscure, préservé des précipices qui m'environ-noient, et m'ont indiqué Fasyle que je clierchois.
On voit dans les Vosges plusieurs lacs : du côté de l'Alsace les principaux sont îe lac de Baeîchen ou du ballon de Murbach, au pied de la montagne du même nom; les lacs noirs et blancs du val d'Urbeis et le lac de Diren dans le va! de Munster (1). Le lac de Baeîchen ou du ballon de Murbach, a cinquante-quatre'pieds de profondeur au milieu, et quatre-vingts à sa tête (2), Du côté de la Lorraine on remarque les lacs de
(i)La ville de Coimar a obtenu,en 1748,1e droit deconduireles eaux de ce lac dans la Fecht et dans le ruisseau du Moulin ^Muhlbach, lorsque ces rivières tarissent.
(2) Des vents yïolens firent* déborder ses eaux, en 1740 j la ville de Giiebwiller et le village d'Iseqheiin furent en danger.

Retournenier, de Longemer et de Gerardmer. Je ne nomme pas les étangs nombreux qui se trouvent dans les Vosges; plusieurs d'entre eux seroient assez vastes pour être considérés comme des lacs, si leurs digues étoient naturelles.
/.escarpes, les perches et les brochets que ces éta-ligs renferment, sont portés dans les réservoirs .du Rhin, et de plie, où on les fait dégorger, et au bout d'un mois., ces poissons ont si bien perdu leur goût bour­beux , qu'on les vend comme provenant des eaux vives de ces fleuves.
Les ruisseaux et les rivières des Vosges fournissent aussi des truites et des ombres ou umbles délicieuses, et des écrevisscs superbes. Je ne parle point des-pois­sons blancs qui *f abondent.           x
fè'ours, l'aigle (1) et le vautour ne désolent point le berger des Vosges ; leurs oiseaux de proie sont Fépervfer,'différentes espèces de faucons, la chouette et le hibou. Les loups ne s'y voient point en si grand nombre que dans les Pyrénées; la chasse y est moins pénible; le chevreuil s'y plaît ; sa ,peau est d'une utilité presque égale à celle'du chamois; mais la chair du che­vreuil est infiniment plus estimée.
Le cerf y est rare; l'ardeur'des chasseurs à Ié pour­suivre, en a presque détruit l'espèce.              /
* Le sanglier n'y est pas assez multiplié pour causer
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(i) 11 n'est cependant pas sans exemple qu'on en ait vu qui ar>pa-renmient s'étoient égarés.

( 9 -bis. )
de grands dégâts; la peau du renard, celle de la loutre , Les Vosges. <ju cha+ sauvage, de la martre, des furets et des be­lettes, que rassemblent nos montagnards, leur fournis­sent un objet de commerce cie quelque importance. Le lièvre, rare dans les hautes Pyrénées et les Alpes, abonde dans les Vosges. Les ramiers de celles - ci sont les palombes des premières. Les bécasses leur sont com­munes. La perdrix blanche qui n'abandonne point les neiges, n'est pas plus belle qu'un coq de bruyères ; et les personnes accoutumées au gibier fin /préfèrent aux bartavelles des Alpes, les gelinottes de l'Alsace et de la Lorraine. -
Enfin, l'habitant des Alpes ne boit que les vins dé­licieux récoltés au pied de la pente extérieure des Vosges, où des ceps d'une hauteur extraordinaire don­nent au vignoble l'apparence d'un épais taillis.
Ne comparons pas l'habitant des Vosges au mon­tagnard des Pyrénées ; c'est au paysan des Alpes qu'il ressemble ; il a le même attachement pour le sol qui l'a vu naître; il est, ainsi que lui, grand et vigoureux, soigneux et propre, simple dans ses mœurs , confiant et hospitalier , intelligent et laborieux. Comme dans les x^ipes, il élève des bestiaux, recueille leur lait et leur crème, en fait du beurre et des fromages; distille le-fruit du merisier (i) ; file du coton et en fabrique des toiles. Comme dans les AIpes%, il porte chaque année, au haut des pentes, les terres que les
(i) Le produit de cette distillation est la Kirchenwasser.

( «>)
eaux ont entraînées au bas de ses champs : par-tout              . =
on admire le soin avec lequel il entretient des coin- Lts Vosges, munications; elles sont telles, que le charroi est géné­ralement établi d'un endroit à l'autre. Survient-il quel-, que orage qui dégrade les chemins, bientôt les dégâts sont réparés, ; et luttant ainsi constamment contre les irruptions des eaux, leur ennemi le'.plus redoutable, nos montagnards, savent les détourner avec une intelli­gence étonnante, pour féconder leurs prairies et les faire servir de moteurs aux différeras tournans des usines, si nombreuses dans les Vosges, quegj#<pïupaf t de leurs vallées n'offrent plus une seule chute d'eau qui soit libre. Quelque spéculation utile* détennine-t-elle à for­mer sur un courant un établissement nouveau ? On ne peut en exécuter le projet, qu'en s'emparant de la place d'un établissement plus ancien.
Jetons un-coup d'œii rapide sur les ateliers qui doivent leur activité aux rivières des Vosges, en passant sous silence ceux dont nous avons déjà fait présumer, l'existence. Ici de fortes scies débitent en flaches, en madriers, en planches et en lattes des pièces de bois énormes. Ailleurs des lames réunies dans un seul châssis, scient en autant de tables le marbre, le por­phyre et le granit. Plus bas la faîne, la noix, les graines de pavot et de navette ou çoisat , d'abord écrasées entre deux rouleaux, puis broyées sous des meules, pressées enfin par des coins qu'enfoncent des pilons, laissent couler ces huiles diverses, qu'on sert sur nos tables, ou qu'on brûle dans nos lampes et dont la pein­ture retire tant d'avantages.

( io Lis. )
^=^r~r=r-^= Telle est la rareté des chu les d'eau encore libres, que Los Vosges, souvent le même courant sert à moudre la farine et que la mouture de ht garance suspend la fabrication des huiles.
La racine des garances est séchée dans des étuves chauffées par des fours construits en berceau et en spi­rale, et /ormes par l'assemblage de quelques milliers de ■ petites caisses de terre cuite. On étend la racine sur plu­sieurs étages de planchers, formés seulement de lattes peu espacées. Lorsque les racines de l'étage inférieur, îe pius,près des fourneaux, ont perdu toute leur flexibilité, qu'elles craquent et cassent dans la main qui les ma­nie, ou les sort de Fétuve r ?t celles qui éloient éten­dues au-dessus viennent les remplacer. Le fléau brise et réduit en brins les racines séchées,. et quand l'ouvrier a fini de les battre, il en sépare par le crible et le triage à îa main, tout ce qui leur est étranger. Ainsi préparées, un cylindre de fer hérissé d'aspérités, et qui tourne rapi­dement sur son axe, enlève à ces racines leur épidémie qui fournit au commerce ie son de garance. Cette opération faite, on étend ces brins dépouillés, sur une toile qui recouvre un four construit en dos d'âne, où le itu est vivement poussé; parfaitement séchés ces brins passent une première fois sous les meules, qui écrasent la partie e^érieure et charnue, qu'on enlève et qu'on met à part sous le nom de garance robbëe. Alors il ne reste plus que la partie ligneuse du centre, et celle-ci, pulvérisée à son tour, donne la fleur de
garance.
Dans d'autres vallées les maillets et les couteaux de

(11 )
papeterie, triturent et affinent des drapeaux ou chif­fons.
Près de-là, une multitude d'énormes tenailles et de tourniquets forcent le fer à traverser des filières pour le convertir en fil de tout calibre.
Plus loin, l'eau fait mouvoir tes marteaux de fabriques de fer-blanc.
Ailleurs encore, les boccaids et les lavoirs préparent à la fonte les minerais divers, et trois marteaux d'une forme différente, levés parle même arbre, convertissent le cuivre rosette en feuilles minces et. unies et en coupes dont on façonne, dans les villes, des chaudières et d'autres ustensiles.
Enfin dans une de ces vallées, une foule de meules est employée à fabriquer, pour le Roi, des armes blan­ches , et difFérens outils qui servent à la guerre.
Tous ces objets réunis, des routes superbes (i), qui suivent le pied des Vosges, d'autres qui les traversent par des coudes et repiis formant des rampes douces qui dominent Tune sur l'autre, des ressources de toute es­pèce, de bons gîtes, des chevaux qu'on peut se procu­rer presque par-tout ; ne devroienl-ils pas engager les citoyens, et inviter les étrangers même à y diriger leurs courses et leurs voyages. Lçs uns apprendroïent à ne pas regarder comme des beautés particulières à la Suisse y
(i) On compte dans les Vosges treize grandes routes : savoir, celles de Giromagny , de S«iint-Aniarin , du Val d'Orbe, du Val de Munster, de Sainte-Marie-aux-Mines, du Val de Ville , de celui deSchirmeck, de Dabo, de Saverne , de Rorbach , enfin celles de Niederbionu et tic YVcissembourg h Bitche.

( il bis. )
celles qui sont si universellement répandues dans les Lt-3 Vosges. Vosges: les autres y tronveroient une instruction né­cessaire : ils y prendraient une idée de toutes les branches d'industrie qui peuvent fleurir par les soins des montagnards.. La culture , plus rare dans les montagnes que dans la plaine, laisse des bras libres qu'on peut employer avec avantage: en hiver sur-tout, il n'y a point de travail pour leurs liabitans. L'argent y étant moins commun, le prix des journées y est aussi plus bas. Je me bornerai à citer quelques exemples frappans de l'étendue qu'on peut donner dans les montagnes aux fabriques qui exigent beaucoup de main - d'œuvre. A l'une des extrémités des Vosges (i) , est une vallée en­tière qui ne tire sa subsistance que de la fabrication de carrés de clefs de montres. L'aptitude de ses habi­tants pour ce genre de travail, est telle , qu'ils mettent dans le commerce ce petit meuble à un prix dix-huit fois inférieur à celui auquel nous l'achetons en détail, quelque modique qu'il soit (2).
Le travail, en petit, de l'acier et du laiton , leur est si familier, que plusieurs d'entre eux en font, comme à la Chaudauve , toutes les pièces d'une pendule , qu'ils savent même les assembler, . et fournissent de cette espèce d'horloges , le pays d'alentour. Un seul regard favorable de l'administration, fèroit bientôt partager
(1} Cette vallée est celle de Planchez-les-mines qui forme du côté de la Franche-Comté, le versant opposé aux montagnes d'Auxelle-haut près Giromaguy.
fi) Ils vendent 55 sous la grosse de douze douzaines de carrés de clefs, tandis qu'avant eux on l'achetait 8 à 9 livres de l'étranger.

/ " /          ( 12 )
a/cette vallée le commerce d'horlogerie de la princï- - ■ -------
pauté de Neufchâtel, vu elle a puisé le^ éléinens de Les Vosges.
/-■ cet art.
' Par une singularité remarquable, les verreries pla­cées à l'extrémité opposée des Vosges , fournissent le royaume de verres de montre, qui, polis et taillés, ne se vendent que 21 à 22 livres le mille , ce qui ne fait pas six deniers la pièce (1).
Les SuiS5es,\nianqnaTTt"dcr^)ras, ont établi dans les Vosges la filature- du coton : dans plusieurs de leurs vallées , c'est la Wuleoccupation des femmes- et "des enfans pendant l'hiyer ; chaque individu gagne depuis cinq jusqu'à dix sou\ par jour* suivant le degré de per­fection qu'il atteint ;çm en fait dans différens endroits des toiles superbes et^e la mousseline, et il s'en faut bien que nos montagnards puissent suffire à la consom­mation des belles fabriques d'indiennes de l'Alsace , à l'établissement desquelles tes progrès de la filature ont donné lieu. Sans cloute les assemblées provinciales éta­blies en Lorraine et en Alsace , vont fixer leurs regards sur ces objets divers ; sans doute elles s'empresseront de répandre dans les Vosges ces métiers , qui augmen­tent si considérablement Je produit de la filature; sans doute leur œil vigilant va s'étendre sur tous les genres de cultures et sur toutes les parties des arts utiles.
Dans la description que je vais donner des gîtes de minerai et des bouches à feu de l'Alsace, je suivrai
(?) "Voyez ci-dessous,pag. ?>6(i el ,'x5y , à l'article de la vprre-ue de Wingen , et dans la cinquième partie ceux des verreries de Mey sent bal et de Gœtzcnbruck en Lorraine.

(12 bis. )
--------;—=: ces montagnes du sud au nord ; je les quitterai peu , et
Los Vosges. sj j'en sors quelquefois , ce ne sera que pour m'arrêler dans les collines calcaires qui sont au-devant, ou pour faire vers la plaine des excursions, qui m'y ramèneront toujours.
Forge de Vab- C'est au-dehors des Vosges, dans le Sundgaw (1), fort deLucelle. avant tjans ja piajiie, qu'e toit placée la forge de Luceîle, de 1 ,-ica- je prenijer objet dont je doive faire mention , d'après
e -, V TG.
l'ordre que je me suis prescrit. Cet établissement, qui
n'existe plus, étoit auprès de l'abbaye de ce nom qui se trouve à l'extrémité la plus méridionale de l'Alsace, à 11800 toises sud de la ville d'Altkirch et à sept à huit lieues sud-ouest de Hunïngue. Cette abbaye avoit obtenu , au mois de février 1681 (2), des lettres-patentes registrées au Conseil souverain d'Alsace le 24 mai suivant , portant permission d'établir des usines à fer dans ses dépendances. Elle n'a pas joui long­temps de cette faveur : soit que ses bois n'aient pas suffi à leur aliment , soit qu'elle ait trouvé, pour eux des débouchés plus favorables, il y a long-temps qu'elle en a fait cesser le travail.
Martinet de Lucelîe dépendoit autrefois du comté de Ferrette , Redersdorff. cjans lequel nous passons, pour parler d'un martinet établi au village de Redersdorff, distant de Ferrette de 1000 toises , et de Lucelie de 0400 toises N. E. Cet atelier peu important, renferme deux feux, et ap­partient à trois ou quatre paysans de l'endroit, asso-
(1) Le Sundgaw comprend principalement les bailliages de Ferrette, Thann , Altkirch et Landser.
(2)  Voyez le recueil des Ordonnances d'Alsace, loin, i , pag. 100.
cîés

ciés pour ce travail: ils y refondent eux-mêmes de '—.....----------
vieux fers, dont ils font des outils de charrue, et des Martinet de
,                                          i                     -v,              1-1                ■Redorsdoiff.
bandes en paquets pour les roues. Nous n évaluerons pas en détail le produit d'objets aussi peu considéra­bles ; nous les porterons seulement en masse dans le tableau que nous joignons à cette description.
L'usine la plus voisine de ce martinet est la forge Foige de 6e'-de Sépois-le-haut, éloignée de RedersdorfF de 7700 p<>^-le-l».<ut. toises O. N. O. paroisse de Sépois-le-bas, seigneurie de Dattemïed ou de Dell , bailliage de Belfort. EHe appartient à la veuve de Philippe Regard , du même endroit. Elle est affermée pour trois cents livres à Lau­rent Giro et consors. De ses deux feux , l'un qui. sert de renardière et nouvellement construit sans lettres-pa­tentes, travaille de la ferraille qu'on achète à six livres le cent ; l'autre , destiné au martinet, convertit en petit fer, le fer en barres qui provient de l'affinage de la ferraille , et celui qu'on prend à la forge de Sépois-le--bas. La toise de bois de quatre pieds de taille sur six de long et six de haut , y coûte dix livres. Le charbonnier en emploie deux pour la banne, dont on lui paye trois livres de façon , sans compter la voi­ture qui'revient au même prix.
A cinq cents toises N. 0. seulement de la forge Forge de Sé-de Sépois-le-haut., est celle de Sépois-le-bas, paroisse Pols"l<?-bas. du même nom , subdélégation de Dell. Elle appartient à M. Surteau , associé en commandite de M. le baron de Landeberg, seigneur de ce lieu. Cette forge, qui étoit établie avant la réunion de. l'Alsace à la couronne, n'a par conséquent pas eu'besoin d'être autorisée-par lettres-patentes. Elle est composée d'une aflïnerie et

( >4 )
============= d'un feu de martinet : sa fabrication monte à cent
Forge de Se- quatre-vingt milliers à-peu-près. Ses fontes , qu'elle tire
v°la" e" as* du fourneau des Travaux en Franche-Comté, lui revien­nent , rendues sur les lieux, à quatre-vingt-trois livres. Il s'en consomme environ deux cent cinquante milliers. On compte à cette usine treize cent cinquante livres de fonte au mille de fer, et quatorze cuveaux de charbon, dont l'approvisionnement total peut aller à deux cent quarante bannes. La banne, de cent pieds cubes et de douze cuveaux, revient à vingt-quatre livres. Les seigneurs de Marimont et les particuliers voisins fournissent les bois dont on cuit ces charbons ,' pour lesquels on ne brûle que-des fagots xie hêtre et des re-manens de sapins.
Cette forge occupe trois affinenrs forgerons, deux martineurs, deux goujats et un charpentier. Les gros fers se vendoient en 1780 (1), seize livres-le quintal ; les fers martinets ordinaires dix-neuf livres; et la verge crénelée vingt-une livres. En prenant dix-huit livres dix sous pour le tenue moyen des diflerens prix , on trouve que les cent quatre-vingt-cinq milliers de fers fabriqués à cette usine, produisent trente-trois mille liv. à-peu-près. Son débit a lieu principalement dans le Tirol , à Constance, et le propriétaire se propose de l'étendre jusqu'à Cologne : d'ailleurs une partie de ces fers est convertie en outils de charrue. Le maître, qui est sur les lieux, dirige lui-même les travaux. Les bois dans cette partie renchérissent considérablement
(1) Tous les prix que nous établissons dans cet ouvrage, sont ceux de 1785, époque de notre tournée en Alsace.

par leur exportation en Suisse. MM. Chardouilïet et = compagnie , négocians de Belfort, y vendent, dit-on, For^ de Se"
i " i             «i-i           j            'J             . pois-le-ba*.
tant en planches qu'en bois de corde, pr-es de quatre mille toises par an.
Avant d'entrer dans les Vosges, et de suivre cette chaîne de montagnes vers le nord, je parlerai encore de différens objets de minéralogie, qui se trouvent dans les collines calcaires de ce canton, près des usines dont je viens de rendre compte.
^^ quinze mille toises au sud de la ville d'Altkirch , Mine depcnoU» dans le territoire du village de Hirtzbach, qui appar- dc Hlrul)atl» tient a M. le baron de Reinach, on rencontre des sources où surnage abondamment du pétrole noir. Ce village est à quatre mille toises N. N. E. de-Sépois-le-bas ; ces sources bitumineuses se trouvent aune petite distance au sud de Hirtzbach, sur les deux .rivesdu ruisseau nomméOehlbach (1), 11 y a trois ans que Hartmann, habitant d'Altkirch, commença à faire tirer par un puits des pierres de sable à côté de l'une de ces sources, qui est située sur la rive droite du ruisseau. On m'a assuré que ce puits, actuellement rempli d'eau, avoit environ trente pieds de profondeur ; que la pierre de sable que ce particulier en avoit extraite étoit noirâtre, et qu'au moyen de fébullition dans l'eau, on^n avoit retiré du pétrole. L'homme qui avoit commencé cette entreprise, mourut trois ans après.
Les pierres de sable que j'ai vues auprès de ces fon­taines, à la surface du terrain , sont grises , et sentent le pétrole. Je ne doute pas que si Ton fbuilloit, on ne
(i) Ruisseau à huile.

(16)                                                                         ■ -^
===== trouvât des couches de sable ou de pierre de sable* MinedeHiriz- pius mo]jes, assez chargées de pétrole pour y établir
bach.                                     ...              .                        %          .
une exploitation qui pourroit devenir aussi avanta­geuse que celle de Bechelbrunn en basse Alsace, dont je rendrai compte dans la suite de cet ouvrage. Il n'est pas inutile de remarquer qu'en certains temps, l'huile surnage en plus grande abondance sur l'eau de la fontaine. Les gens de Hirtzbach la recueillent alors, et la conservent pour remployer.à guérir les plaies.
Altkirch..         Le bailliage d'Altkirch, qui appartient à M. le duc
de Vaientinois, renferme plusieurs substances bitumi­neuses (1). Nous avons déjà indiqué la distance de la ville-de ce nom au lieu que nous venons de quitter.
Mine de char- Le juif Leysler avoit fait une fouille de trente a qua-bon duRocken- rante toises sur une petite veine de charbon, d'environ
erg près A - ^çux pOlIces d'épaisseur, située à la montagne de Roc-kenberg au Closterwald ou forêt de Saint-Morand, près la fontaine de Waldbruder, à un quart de lieue au sud de la ville d'Altkirch. Cette veine est couverte d'une couche de schiste argileux, sur lequel repose du grès calcaire. Ce travail étoit comblé: n'ayant rien pu'y voir, je me borne à l'indiquer.
M. Lorentz , receveur d'Altkirch , avoit aussi fait effleurer le terrain du côté opposé de la ravine, dans
(i) Ou trouve près d'Allkirch , dans le vallon de Hunf zbach, auprès d'Aschbaeh, une source qui exhale une forte odeur de soufre, ou plutôt fétide. Elle coule sans inîermission , prend son nom du village auprès duquel elle est située, et ses eaux sont réputées salutaires pour les maladies. On en voit «ne semblable à Biotzheim , village qui n'est guère qu'à 5 à 600 toises E. de Huntzbach, et près de Baie. Guerin , de Fontïbus nuilcaùs Alsatia, p. 3 et q.
laquelle

( >7 )
laquelle se trouve la fouille précédente. On en a extrait de la marne noire bitumineuse, dont il s'est ser\i pour
engrais.
Au nord d'Altkirch , et à dix-neuf cents toises, de cette ville, est le village de Luemschwiller, dont M. de Reinach est seigneur? Caspar, l'un des habitans de ce' village, assure avoir trouvé une veine de charbon au- Mit;rd<> J..n-dcssous'de sa maison, auprès de la montagne cTHefujih. hon <{ !^luiî!i-Je n'ai été instruit décote pré.tendue'décou verte qu'après Ct"t{^' <--CJ-mon départ d'Ilefurth (1). Je rn'étois rendu à ce village, Jo]['"'^ ■situé à deux mille quatre cents toi ses au nord d'Alikirch, et dépendant de ce bailliage, pour voir remplacement de fouilles faites aussi sur- du charbon de terre. Elles sont au bas de la montagne de Lételle dans le" ravin nommé hamm ou chemin creux. Les travaux consis­tent en une galerie qui étoit comblée : on m'assura qu'elle avoit près de trente toises, que-l'épaisseur de la veine de charbon n'excédoit pas trois pouces, et qu'elle se trouvoït sous une couche de schiste argileux, épaisse d'un pouce seulement, et recouverte d'un banc degrés calcaire. On a poussé cette galerie sur une heure et demie septentrion. Le charbon étoit,dit-on, d'une bonne qualité, et la puissance du filon n'a jamais varié. On a toujours suivi la même veine, sans sonder la profondeur;
Ici la position des lieux m'oblige de rétrograder un peu, et de me porter à douze mille cinq cents toises au sud-ouest d'Uefurth ,, pour faire connoître
(t) Dans une prairie, près de Rixîieim qui fait partie de la terre de Landser, il y st une fontaine dont l'eau est légèrement salée. Rixheim est distant d'à-peu-près 4a oooo toises vers le N. E, d'Uefurib. Guérin , ouvrage cité , pag. 6.
Partie 111.                                         G

====== plusieurs établissemens considérables, qui sont situés
Forge de au-devant des Vosges. Telle est la forge de Grandvil-
Gvandvillàrs. i         /•- ,.                       »                            .                 -n
Jars. Cette usine, quon rencontre a sept mille trois a. esaet ca- cen(s tojses 5^ £ Je Bel fort, est située sur l'Alain,
demie, nc. 140,
tbi.. 49.             et dans la terre de Grandvillars, appartenant à M. le
marquis de Peseux. Elle est affermée pour là somme de mille deux cent dix-huit livres, et une redevance annuelle de deux quintaux de fer et de cinquante livres de clou à M. Laurent,, de Moyoncourt en Franche-Comté. Celui-ci s'est associé MM. Bouchotte et Stéhélin, avec lesquels il est en grande contestation. Ateliers,             Cette forge consiste en deux affinages, un martinet,
et une tréfilerie de vingt-cinq tenailles établie depuis deux ans sans lettres-patentes. M. krtnarqiïis de Peseux s'éloit obligé envers le fermier de solliciter la permis­sion d'établir celte tréfilerie, qui étoit déjà bâtie. Il s'étoit aussi engagé à faire tous ses efforts pour obtenir des privilèges à cet établissement. On emploie à cette on'e#           usine environ deux cents* milliers de fonte , dont le
fermier prétendoit ne consommer que mille deux cent cinquante à mille trois cents livres au mille de fer. Ses ateliers sont disposés de manière qu'on pourrait y affînercnviron six cent mille livres de fonte. Les gueuses se tirent de Eranche-Comlé , et leur prix d'achat a été, jusqu'en 176a, de 60 livres le mille, auquel il faut ajouter au moins 20 livres (1) pour le transport et les
(t) Suivant une lettre que m'écrit M Noblat, en date du 10 avril 1788,le prix des fontes, tirées de Franche-Comté, a augmenté progres­sivement au point qu'il est aujourd'hui de 90 à 100 livres le millier. Cette observation peut s'appliquera tous les établissemens qui tirent leur fonte de cette province.

( '9 )
droits de sortie de Franche-Comté, d'entrée en Lorraine, = de marque de fer, et encore d'entrée en Alsace. Il t*n résulte sensiblement que la fabrication du gros fer de­vient impossible, parce que la fonte revient trop cher. En conséquence, on est forcé de faire du fil de icv. Pour y parvenir, on commence par affilier la fonte et par étirer le fer en barreaux. Les extrémités de ces bar­reaux ne peuvent élre/ilés: on coupe les deux boiyK. qui font à-peu-près le tiers du- barreau. C'est a\ec ces) *bouts seulement qu'on fabrique , non du gros fer, mais des fers martinets du prix de iqo livres le mille. Les milieux des barres son^onvertis en fil de fer de toutes les proportions, jusqu'aux dix-plomb (i»J. On compte I dix-huit cuveaux de charbon au mille de fer forgé. Le ^cuveau est de trente-neuf pouces'de longueur, de vingt-un pouces et demi de largeur, et de dix-huit pouces trois quarts de profondeur. M. le marquis de Peseux fournit au fermier mille deux cents cordes par au, au prix de oo sous chacune. La mesure de ces cendes est de huit pieds de couche, quatre pieds de haut, sur trois pieds et demi cfe longueur: on en compte quatre à la banne de charbon ; il en coûte 2tf sous pour couper et dresser une corde, et 3 livres de charbonnage par banne. La fabrication actuelle ne consomme guère que six cenls cordes.
Il y amaintenantà.la forge quatre forgerons et quatre
martineurs. La tirerieoccupe environ dix-huit ouvriers :
elle en pourrait employer'quarante. Les forgerons sont
. payés à raison de huit livres du mille pesant onze cents.
(i) Ce nom se donne aux fils de fer de l'un des plus petits calibres.

—----------- La fabrication actuelle en fil de fer à cette usine,
o.ge <e          jt moi,ier £ sept mîHe bottes, de dix livres Tune,
Grandviliars. r                                r                            '                                     7
lesquelles, au prix moyen de quatre livres douze sous, donnent environ 3o,ooo livres de vente annuelle,
. .Contestations , M. le .marquis de Peseux a sollicité la permission ■de faire construire dans ses usines de Grandvillars, la tirede de fil de fer dont nous venons de rendre compte, en -remplacement de c^lle qu'il dit y avoir été ancien* nement établie par M. de l'a Bazinière, aïeul de la dame son épouse, et transportée ensuite à Morviïlars. II a demandé aussi, pour.l'exploitation de cette usine, les prérogatives, exemptions , immunités et autres droits, * '-            dont jouit la fabrique de Morviïlars,et particulièrement
            qu'elfe demeurât exempte des droits qui se perçoivent
sur les fils de fer, provenans de la fabrique, à leur entrée dans le royaume, et à leur exportation. M. le marquis de Peseux a observé que son usine étoit de la plus grande utilité, puisque les fàbricans du royaume ne fournissoient pas à beaucoup près la quantité de (il de fer nécessaire, et qu'on étoit obligé d'en tirer d'Alle-é magne, de Suède, de la Russie, de la Prusse et de la Suisse. La seule ville de Lyon fait venir chaque année au moins quarante milliers de de fer de la Suisse. Il a ajouté à toutes ces demandes celle de la démolition des nouvelles forges de M. Noblat. Le fermier retient même entre ses mains plusieurs canons, pour obliger
____________le Seigneur et ses héritiers à suivre ces différentes con­testations. M. Noblat, seigneur de Morviïlars, assure de son côté qu'il n'a jamais existé à Grandviliars une usine en fil de fer; que la tirerie, les renardières et martinets de Morviïlars ont été établis au commencement de ce

t                            ( 21}
siècle par M. de la Bazinière ; que le premier bail de ■■ .la tirerie, passé en 1712, qui justifie de cet établis- ForS*' de sèment, constate en même tems qu'il y avoit à Grand- Grandvillars-villars de? forges et martinets, et point de tirerie à y fil de fer; qu'en 1718 et 1729, on y plaça quelques tenailles ; que ce ne fut qu'en 1732 , que M. de la Bazi­nière eut recours au gouvernement, et obtint des lettres-patentes , dont la teneur prouve que la tirerie étoit établie à Morvillars,etne le "ruTjâmais à Grandvillars-; que, par un partage du 27. janvier 17S9, il échut à M. le comte de Vidampierre la terre de Morvillars, ainsi que la tirerie dépendante de cette terre, avec les privilèges, franchises et exemptions accordées par les lettres-patentes de i?32 ; queTextrait de lacté prouve ce fait ; que le contrat de la vente faite à M. Noblat, le 3 avril 1709, porte nommément celle de la tirerie à fil de fer, avec les privilèges et exemptions accoudés à cette usine, qui passeront au profit de l'acquéreur; que cette partie est un des objets les plus considérables de la vente, puisque la tire ri e est entrée dans le prix pour 66400 livres , qu'enfin M. de Peseux a accédé lui-même au contrat, et la garanti dans son étendue, ainsi qujl est aisé.de s'en convaincre par l'extrait de cet acte. KÎTNobJat prétend aussi que les usines ù iil de fer, établies dans les différentes provinces du royaume, sont plus que suffisantes pour le besoin de l'intérieur, et que si nos négocians en tirent encore de l'étranger, c'est pour leur faire passer les. mers ; que, par conséquent, il ny a plus lieu d'accorder de nouvelles exemptions, puisque celles dont jouissent les usines de M. Noblat, ne leur ont été octroyées que parce quelles étoient le

Forge de Grandvûtlars.
premier établissement de ce genre dans le royaume. Eu conséquence de ces dilférens moyens, M. Noblat a formé opposition à la demande de M. te marquis de Peseux, et Taifeire est liée au conseil.
A la distance de deux mille cinq cents toises N. O. de l'établissement dont je viens de rendre compte, et à cinq mille trois cents toises S, E. de Belfort, sont situées les forges de Morvillars, paroisse du même nom, subdélégation de Belfçrt. Elles appartiennent à M. Noblat, qui les a acquises, comme nous venons de le dire, par contrat du 3 avril 1759. Cette usine a été originairement établie sans autorisation positive du gouvernement: son premier titre est un arrêt du conseil, du 3 juin 1732, revêtu de-4#ttr£Srpatentes du 4 août suivant, dont le dispositif suit: » A ces causes, de » l'avis de notre conseil, qui a vu ledit arrêt du 3 juin » dernier, dont l'extrait est ci-attaché sous le contre-» scei de notre chancellerie , nous avons, confbrmé-» ment à icelui , ordonné, et ordonnons par ces pré-» sentes, signés de notre main,qu'à l'avenir, les fils de » fer de la manufacture de l'exposant, établie à Morvil-» îars, seront et demeureront exempts de tous péages » à nous appartenais, en Alsace. Franche-Comté et » Trois-Évêchés, ensemble de tous droits dépendans de « nos fermes, à condition que lesdits fils de fer, des-» tinés pour entrer dans le royaume , ne pourront y » entrer que par les bureaux de Sainte-Menehould, « Saint-Dizier, Nettancourt, Faybilbt, Bourbonne , » Pontaillé et Auxonne ; qu'ils seront mis dans des fu-« tailles , marquées d'une marque à feu de l'exposant, » dont il sera par lui déposé une empreinte dans chacun
Forge de Morvillârs.
Titres.

( . «3 )
» desdits bureaux; et. encore à condition que Iesdites ■ ■■ . — » futailles seront accompagnées de certificats de l'ex- For^i- de
3                , ,           .                   . . - , Morvillars.
» posant, ou de ses préposes, qui seront vises par le » commis du bureau des péages établi audit lieu de »' Morvillars, portant que les quantités de fil de fer » contenues dans les futailles ainsi marquées , provien-» hent de ladite manufacture, lesquels certificats seront « remis dans les bureaux ci-dessus désignés, pour, » iceux rapportés, être du montant desdits droits tenu » compte à l'adjudicataire de nos fermes, sur le prix » de son bail; et encore à la charge par l'exposant, » d'entretenir trente ouvriers travaillant dans ladite ma-» nu facture. Enjoignons aux sieurs intendans et com-« missaires départis pour l'exécution de nos ordres » clans la province d'Alsace, de tenir la main à IVxé-» cution dudit Arrêt et des Présentes. Si vous mandons, » etc. Donné à-Versailles, le quatrième jour du mois >5 d'août, Tan de-grâce mil sept cent trente-deux..«
» Registre es registres du conseil souverain d'Alsace, » suivant l'arrêt rendu en icelui, le 3o août 1732.. Colla-» lionne, signé le Febvre. « Au bas de l'arrêt se trouve l'ordonnance de M. l'intendant d'Alsace, pour l'exécu­tion dans" cette province dudit arrêt et des lettres-patentes, selon leur forme et teneur.
Un second arrêt du 27 janvier î?33, rendu sur requête, a ajouté aux bureaux désignés par l'arrêt clu 3 juin 1~32, ceux de Cuiseau et de Longe-pierre, par lesquels les fils de fer de la manufacture de Morvillars pourront passer en exemption de droits, de même que par les bureaux désignés, en observant, par le proprié­taire de cette manufacture, les mêmes formalités, et aux

Forges des Morviliars.
(H)
mêmes charges, clauses et conditions que celles portées audit arrêt du 3 juin iyo2. Cet arrêt a été revêtu de let­tres-patentes, le 9 mars 1733. Les fils de fer de ladite manufacture passent également en franchise des droits, à la sortie du royaume pour l'étranger, par décision du conseil du 10 février 1761. Enfin un dernier arrêt sur requête, en date du 23 juin 1772, » permet au sieur » Noblat d'établir dans sa terre de Morviliars en Alsace, » des forges , fourneaux, usines, et de former tous » autres établissemens propres à la fabrication Vies .» aciers, pour employer les bouts de barreaux quc^n » ne peut mettre en verge, et les bouts de verges qu'on » ne peut pousser en tirerie, sans que ledit sieur Noblat » puisse être assujetti à aucun droit, pour raison des » aciers provenant desdits établissemens. Voulant Sa » Majesté, que les lettres-patentes des 4 août 1732, et » 9 mars ij?j'*U portant que les fils de fer des manufàc-» tures du sieur Grandvilfars, seront et demeureront » exempts de son péage et autres droits à elle apparte-» nans, soient exécutées selon leur forme et teneur pour » les aciers qui proviendront des usines du sieurNoblat, » aux charges et conditions y exprimées. «
II y a en tout à cette usine vingt-deux tournans. Elle est composée de deux feux d'affinerie, destinés à fabriquer quatre cents milliers de fer en barreaux, pour alimenter la tirerie et d'un feu de martinet servant à réduire les barreaux en verge de tirerie. Comme les bouts des barreaux ne sont pas propres à faire du fil de fer, ils emportent un quart de diminution sur la totalité; reste trois cents milliers, dont il faut encore soustraire le tiers pour le déchet; ainsi le produit en fil de fer
assorti,
Ateliers.

( =■■; ) . . ■
IL
assorti, n'est annuellement (pie il: deux conis milliers. --■.-___-........;.^
On voit à cette manufacture deux grands bâumens , For,u<> <ir dans lesquels sont renfermées les lireri.es, qui coniieu- ' on\ nent cinquante tenailles, l! va aussi une clouterie vt mie chaînerie, composées de dix ateliers; usines destinées à consommer les bouts et rebuts d'un martinet, qui devoit fabriquer les outils de toute espèce . que Ton lire de l'étranger; niais il ne rouloit point encore en i?<>.>, et l'on n'a fait aucune des dispositions nécessaires pour le mettre en activité. Un autre martinet devoit aussi fabriquer des aciers de cémentation, d'après l'enga­gement que M. Noblat en avoit pris par la requête, sur l'exposé de laquelle il obtint l'arrêt ci-dessus rap­porté. M. Noblat s'étoit aussi proposé de monter une fabrique de limes ; et d'après des états par \\ii remis à M. l'intendant, elle devoit être composée d'une roue propre à faire agir cinquante marteaux ensemble et autant de rabots, disposes de façon à-fabriquer par jour '■         ^ .
cinq cents limes de différentes qualités, I/artisîe. qui devoît entreprendre cette machine, avoit, disoit-on, acquis ses connoissances en Angleterre , où il avoït travaillé vingt ans. On devoit construire aussi des fours à réverbère pour le service de ces nouvelles usines, qui n'existent pas encore.
Après avoir parlé des titres de cette usine, détail- Droits qu'elle Ions maintenant les objets de sa fabrication. Les fonte? ac(lulllc: se tirent de Franche-Comté. On en consomme par <u\ environ cinq cent soixanlemillc livres pesant. Elles paient les droits suivans; savoir au bureau de Ronchamp , en-sortant de la Comté, par quintal, la somme deJ sous 6 den. Les dix sous pour livre, 1 sou 9 den. L'entrée
D

=•--—---== d'Alsace par quintal, S sols. Ensemble 10 sols 3 de-l-or»e de niers (i). On paie en outre au bureau de Ronchamp,
Mot-1, iilat'5.                                |             i '/- î •                   i                     , i. .
un acquit de 7 sols 6 deniers par chaque expédition. M.Noblal sollicitoit la suppression des droits de sortie de Comté et d'entrée en Alsace, sur les fontes qu'il tire de la première de ces provinces.
Boisetcliarbun, La consommation en charbon de ces forges va à quatre cents bannes. Celle en bois monte à seize cents cordes. La corde est de huit à neuf pieds de couche* quatre pieds de haut, sur trois pieds et demi de longueur ; .mais si Ton parle de-cordes char­bonnières, il n'en entre que deux et demi, ou.tout au plus trois-cordes dans la banne, composée de douze eu veaux. Cette banne revient environ à 10 écus.
(1) Voici un étal di's droits que paie aujourd'hui M. Noblat , et qu'il m'a envoyé par sa lettre,1 que j'ai citée plus haut. "Voyez ci-dessus ? pag. 18.
Péages et Droits,
Que sz/pportr Vusint de 'Monilutrs pour ses
approvisionemois et j abri cations.
Savoir:
liv. sous.
Sur les charbons , entrée d'Alsace par voiture , le
double que ci-devant , ci......................... r
Sur les fontes, sortant de Coaité, par                       \
millier, ci....................-••- 3                  C 5 10
Entrée d'Alsace, ci.............. 2 10           >
Les fils de fer , tous destinés pour Paris et Lyon, en
rentrant , paient pour marque de fer , ci............ 12 io
Autres droits , ci.........,................... s6
Ils paieat de plus , pour droits de Parisy ci, ...... 28
II en4|j|ulteque les charbons, et les fontes converties en fils , paient un double droit.

La fabrication du lil de 1er est de (kux. cents milliers ou de vingt mille bottes ; ainsi en prenant 4 livres 12 sons pour prix moyen, il s'ensuiuoit que Morviliars vend par an pour 0.2,000 Ii\rcs de (il de îèr (.1).
Les difierens ateliers emploient cent vin^t ouvriers, Ouvrirr» et avec les femmes et les cnfàns, ce nombre s'élève %à deux cent trente-quatre. Ici , comme à Grandviilars, les forgerons sont payés à raison de o l:\res le mille de fer de onze cent*-pesant.
La rivière'-d'Alain, qui traverse les seigneuries de Grandviilars et de Morvïllars , fait rouler les usines dont nous venons de parler. Les habitais de Grandvil-lars ont fait sur cette rivière des entreprises , qui gênent le cours des eaux, et qui font un tort considérable aux usines. Les seigneurs ont fait des réclamations , et la cause est liée au conseil souverain d'Alsace.
(1) Je crois uîile de placer Ici une copie du larif,  imprimé'des dif­fère n s prix des fils de fer, pris au magasin de Mon il Jars. La boîte de dix livit» pesant :
Siv. so.us,.la botre.
N'\ 1 et 2...........................     6
3 et 4...........................     5 1-
5 et 6...........................     5 5
7 et 8.......................,. . .     5
9 et 10......... . ..,......-. .......     4 j5
11 et 12................ ...........    4 j
i3 et 14...........................    4              ;
iS et 16........................T. .     3 10
17 et 18____.........'....,■.........     3 5
Ï9 et 20.......... ,___..,...,.,.,,     3
21 et 22.....................___, ..     i ï5
Passe-perle )
ii cinq-plomb ?■..................,...........     (y t0
au plus fin. *

( 28 )
—" M. Nobîat est obligé d'avoir recours à la Franche-orge de Comté, pour une quantité de deux ceaLs voitures*de
Morvillars.                          l                    l                                    ?         '
charbon par an. Suivant le tarif et le jugement con-•Co:itc«taiîons. tradicloire de M. Dangeviliers, du 19 février 1718, il a payé jusqu'à présent pour le droit de péage, qui se perçoit à l'entrée de l'Alsace, par la-ferme générale eu régie pour le compte du Roi, douze creulzer par voiture, prix.qui fut alors proposé par le fermier au lieu de cinq pour cent de la valeur des marchandises, ce qu'on a constaiimient suivi depuis.
Le directeur des fermes de l'Alsace, pour faire augmenter ce droit, a argumenté du même jugement, portant que , conformément a l'article sixième du titre premier de l'ordonnance de 1687 sur le fait des cinq gros­ses fermes, les droits du Roi sur les Çgharbdris venant de Comté en Alsace , seraient payés â^Paison de cinq pour cent de la valeur, suivant l'estimation qui seroit faite de gré à gré par les commis du fermier et les mar­chands ou voituriers intéressés, et, en cas de contes­tation , par gens à ce connoissans dont les parties con­viendraient, sinon, qui seroient nommés-d'office par un des magistrats ou gens de justice . notaire ou autre personne publique du lieu le plus prochain; si mieux rfaimoient lesdils marchands ou voifuriers, suivant les offres iluclit fermier, payer les droits sur les charbons sur le pied de douze creulzer par charrette réglé pour les échaias. par le tarif de la ferme. Fn interprétant ce jugement, la ferme générale, évaluant la banne de charbon à quatre cordes de bois, exigea pour chaque voiture le quadruple des droits qu'on avoit payés jus­qu'alors, et même depuis l'ordonnance de M. Dangeviliers

jusqu'au moment actuel, les commis uvoient ordre, lorsqu'on ifaccédôk pas à leurs demandes, de faire des évaluations, auxquelles il étoit difficile qu'ils enten­dissent quelque chose, et ils se fuisoient payer cinq pour cent d'une valeur qui varioit à leur gré. Cette méthode ne pouvoit subsister, parce que les voitures n'ont pas toujours les douze cuveaux qui forment la banne , et que les voituriers n'étant munis d'aucune lettre de voiture , ce n'est qu'à l'usine même et par le mesurage qui s'y fait, qu'ils savent la quantité de char­bon qu'ils ont chargée. La banne avoit jusqu'à présent toujours été confondue avec le chariot, et n'avoit jamais payé au-delà. M. Noblat demandoit à être maintenu dans cet usage. Il représentoit encore que l'augmenta­tion ne tomberait que sur lui : que les forges de M. le duc de Valentinois étoient exemptes de tout droit, quoiqu'elles tirassent de Comté plus de deux-mille ban­nes de charbon. En 1786, M. le Contrôleur-général décida en confirmant le jugement de M. Dangevillers, que le droit d'entrée seroit porté à i3 sous, 4 deniers, en attendant que la mesure des bannes fût imperturba­blement fixée.
Outre l'affaire pendante au conseil, entre M. Noblat et M. le Marquis de Peseux , dont nous avons rendu compte à l'article de Grandvillars , le propriétaire de Morvillars, en a encore une à soutenir contre M.Dubon, fermier des domaines, forges et fourneaux du comté de Belfort et autres terres et seigneuries, appartenantes en Alsace à M. le duc de Valentinois et ci - devant à madame la duchesse de Mazarin. Ce fermier attaqua M, Noblat sur les nouveaux établissemens ajouiés à

(3o )                         ,                    '■ . . '
t-----------.■== sa tirerie de Morvillare , parce qu'ils portoient, disoit-
ïorge de jj ^ |e plus>ranJ préjudice aux forges et fourneaux de madame de Mazami..tant pour les bois dont ilsaugmen-toient le prix, que p.r la concurrence qui écrasoit les forges du comté dé Belfort. M. Nohlaî, pour éviter toute espèce de difficulté » signa le 3i juin 1767 , avec madame la duchesse de Mazarin , dont M. le duc de Valentinois tient ses droits, une transaction qui anéantit toute contestation , et par laquelle il s'engagea, tant envers madame de Mazarin, qu'envers son fermier, à ne vendre ni faire vendre aucun fer marchand, pro­venant de ses usines, à peine de tous dépens, dom­mages et intérêts. M. Duhon attaque aujourd'hui cette transaction, et la soutient nulle, comme avant été faite sans sa participation, et pour des objets qui l'intéressent personnellement tant que durera son bail. Il avance de nouveau que M. Noblat n'a pas eu le droit de former ses différens établissemens , qu'ils sont contraires au vœu de l'arrêt du Conseil, du 9 août 1723: >■> Qui fait » de très-expresses défenses à toutes personnes , de » telle qualité et conditions qu'elles soient, d'établir » aucuns fourneaux , forges , martinets , et de faire une » augmentation quelconque de feux et martinets, si-» non en vertu de Lettres-Patentes dûment enregïs-» trées, à peine de démolition desdites usines, augmen-» tation de feux et martinets, de oooo liv. d'amende, » et de confiscation de tous les charbons et approvi-» sionemens destinés à leur exploitation. « II reproche encore à M. Noblat de#n'avoir point rempli les enga-gemens qu'il avoit pris par sa transaction ; il prétend que, loin de débiter le fer en moindre quantité, M. Noblat

(3, )
l'a donné à 17a livres le millier pour discréditer les forges voisines qui le vendoient 190 livres. En couse- iorpr <!t'
. , TA ,                                                                     ,                ,                       Moi viiiar».
quence, M. Dubon est intervenu par re<]uete en la cause pendante au Conseil entre M. NoMat et M. le marquis dePeseux.. requérant la nullité de la transaction, signée Je 31 juin 1767, par madame Li duchesse de Mazarin et M. Nohlal « e! demandant que ce dernier fût condamné à démolir tous ses nouveaux établissemens, et a 00,000
_______-__________________               s
livres de dommages et intérêts.
M. Noblàt oppose que le fermier de madame de Mazarin et de ses ayant cause rTa point de qualité par * . rapport à lui, et que, s'il & croit lésé, il a son recours contre M. le duc de ■ VaJentinois , actuellement aux droits de madame de Mazarin.
A la suite de îa description de plusieurs établisse- Fabrication du mens, où l'on fabrique "le fil de fer, j'ai cru devoir faire fil (i('{l'' Frkt:-rnention de quelques améliorations introduites dans ce genre de travarrr-amélionitTons dont le détail n'est pas encore compris daiîs fart de réduire le fer en fil, connu sous le nom de fil d'archal, décrit par M. Duhamel du Monceau et qui fait partie de la collection des arîs et métiers, publiés par l'Académie.
Le succès des tireries de fil de fer établies à Mor-villars a réveillé l'industrie de tous Ïqs artistes. Sept tireries actuellement en pleine aefinté dans le comté de Bourgogne ont toutes été modelées sur celle de Morvillars. On doit rendre justice à FintelIiiTence, avec laquelle M. Fleur, Tun de ces artistes, a dirigé ces divers, établissemens: c'est à lui que nous devons les observa- • lions suivan les.
Dans certaines usines., au lieu de fabriquer la verge ;

====== au martinet, on passe les barreaux à la fenderie. Cette
Fabrication méthocje est nuisible en ce qu'elle coupe et détruit le er* nerf du fer. Ainsi fendu, il devient cassant, et ne peut soutenir l'effort de la tenaille sans faire beaucoup de bouts, ce qui cause un déchet considérable (1). Il n'est pas possible de fabriquer au martinet, en si petite verge, des barreaux mal travaillés et mal soudés à la forge ; et l'on n'en trouve que trop de cette espèce, quelqu'attention que l'on apporte au choix. Ceux qui, dans le nombre, se rencontrent les mieux soudés et les mieux travaillés, ne peuvent être forgés en si petite verge dans toute leur longueur ; il en faut couper un à deux pieds de bouts écrus : ces morceaux deviennent fer de rebut, et diminuent beaucoup de valeur. D'ail­leurs , en réduisant le fer à un si petit calibré, il en résulte une--grande quantité de verges écrasées? qui ne peuvent servir aux tireries. On ne peut en repasser qu'une partie au martinet ; le reste se vend à vil prix aux cloutiers.
Un millier pesant de barreaux ne peut donner tout au plus que six-cents livres de cette verge propre aux tirerie^nçncore faut-il qu'elle soit forgée bien juste et bien égale, ce qui est fort rare, parce que les soubre­sauts y mettent obstacle, et sur-tout parce que les ouvriers négligens ou inattentifs n'ont pas soin de tenir leur ordon en état : d'ailleurs, il faut recuire trois fois
(i) Sans doute il vaut mieux fabriquer, les verges au martinet; cependant ces verges crénelées , forgées, pour ainsi dire, en octogone de quatre lignes, donnent ^mssi beaucoup de déchet. Je ne sais trop ce qui empécheroit de fabriquer de la verge ronde , estampée au mar­tinet, "au lieu de la verge octogone, dont la forme -.doit nécessaire­ment, dans la méthode ordinaire, endommager les filières.
cette

(33)                                 ■••
cette verge et la passer six fois par la filière avant qu'elle soit réduite au n°. vingt-quatre, c'est-à-dire, à quatre
.. ■             4 ,. ,                .                   7 r <                          *             • -i du hl ue 1er.
lignes de diamètre; encore Je fer a ce numéro nest-il pas bien rond, et souffre-t-il du déchet à chaque recuit. Pour obvier à cet inconvénient, M. Fleur fait forger sa verge crénelée à six lignes de diamètre. A cette grosseur, le fer s'écarte beaucoup moins; on forge dans toute ' leur longueur les barreaux dont on n'est-plus obligé de retrancher les bouts; il y a une moindre consomma­tion de charbon , et il en coûte moins pour* la main-d'œuvre, l'entretien et les outils. Pour fabriquer le fil de fer avec cette verge, M. Fleur a un procédé quiVest employé dans aucune tirerie connue: il a imaginé une machine qui accélère la fabrication , adoucit la matière et diminue les déchets, les bouts, la consommation du suif et le nombre des recuits. Une verge épaisse de six lignes, longue de ^quinze pieds, s'alonge jusqu'à trente sans qu'on soit obligé de la recuire. Pour amener au même point une verge de quatre lignes par la filière et la tenaille, il auroit fallu six opérations; ici Pou n'en fait qu'une seule qui épargne bien des frais. Elle donne au fer une force égale dans toute sou étendue, et il en résulte que celui-ci passe par la filière sans faire de soubresauts. A tant d'avantages , elle unit celui d'é­pargner la rupture fréquente de la tenaille. Six ouvriers aidés de quelques enfans, alongent en vingt-quatre heures six milliers de fers de six lignes dé diamètre , tandis que quatre hommes, occupés à la tenaille, tirent tout au plus, dans le même espace de temps, cinq cents livres de verge de quatre lignes de diamètre. M. Fleur, d'après l'ordonnance du Roi. du 28 décembre 1777. iPartie 1JL                                           E

34
== qui ofFroit tant d'eocourageniens à l'industrie nationale, ion . se crut obligé dé communiquer son procédé à l'adïni-
du fil de fer.            , ' .          , r . . . ,, ., , ,               , . , ;,
mstration. V oici le détail de la .machine dont n se sert pour l'exécuter.
Cette machine comprend quatre cages de fer, dans chacune""disquettes sont établis7 deux~7^7lîn3resJT~clïà77 cune de ces cages produit alternativement des effets con­traires; dans la première, le fer, en verge de six lignes, bien chauffé , est passé entre deux cylindres unis , qui Falongent et l'aplatissent. Il acquiert par ce "moyen sept lignes de largeur, sur trois seulement d'épaisseur. On le retire de là pour le faire entrer dans la seconde cage, entre deux cylindres à entailles, où il devient rond et3reprend un diamètre d'environ six lignes. Aussitôt on le passe dans la troisième , entre deux cylindres 'unis, "qui de nouveau l'aplatissent. Alors il acquiert cinq lignes de largeur sur deux d'épaisseur. Enfin on le fait entrer toujours de la même chaude dans la qua­trième cage : on l'y dispose, de sorte que le côté plat soit en haut. Les deux cylindres à entailles l'arrondis­sent parfaitement, il prend quatre lignes de diamètre, et donne un fil de fer au numéro vingt-quatre. Il acquiert une fois autant de longueur que lorsqu'il étoit en verge, et se façonne avec les avantages détaillés ci-d< Cette machine est , comme on le voit , très - peu compliquée ; elle entraîne peu de dépenses ; il faut seulement recharger les cylindres , qui sont faits de fer trempé en paquet ; encore cette opération n'est-elle pas fréquemment nécessaire. On peut, avant de la répéter, passer une centaine de milliers de ces verges de six lignes. Depuis plus de quinze ans M. Fleur fait

(35)
usage de cette machine. Sans avoir eu besoin d'aug- = inenter le nombre de ses tenailles, sa fabrication s'est accrue de près de moitié. Les bouts et les rebuts ont diminué des trois quarts : en On la consommation du suif a été réduite dans la même proportion.
M. Fleur propose encore plusieurs autres moyens de perfectionner la fabrication du fil de fer. Il voudrait qu'au lieu de se servir de tenailles, ou d'un marteau de bois pour épailler le fil de fer, on_put employer les tourni­quets. Les tenailles à épailler se dérangent journelle­ment ; elles sont d'un grand entretien, et corrompent le fer en le mordant trop. Le marteau de bois le cor­rompt encore davantage. Il le détruit et l'estropie. De­là le volume des bouts et la quantité de déchets, sur­tout lorsqu'on tire le fer jusque dans les fins numéros; les tourniquets n'ont aucuns de ces inconvéiiiens.
Neuf lignes de fer et trois lignes, d'acier superposé, composent les filières qui ont par .conséquent une épais­seur d'un pouce, et que dans l'usage actuel on fait rou­gir plusieurs fois pour les percer. Pendant qu'elles sont > sur l'enclume, un ouvrier tient un gros poinçon, qu'un autre ouvrier, souvent aidé d'un second , enfonce à grands coups de masse. Cette opération se répète douze à dix-huit fois; à chaque fois il faut rapporter la filière au feu. Ces chaudes multipliées l'altèrent, la décompo­sent ^ et l'acier perd sa qualité. La filière ne vaut rien ou dure peu , parce qu'elle n'a pas assez de force pour résister au frottement. Pour remédier à ces inconvé-niens, M. Fleur a imaginé une autre machine. Un tour à eau fera mouvoir plusieurs poinçons, qui joueront tous ensemble. Ces poinçons perceront le fer de la

( 36 ) ■
=r=^==r==r filière à froid, jusqu'à ce qu'ils rencontrent l'acier; alors F-ihrïc^oit comme il n'y aura plus à trouer que l'épaisseur de trois lignes, un ouvrier pourra, à l'aide de quelques petites chaudes, achever l'opération. D'une main, il frappera à petits coups, en tenant le poinçon de l'autre.. L'acier nl'aura rien;~përdïf cfe sa qualft^îa ÏÏÏÏèi e né sera pôîn'F" fatiguée; ses trous résisteront au frottement du fil de fer, qui se trouvera de grosseur égale dans toute sa longueur. Ce tour pourra s adapter à quel qu'autre, qui fera mouvoir d'autres machines. Par-là on épargnera encore du char­bon, et cette considération est de quelque poids.
Les fontes, pour le fer que Ton destine à être con­verti en fil, ne doivent être ni blanches ni trop noires, mais d'un gros grain, gris, clair et mêlé. Il faut que le fer qui en provient soit doux, nerveux, ductile et compacte. Pour .qu'il ait toutes ces qualités , il ne suffit pas que la matière première soit bonne ; il faut aussi qu'on l'ait préparée avec tous les soins conve­nables , c'est-à-dire, que le fer soit beaucoup mieux affiné que celui qu'on destine au commerce. On n'ob­tient pas d'une forge étrangère l'attention suivie qu'e­xige une fabrication aussi parfaite du fer; et c'est pour cela qu'il est de la plus grande importance pour tout propriétaire de tréfilerie, d'avoir une forge attachée à son usine.
M. Fleur a fait construire aussi une fenderie mue par une seule roue à eau. Je me souviens d'avoir vu , dans l'atelier du maître fendeur des forges des Ardentes, près Châteauroux en Berry, un modèle parfaitement bien fait, d'une fenderie mue également par une seule roue. . Toute la cage devoit être en fer de fonte. La roue de la

(37)
'machine de M. Fleur sert également pour les rouleaux......■ ■ a=
aplanissari's et tes trousses des taillans; elle est montée FahHt.Mi.m sur un arbrefqui, n'ayant que huit pieds de long, ne ol> ' C:' tll- -pénètre pas fort ayant dans l'intérieur du bâtiment ; à l'extrémité de cet arbre, sont placées deux cages de fer,
fixées sur mie pièce de bois , longue de six pieds, large ._ . :___
de deux et demi. épaisse d'environ un pied à l'un de ses bouts, et d'un pied et demi à l'autre. Ces cages sont un peu plus grosses que celles des cylindres à iil de fer, dont nous avons parié, mais leur construction est la même. Les taillans sont dans Tune de ces cages, et les rouleaux dans l'autre : tout se meut par la seule force de la roue. Lorsque la bande de fer est aplatie, l'ouvrier, qui reçoit le bout sortant, le porte sur le champ entre les trousses des taillans. Il nVst pas obligé ■ de passer de l'autre côté des cages, et n'a à faire qu'un pas.en.arrière. Quant au reste du procédé. il<«fet abso­lument conforme à ce qui se pratique ordinairement. On peut, quand on le désire, ne faire que des cercles. Il suffit pour cela de substituer aux taillans des rou­leaux plats. Jusqu'à présent il y avoit eu, dans toutes les fènderies, deux roues, et par conséquent deux courans d'eau. La machine de M. Fleur n'en demande qu'un. Nous invitons tous les propriétaires à adopter cette machine. Celui des deux courans d'eau qu'elle leur épargnera, leur servira très-utilement à l'établissement d'une se­conde usine.
Après cette digression, nous allons faire l'histoire des Fourneau de usines et des minés du comté-de Belfort. L'établissement c de cette terre le plus voisin des forges et tréfileries de Moryillars, est le fourneau de Chatenois, qui ne

( 38 ) = s'en trouve éloigné que de deux mille cinq cents toises
Fourneau de £ l'ouest. La paroisse de Chatenois dans laquelle il est situé, dépend du comté de Rosemond , et ce village est à quatre mille sept cents toises S. de Belfort. Il dépend des -domaines de M. le duc de Valent!nois, dont iVÎ7~DuKôTT esr fermier. Son "produit"ibuTTritrerr partie à l'aliment des) forges situées à Belfort même, dont nous parlerons yaut-à-flieure. Les eaux qui meuvent les soufflets de œïnburneaux, sont celles de la Savou­reuse ou rivière d'Oye (i), qui passe auparavant aux forges de Belfort. Mine de fer Ce fourneau tire sa mine du propre finage de Chate-
-deChatenois. nojs ? mais elle y devient tous les jours plus rare; le minéral y esUiispersé en grains arrondis et assez menus', dans de l'argile qu'on en sépare au moyen du lavage ; on en fouille une petite quantité par des puits, mais la majeure partie se tire en superficie , car la mine s'y irouve presque toujours immédiatement sous la terre végétale ; elle est moins riche et moins chaude que celle dont on se sert à Belfort, et par conséquent*' plus difficile à fondre. Cette mine se paie à raison de quatre livres dix sous le cuveau de cinq cents livres pesant, de vingt-un pouces de largeur moyenne, sur dix-huit pouces de hauteur; on compte dix cuveaux au mille de fonte, de manière que le fourneau en consoiïîme annuellement à-peu-près 9000 à 9900. Pour sup­pléer à'la rareté des mines de Chatenois, on a corn-Mine de fer de mencé des travaux à Fesch-lVglise, village de la sei-
Fesch-l'eghse. gneurie de Dell ou de Dattenrieth , situé à 5i.5o toises
(1) On lui donne ce nom dans le pays, parce qu'avant d'arriver à Belfort, elle traverse le Vaï-d'Oye.

au sud-est deChalenois; la mine y est d'aussi bonne
Fourneau
qualité qu'à Rope, dont nous parlons ci-dessous(i). et s'y trouve à la même profondeur; comme à Rope, les eaux y nuisent beaucoup à l'extraction.
Chaque année le fourneau consomme environ douze cents bannes de charbon. La banne est composée de-douze eu veaux ; le eu veau est long de trente-sept pouces, large de vingt* et il 2u aussi vingt pouces de profondeur. On en brûle quatorze ou quinze par mille de fonte. Pour former une banne on compte quatre cordes de bois de quartier, de huit pieds de couche , sur quatre de hauteur, la huche de trois pouces et demi de long; il en faut-cinq lorsque le bois est tout eji rondins.                         ...                                    ....
Ce fourneau roule ordinairement dix à onze mois lorsqu'il n'y a pas d'accidens. II coule communément deux gueuses par vingt-quatre heures , ce qui produit quatre-vingt-dix milliers cte fonte par mois, et neuf cents à neuf cent quatre-vingt-dix milliers par an. On compte à ce fourneau , outre le commis chargé de sa direction',. cinq ouvriers, savoir, un fondeur, un sous-fondeur, deux chargeurs et un livreur de charbon , indépen­damment du maître mineur, et des voituriers pour les crasses. Les ouvriers sont à gages fixes : le fondeur Ouvriers. a trente - six livres ; le sous- fondeur vingt- une livres ; les deux chargeurs ont chacun vingt-sept livres ? et le livreur vingt-une livres. Les opérations du fourneau de Chatenois sont intimement liées à celles de la forge de Belfort, dont il est une dépendance, et que nous allons décrire.
(i) Voyez la table , au mot 'Rope.

(40)
--           = Celle-ci n'est éloignée de ce fourneau que de 4800
Forges trt four- toises au nord, et seulement d'un quart de lieue de
la ville cie Belrort, même paroisse. Elle est adossée a
l'étang le plus étendu de la province; M. le duc de
Titres.         Valentinoïs en est propriétaire, en vertu des lettres du
don, fait originairement par le roi, à M. le cardinal de
Mazarin , en î65o., de tous les fourneaux et forges
situés dans l'étendue des comtés de Ferrette , terres
et seigneuries de Beîfort, Dell, Thann , Altkirch,
Isenheim, etc. ,_, ■
Un arrêt du conseil de 1668, accorde différens pri­vilèges à la forge de Belfort. Les charbons qu'elle tire de la Franche-Comté, sont exempts de tous droits de péage, et les fers qu'elle fabrique, jouissent.du même privilège.
Fabrication du Le fourneau de Beîfort est situé près des fortifications fourneau. ^ ja vjjje> 5a fabrication et sa consommation sont égales à celles du fourneau de Chatenois, c'est-à-dire, qu'il rend neuf cents à neufcent quatre-vingt-dix milliers de fonte par an , pour lesquels il consomme de même environ deux cents bannes de charbon. Il tire sa mine Mines.         des territoires de PfaH'ans, Rope, Egueningue, Chè-
vremont, d'Anjouîin, Veselois , Pérouse et Leupe. Tous ces villages ne sont situés qu'à une lieue ou une lieue et demie de la forge. La mine de Rope etd'Egueningue, est très-riche et de la première qualité ; on la paie à raison de quatre livres quinze sous le cuveau de cinq cents livres pesant.Nous parlerons plus au long de ces mines lorsque nous aurons achevé de donner le détail de la fabrication des forges de Beîfort.
Il faut dix cuveaux de mine pour produire un millier
de

)
de fonte; ainsi le fourneau de Bel fort convertit en Ion te -
à-peu-près neuf mille à neuf mille neuf cents cuveaux
t four­neau de Bdfort,
de mine par an. Il y a autant d'employés et d'ouvriers qu'à celui de Chatehois, et ils y sont payés de même. . Le fourneau de Belfort éprouve un accident qui nuit beaucoup à son roulement, et diminue son produit. Le lit de la rivière de Savoureuse est si engorgé dans cet endroit, que la moindre crue d"eau occasionne des débordemens, qui non-seulement suspendent le travail de ce fourneau , mais endommagent aussi les fonds de terre qui se trouvent sur ses rives.
On voit à la forge de Belfort quatre feux et deux mar- Atelier?, teaux. La grosse forge est composée d'une chaufferie et de deux affîneries qui sont servies par le gros marteau. Chacun de ces feux va toute la semaine sans interrup­tion. Cette grosse forge fabrique par mois quatre-vingts Fabrication à quatre-vingt-cinq milliers de fer , et environ un million de livres pesant par an : le millier de fer, du poids de onze cents livres est le résultat d'une consommation de quinze cents livres de fonte poids de marc, et de quatorze cuveaux de charbon. La piquerie ou tvnnjeuer con­somme à-peu-près la même quantité de fonte et'ferraille par millier, et dix-huit cuveaux de charbon. Sa fabrica­tion monte de vingt-sept à vingt-huit milliers par mois, et de trois cent vingt à trois cent trente milliers par an.
Il y a encore à la suite de la forge, deux "'martinets, Martini
l'Offonont
situés sur le canal qui fournit les eaux à l'étang de forge. L'un porte le nom d'Offèmont, l'autre celui des tIes Prés; le plus éloigné n'est qu'à un quart de lieue de la forge: chaque martinet, qui occupe deux ouvriers, peut fabriquer quinze milliers par mois, en défalquant III.                                F

----------= cinq pour cent de déchet; la consommation en charbpn
forcest-tiour- es( fe cjn(. euveaux par millier; Lorsque l'on emploie quatre nommes a chaque martinet, ils roulent jour et nuit, et leur fabrication, c|iii monte alors à vingt-neuf ou trente milliers, pourrait être portée à trois cent soi­xante milliers par an. Au moyen d\m marteau à étam-per, aussi uni que s'il eût été poli à la lime, on fabrique a ces martinets des fers ronds, parfaitement lisses, de toute grosseur, depuis cinq lignes de diamètre. En ajoutant le montant de la fabrication du feu de la piquerie à celui de la forge .on trouve qu'il se fait à Belfort au-delà de treize cents milliers de fer par an. Nous axons déjà vu que le fourneau de Chatenois con­court avec celui de Bel fort à alimenter cette forge.
Fourneau de Outre ces fourneaux il y en a un, situé à Bettonvilliers, lliers. c^ deux lieues de Belfort, près de ia route de Colmar; depuis'dix-huit à vingt ans, la disette des mines l'a
Ou-mrs. empêché de rouler. Tous les ouvriers des grandes et petites forges sont payés au millier de fer fabriqué ; ceux cle^a^grosse forge, à raison de 6 livres 16 sous 0 deniers pao millier, et toutes les espèces de fers inar-tîneis se païeYit 5 livVes le millier:.. Les établissemens de Belfort emploWrt^poiir leur manutention, un directeur, deux commis de bureau, deux commis pour les four­neaux . deux pour l'exploitation des bois, deux pour celle des mines, un magasinier pour la forge ; pour le service des fourneaux , les ouvriers que nous avons déjà indiqués pour la grosse forge, et particulièrement à la chaufferie un maître marteieur , trois chauffeurs et deux goujats ; pour raffinerie , trois maîtres affi-neurs et neuf valets ; enfin pour l'entretien et le service

-t3
courant de l'usine, un charpentier, deux livreurs ou —-—.--........—
placiers, un meneur de charbons et un voiîurier. Les ï* «»■£«■» '•"' (l)lîr-martinets occupent deux maîtres martmeurs et quai!e valets. Si l'on ajoute a. ces employés et ouvriers un Tendeur, on aura le nombre de cinquante-cinq per­sonnes pour le service de l'usine. La consommation totale en mine des deiix^fburneaux qui alimentent la forge, peut monter à dix-neuf mille huit cents eu veaux ; on consômmerfans tous les -ateliers trois mille huit, cents IV ...-■< ( luiit,-» bannes de charbon, ou seize mille cordes de bois, sans r compter les trois cent soixante - quatre destinées au chauffage des employés et ouvriers; la moitié à peu-près se tire des forêts de M. le duc de Valenliuois: le surplus provient des différentes acquisitions que fou fait des seigneurs voisins, et dvs ventes des quarts de réserve des communautés, qui ont lieu tous les ans dans les maîtrises de-Vesoul et de- Baume en-Franche-Comté. Ces établissemens tirent du charbon de celte province, jusqu'au-delà de l'Ile sur le Doux, à sept lieues de Belfbrt. Chaque année M. riuicmlant de Fran­che-Comté accorde une permission, qui autorise à sortir de cette province le charbon que cette forge y fait fabriquer; et-nous avons dit que M. le duc de *Valeutinois étoit exempt du droit de péage pour !Vn-trée et la sortie de ces charbons, en vertu «je l'anût * au conseil de mil six cent soixante-huit.
Les fers de cette forge ont deux prix : le gros fer se '* --i* vendoit, en 170,5, 177 livres le • millier pesant on/.e cents livres, et le fer martinet 204 livres. La \vn\c totale peut monter annuellement à la .somme de liiJ.ouo li\. _La_qualité du fer de Belfbrt est excellente : ses ibra;es ■■■*■-                                                            V \jr^~

(.44).
sont d'ailleurs très-bien situées pour le débit; elles avoi-Forges et four- sinent les grandes routes. Leurs fers se vendent princi-
neaudeBelfort. itC-              m                       "                 j it
paiement en Suisse; il en passe aussi dans le Lyonnois. Contestations. L'arrêt du conseil d'état de 1668, en confirmant la donation faite en 1659 à la maison de Mazarin, du comté de JBelfort, fait défenses aux fermiers-généraux, et à tous autres, de troubler le duc de Mazarin dans la jouissance des droits de forge, sous prétexte de dixme et de quart, marque de fer. Il y a depuis long-temps contestation, pendante au conseil d'état, entre M. le duc de Valentinois et MM. les fermiers-généraux. Ces derniers, partant du principe que l'Alsace est province étrangère, font percevoir sur les fers de Belfort,.-à leur entrée dans les autres provinces, les mêmes droits que sur ceux des forges non privilégiées, et les assujettis­sent au droit de marque ; ce que la maison de Mazarin soutient être contraire aux privilèges accordés et consi­gnés dans les lettres de don dé 1609 ; mais la ferme générale prétend que ce privilège ne porte que sur la marque de fer à percevoir sur les lieux, et non sur celle que l'on exigera l'entrée des provinces assujetties à ce droiïr
Le minerai des divers endroits que nous avons cités, en commençant à décrire le fourneau de Bel-fort (1), se trouve tout en grains comme celui de Cha-tenois ; mais il est plus ou moins riche, et d'une qualité plus ou moins bonne (2).
(1)  Voyez ci-dessus, pag. 40.
(2)  M. Schœpflin s'explique ainsi sur les mines de fer, dont je vais rendre compte: Gleba Bdfonms'is agri mediocrherfirtilis est; at dives minera

( 45 )                            ^
-11 n'y a point de différence remarquable entre les =======
mines de Rope, de Pfatfans et d'Egueningue. Leur AlliU's <]v minerai, très-pur, et parfaitement rond comme de la (,;Vo J( grenaille, est fort riche, et d'une excellente qualité : c^!'l,ïv'' mai\ son extraction coûte beaucoup, parce qu'il faut Je tirer à une profondeur de deux cent vingt-cinq pieds. Les bancs de mine de Rope paraissent être dirigés sur trois heures, et sont bornés par de la pierre à chaux. Les fouilles se trouvent à côté de la route de Bel fort à Colmar. Il paroît que la mine ne s'étend que fort peu au couchant de la chaussée : mais du côté du levant on la trouve jusqu'à la distance d'une demi-lieue : il y a un grand nombre de puits dans ce cant&fi. Les fer­miers actuels de la forge de Bçlfort ont entrepris et achevé une galerie d'écoulement de deux cent cinquante toi.ses de longueur, au travers d'un rocher calcaire d'un grain fin* et dont la cassure est pareille à celle du silex. Cette galerie a été faite pour mettre à sec le . sol d'une fouille en carrière, creusée à la profondeur de vingt-cinq pieds, dans laquelle il y a plus de quinze pieds de terre à mine à découvert. On s'est assuré, par la sonde, qu'il y a de la mine à vingt pieds au-dessous -, de ce sol, et l'on ne sait pas encore à quelle profondeur on n'en trouvera plus. Au moyen de cette galerie on. remettra à sec tous les anciens puits supérieurs à cette ouverture en carrière, et il sera très-facile de puiser à bras d'homme les eaux de ceux de ces puits dont'le
ferrï, unie in suburbano ferri fod'inct nugno numéro et officime ferraria sunt, ex quibus prœstarùssimum firrumaspentate carcns in remous quoque regiones transfertur. Alsatia illustrata, tom. 2, pag. 46.

( 46 )
sol est inférieur à celui de la galerie, car la plupart s deSope. des eaux viennent des couches supérieures.
Lors de ma visite , les fermiers'deH&(fa$evaux faisoient
                 former deux puits sur la gauche, ou au couchant de la
chaussée; ils en creusoieiit deux parallèles, et seulement à deux toises l'un de l'autre, pour se procurer de l'air; chacun de ces premiers puits avoit cinquante pieds de profondeur. A ce point ils commûniquoient entre eux par une traverse ; c'est au sol de ces puits supérieurs que se ramassoient toutes les eaux qu'on épuisoit à bras d'homme. Au-dessous de ces premiers puits, il y en a deux autres aussi parallèles, qui ont encore chacun cinquante pieds de profondeur, de manière que cette recherche étoit déjà à cent pieds; et cependant, à Ta ' fin de 1780, on n'avoit encore rencontré que la pierre
#■          , à chaux dont j'ai parlé. Comme il paroît que du côté
du couchant cette pierre à chaux sert d'e limite au banc de mine , ces puits semblent avoir été faits hors de l'étendue de ce banc , et je doute qu'en y ait pu ren­contrer de la mine. Les mêmes fermiers de Masevaux "- faisoient relaver à la main, avec la râpe et au tamis, d'anciennes terres à mine de Rope , provenant des rebuts d'un premier lavage, qu'ils payoient 6 livres, le cuveau, rendu au fourneau de Masevaux ; savoir, 10 sois dé transport, et 5 liv. cinq sols pour le mineur.
Patrouiller. Les fermiers de Belfort ont rétabli, près des mines de Rope, un étang, au moyen duquel ils lavent leur terre à mine avec un patrouillet mu par une roue à augets, et dont l'arbre est armé dans toute sa circon­férence, et sur une partie de sa longueur, de barres de fer .saillantes .d'environ dix-huit à vingt pouces. Une

(47)                                                      -
rk>oikde bois, assez forte, introduit l'eau dans un caisson, ==s= au milieu duquel l'arbre tourne. Cet arbre entre dans Winc* a(> fë caisson par une entaille, qui laisse en même temps une issue à l'eau. Celle-ci , chargée de la terre que détache le patrouillet, tombe dans un conduit de bois, qui la dirige vers un petit canal fait en terre, d'où elle va se rendre dans une ancienne fouille en carrière, pour /déposer son limon ; de cette manière elle ne souille pas les prés, et ce dépôt comble successivement les . vieux travaux. Lorsque le patrouillet a suffisamment détaché la terre, on débouche un trou fait au bas et au-devant du caisson. La mine, qui y subi l'action du patrouille!, tombe par ce trou dans une caisse infé­rieure, où elle reçoit un nouveau lavage ; et de là élit* est portée dans les tamis, où elle ebt lavée pour la dernière fois. L'eau du caisson inférieur est également conduite par un fossé dans le même ancien travail , d'où ces eaux ne sortent que lorsqu'elles débordent: mais alors elles sont limpides et ont déposé tout, leur limon martial, de manière qu'elles ne peuvent plus nuire aux terrains.                           a.
On ne peut contester à M. le duc de Valentinois, le droit d'extraire de la mine de fer dans l'étendue de ses terres d'Alsace. 11 lui est concédé par les lettres de do» de 1659, qui attribuent au cardinal de Mazarin les droits qui appartiennent à Sa Majesté sur toutes les mines d'or, d'argent, cuivre, plomb, forges et fourneaux à fer, étant dans l'étendue du comté de-Bel fort et des seigneuries de Dell, Thann et Altkirch. Les fermiers de M, le duc de Valentinois jouissent pour lui de ce droit ; mais ils doivent, comme il serait tenu de le

(48)
faire , indemniser les propriétaires des terrains qu'ils de Rcph fouillent. Ces propriétaires peuvent souffrir deux sortes de dommages: la non-jouissance de leurs terrains., "et leur détérioration.
Contestations. Le 29 janvier 1753, sur une première contestation élevée^au conseil souverain d'Alsace, entre les fermiers
.                de madame de Mazarin et les habitans de Chèyremont,
intervint arrêt, qui , entre autres choses , ordonna
qui! ne pomroit être procédé au fou il le ment desdites
mines (pi au préalable, il ri eût été constaté de Tétat
des fonds, de leur qualité et valeur actuelle, dont
il set oit dressé procès-verbal estimatif , aux jrais du
fermier, par experts, etc.; en outre j ait défenses aux
fermiers de faire lacer les mines sur ciucuns terrains,
sans le consentement des propriétaires et des voisins
qui en pourraient souffrir du dommage, et défend
encore de fouiller la mine autrement que par chocs
ou puits , lorsque la situation de la mine le per-
meitrq (l).
1) Les ordonnances des mines', le droit commun du royaume, et celui de i'Europe entière autorisent tous ceux qui fouillent des raines à ouvrir des fosses, entasser des déblais, pratiquer de.* chemins et établir des lavoirs pour les minerais sur tous les terrains, dont ils peuvent avoir besoin , les seuls enclos exceptés. Ces mêmes lois et usages permettent aussi à l'extracteur de se servir des eaux pour faire mouvoir des tournans , et laver les minerais, sous ia réserve de ne pas nuire aux usines et moulins déjà subsistons , et à la charge d'in­demniser tous ceux pour qui il"pourrait en résulter quelqueMoit.
IS,ous n'examinerons pas ici, si ces lois, fondées sur le principe que lecitoven doit sacrifier son intérêt au bien général, sont une atteinte au droit de propriété. Elles sont toutes une conséquence de îa loi quia fait, du droit des mines, un droit régalien. En un mot, elles existent , et elles ont pourvu à ce que le propriétaire fut dédommagé
Cet
tmpADBD-2.jpg

.                      (49 )
Cet arrêt a été scrupuleusement exécuté par les fer­miers de madame de Mazarin , qui ont toujours fait évaluer les indemnités dues aux propriétaires des fer--rains qu'ils occupoi'ent, ou dans lesquels ils fôuilioient; mais en 1774» messieursJiobiixLi>t compagnie, alors fermiers., ont eu avec les habitans de Çhèvremont, une contestatioi] nouvelle, au sujet de l'évaluât ion des fonds. Des experts ont été nommés de part et d'autre; et par acte du 23 août 1770, les fècrmers ont offert de paver les dommages et intérêts résultans de la détérioration des fonds, sur le prix de 590 livres la fauchée, et de dédommager de la non-jouissance, à raison dé 35 liv. aussi par fauchée et par année. Les habitans de Çhèvremont acceptèrent ces offres. Il n'y eut que MM. Huguenot.et Meunier, qui par acte du 3o du même mois mirent à leur acceptation cette condition expresse; que les fermiers 11c fèroient laver leurs mines sur aucuns de leurs héritages. Au b décembre 1777 , ces
de sa non-jouissance, de manière qu'elles ne le privent, réellement que de la faculté d'user de son terrait) à son gré.
11 paroit , d'après cet exposé , qu'on m* peut avec justice mettre d'obstacle à l'exercice des droits accordé» à ceux qui fouillent les mines, que dans le cas où il seroit certain qu'ils ne pourroient garantir aux propriétaires des terrains Je paiement ordonne par la loi. Mais ee n'éîoit pas là le cas , lorsque le conseil Mouverain d'Alsace ." faîf défense, par son arrêt du 20. juin i;-33, d'établir des ia\oirs naiis le consentement de chaque individu dont les terrains scrvirolent au passage des eaux. Cet article de l'arrêt est cm 11 ira ire à la K-iu-ur de> ordonnances, en mémo temps qu'il attaque le droit régalien. LecunM'iJ souverain etoil-M juge compétent dans cette ]>arjie? A-l-ii pu sans l.'i participation du Roi établir en Alsace une jurisprudence particulière, qui. n'est pas moins contraire au droit des mines, dont jouisse))! , même sur celles de fer, les .seigneurs d'Alsace qui ont la supériorité territoriale , qu'aux lois et aux usages du -royaume?-
Pttti.ie 111.                            \         G

(5o)
~-—:——— particuliers présentèrent leur requête au juge du lieu.
i ,mes te tope, (^e|u;,ci ordonna la visite. Les fermiers assurent qu'il fut .                 constaté, par le rapport des experts, que sur un espace
de deux cents arpens où les eaux des lavoirs passoient, huit totses carrées à-peu-près avoient souffert quelque' dégradation. Cependant MM. Huguenot et Meunier obtinrent au conseil souverain d'Alsace, le i5 juillet î 778, un arrêt qui leur permit d'assigner les fermiers en destruction de leurs lavoirs, et par provision, défendit à ceux-ci de sj?n servir jusqu'en fin de cause. Les fer­miers , depuis cette époque , se sont vus obligés de suspendre leur travail. Madame de Mazarin a présenté sa requête d'intervention , et ses fermiers ont formé depuis une demande incidente , et ont conclu en 20,000 liv. de dommages et intérêts. Le 14 janvier 1779, un arrêt du conseil a ordonné la mise en cause de la communauté de Chèvremont. Il s'agit aujourd'hui de statuer définitivement sur les demandes respectives. Les fermiers remarquent que le conseil, par son arrêt du 29 janvier 1753. ayant admis les droits de madame la duchesse de Mazarin pour la traite des raines, n'a pu en séparer celui de les laver , et le subordonner au consentement des propriétaires : qu'il n'a pu également ôter à madame de Mazarin la faculté d'établir des lavoirs dans les lieux les plus convenables, à la charge par elle d'indemniser les propriétaires, d'après l'estimation faite par des experts choisis de gré à gré ou nommés d'office, ce qu'ils disent avoir toujours fait. M. le duc de Va-lentinois, aux droits de madame la duchesse , observe que les lavoirs dont on se sert aujourd'hui, n'étant point du tout construits comme ceux qu'on einployoit

:;                             - (5i)
autrefois, ne peuvent porter aucun préjudice ni aux —■—-^ y ~~ héritages sur lesquels ils sont établis, ni à ceux vers les- *-ines l< LlO*K" quels sont dirigées les eaux qui sVn écoulent. Il observe . que soumettre l'établissement des lavoirs à la volonté des propriétaires, ce seroit le rendre impossible ; que l'eau qui sort des lavoirs traverse quelquefois dans sou cours les extrémités des héritages de plus de trente par­ticuliers ; que si vingt-tt€u£-de-ees-particuliers se mon­trent traitables, il suffira pour rendre leur bonne volonté infructueuse, que le trentième-reste inflexible. Il sou­tient que les droits des seigneurs ne peuvent être ainsi subordonnés aux caprices de la multitude de leurs vassaux. H ajoute que d'après l'arrêt de 1708, les sei­gneurs ne pourroient plus , sans des préliminaires gênans, jouir du droit régalien, qui les autorise à fouiller la mine ; que même, pour savoir si un terrain contient de la mine ou non , ils ne pourroient le vérifier sans le procès-verbal d'estimation ; qu'il semble d'ail­leurs que l'intérêt particulier doit céder à l'intérêt public, les richesses que recèlent les entrailles de la terre étant le bien de l'état
De quelque manière qu'on tire la mine, elle n'est jamais pure ; il faut qu'elle soit lavée pour être en état d'être fondue. Les fermiers de M. le duc de Valeutinois insistent donc et représentent encore que la défense portée en l'arrêt du conseil de Colmar de 17=)3 , de laver la mine sur aucun terrain, sans le consentement des .               S
propriétaires, est d'une telle conséquence, que ce der­nier, tn ne donnant point son consentement, est le maître de suspendre le roulement des usines ; ce qui répugne à toute espèce de droit. Autrefois l'estimation
G il
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( 32 )
: des terrains ne ee faisoit qu'après qu'ils avoient été ■ fouillés. L'ouvrier pouvoit d'abord faire usage de la sonde; il faisoit Ûqs ouvertures , soit dans la superficie , soit dans la profondeur des terrains qui. paroissqient ■promettre des mines ; deux jours de travail, tout au plus, suffi soient pour qu'on pût reconnoitre s'il y avoit de la raine ou non. Dans le dernier cas, le mineur abandonnoit le terrain après l'avoir remis dans le meil­leur état possible. Dans 1^ premier cas au contraire, l'entrepreneur ou son mineur traitoi.entà l'amiable avec le propriétaire, et s'ils ne s'accordoien! pas, un arbitre lînissoit le différend. Il jugeoît du dommage par la surface des terres fouillées quancj: les mines avoient été tirées en superficie, ou par la mesure du terrain qu'on avoit occupé lorsqu'on avoit tiré la mine en profondeur. De même, continuent les fermiers de M. le duc de \7alen-tinois, on avoit la liberté de prendre les terrains pour former des retenues d'eaux et pour établir des lavoirs. Dans ce cas on aclietoit les fonds à l'amiable ou à dire d'experts, ou bien la propriété en demeurait toujours au possesseur, et alors on l'indemnisoit de la non-jouis­sance et de la moins value. Ils se plaignent que l'arrêt de 1753 renverse cet ordre, et détruit ces facilités.
Dans tout le royaume , il est permis de fouiller la mine de (bravée un entière liberté, particulièrement en vertu de l'article neuvième de l'ordonnance de 1680, Elle donne le droit d'extraire la mine dans tous les terrains qu'on jugera pouvoir en contenir, soit par des puits, soit superficiellement, suivant la position de la mine, enfin de la laver, et de choisir pour cet efïèt, les terrains qui y seront les plus propres,

/•ni' Su
( Û0 )
le tout aux conditions y portées, et à la charge de faire ——-estimer après la traite les dommages à l'amiable, ou Mines à dire d'experts.
Le 12 janvier .1688 (1), les seigneurs de Rope ven­dirent au duc de la Milleray, seigneur de Belfbrt, le droit de faite bâtir et construire , s il cn'isoit hon être ,
(1) Par-devant le notaire royal souscrit général des pays de la haute-Alsace , en résidence à Beltort,lurent païens noble sieur Aibti { l'Allemand écuyer, seigneur de Rope , en partie , La-Chapelle et de* 1/ibenUviller, en son nom pour tnr tiers ; et noble s-irur François Conrard de Rope , seigneur du dit lieu, en partie, tant eu son nom qu'en celui de noble sieur Melehior de Rope, son fiere , tiers détaliev, colonel du régiment d'Alsace, absent , se faisant Tort d'icelui, et pro­mettant faire ratifier aux deux pour un autre tiers : et encore ledit sieur François Conrard de Rope.,.au nom et, comme ayant charge de noble sieur Beat d'Aiguelin d'Animer t.? wil 1er , en qualité de père-çrarul et iuîeur des enfans délaissés par feu noble sieur Conrard de Rooe, pour un autre tiers, sous promesse de ratification d'icelut: lesquels et chacun d'eux pour eux, leurs hoirs, successeurs et ayant t^atise , ont reconnu-et confessé avoir vendu , cédé, quitté, délaisse et transporté, à haut puissant seigneur monseigneur Jules Paul de la Porte, duc de la Milleray , comte de Belfort, a-utrer. terres et seigneu­ries, absent le sieur MeUhior Noblat , prévôt dudit Bel-fort et ville, co-fermier de ladite seigneurie ,comme ayant charge du sieur Claude Aube , agent de inondit seigneur duc en Alsace, et sous la râtiHcation tl'ieelui, ci présent stipulant et achetant to.is les tlioits , noms. nmi<".s qu'ils ont et peuvent obtenir du roi , pour faire bàtii et (onstmiie forges et fourneaux, s'ils avisent bon être. s> faire Ja\oirs et iii<.it v de tirer des mines de fer qui se trouveront dans l'étendue de U".i\ » seigneurie de Rope et autres terres voisines à eu\ appaitenantes •■.. et dépendantes de ladite seigneurie de Rope-. au piejudiee de tous ■ autres , pour en jouir et disposer par ledit -eigiuus duc de la Mil-• leray , ses hoirs, successeurs et ayant cause, tomme tho-e; à <u\ • appartenantes ,« au moyen du présent (.ontset , ii cb.ai^t ioiitoio's audit seigneur duc et les siens, d'indemni. n kx'its sim ,s -- ii'ieurs et autres des dégâts <ju'i!s feroot ou peunonî ftiiit « n îir-:i ' '\e la mine, tant dans les champs, prés, qu'aines licu\ , vns m-' i.'sfitfs sieurs vendeurs en puissent être recherche j ar k-s psnicuikis : et

(H)
forges et fourneauxi, faire lavoirs , et droit de tirer tes nés de fer, qui se trouveront dans Vétendue de leurs . Seigneuries de flopr et autres terres voisines . à eux "*"" appartenantes et dépendantes de ladite seigneurie de Rope , au préjudice de tous autres, pour en jouir et. disposer par ledit seigneur duc de la JMil/eray, ses
pour l'effet de tout ce que devant, lesdits sieurs Albert l'Allemand , François Conrard de Rope, tant en son nom que dudit sieur sou iiis , mais encore au nom dudit sieur Beat d'Aiguelin, comme grand-pere et tuteur des enfans de feu sieur Conrard de Rope, ont donné pouvoir et procuration spéciale, séparée des actes passés par-devant le notaire royal souscrit, pour obtenir de Sa Majesté don et toutes lettres à ce nécessaires ; et quoiqu'elles soient obtenues au nom desdits sieurs de Rope, elles seront et vaudront audit sieur due, ses héritiers et ayant cause , connue si lui-même les avoit obtenues en son propre nom, sans qu'il soit besoin d'autres actes que les présentes. La présente vente, cession et transport desdits droits faits, moyennant le prix et somme de trois mille six cents livres tournois , payable par ledit seigneur duc de la Milleray , ès-dits seigneurs de Rope, en deux paieinens égaux ; savoir, la moitié, qui e.st de dix-huit, cents livres, au jour et date que les lettres de don du roi seront obtenues , ou un oiois après , et les autres dix-huit ceuts livres dans les six mois suivans pn pires, et, en cas que ledit sieur d'Aiguelin ne voulût ratifier ou avouer le présent contrat pour le tiers des enfans délaissés par feu noble sieur Courard de Roj tj , il demeurera néanmoins bon et valable envers lesdils sieurs l'Allemand et de Pi ope, en diminuant toutefois le tiers de la somme princ pale, lesquels ont par ce moyen et par ces présentes transporte tous droits <](* propriété, nom, raisons et actions qu'ils avoiétft ,-pouvoicnt avoir et prétendre, sur tous les droits qu'ils oiJt vendus audit sieur duc par le présent contenu, dont ils • se sont -dessaisis , démis et dévêtus , pour et au profit dudit seigneur acquéreur, voulant et, consentant et accordant que ledit -eigneur duc en soit et demeure .saisi, vciu , mis et reste en bonne et suffisante possession et saisine, par qui , et ainsi qu'il appartiendra en vertu ries présentes, don et lettres à ce obtenues tle Sa Majesté; constituant pour cet eiTct leur procureur spécial et généra! le porteur d'icelles ; lui en donnant tout pouvoir. C:tr ainsi a été arrêté et convenu entre les parties , et pour i'éxéeutkm du présent traité , lesditea parties ont élu

( $5)                            , .
■hoir.'■'♦ successeurs et ayant cauxe, comme e ha ses à e ter ......-■■ -~
appartenante*. Des lettres-patentes de î686. qui per- Ml"e* iH' ■mettent à M. le comte de Rolhembourg, seigneur de Masevaux, de rétablir les usines qui existoient dans la vallée de ce nom dès Tannée 1078, lui accordent aussi la faculté de fouiller la mine dans toute l'étendue de sa
leurs domiciles irrévorables-,-Simm^4eïH*-stetfr duc Je la MiHeray eu stfn hôtel .à-Paris, et les dits sieurs l'Allemand, de U ope et tî'Aigueiin dans leur maison de Rope, ès-queîs ils veulent et consentent que toutes sommations, significations et autres actes de justice qui y seront faits contre eux, soient de tel eifet , foi te et vertu, que s'ils étoient faits, parlant à leurs personnes, promet i an > les diîes parties» avoir pour agréable respectivement tout le contenu au pré*ent enn-trat, obligeant à cet effet tous leurs biens présens et à *enir, lenou-çaut à toutes choses aux présentes contraires. Fait et paase à Bel foi t,, le douzième janvier mil six cent quatre-vnrgi-huit , pié.^ens le siei.i François Passavant de Bel fort , et le sieur François Démoulé cîe Giromagnv, témoins requis ; et ont-signé à l'original le* parties et témoins avec le notaire royal souscrit, l'ayant reçu, coUaiionsH'. Signé , Nougenot , notaire royal.
Par-devaur le'greffier-tabellion du comté de Bel fort, souscrit et en piéscnce des témoins en bas nommés , est comparu haut et !?ui-s;int seigneur monseigneur Jules Paul de la Porte, duc de'!a: Miîjeray, comte de Bel fort, autres terres et seigneuries, lequel a approuvé, ratifié et homologué tout le contenu au traité ci-dessus, en tous ses points , clauses et conditions , de même que s'il avoit été présent lors de la passation d'icelui, promettant etc., obligeant etc., renonçant à foutes exceptions aux présentes contraires. Fait et passé à Bel fort,, le premier décembre mil six cent quatre-vingt-huit ," en présence de messieurs Melçjjior Nobîat , prévôt de Belfort , et de François Pas­savant, grand-maire de l'accise, témoins à ce requis. Signé à l'ori­ginal , le duc de la Milleray, Mc. jSoblat, François Passavant et Demougé , avec paraphe , l'ayant reçu.                      »
Collationnépar moi tabellion-général des ville et comté de Belfort, sur l'expédition du présent acte, au bas duquel est Ja ratification eu original qui mra été représenté, et que j'ai à l'instant rendu. A Belfon t le quatorze janvier mil sept cent soixante-dix. S5<;aé, Boussef.

■ -. ■ . . (S6)
            seigneurie, et à trois lieues à la ronde. 11 est essentiel
de Rope. fe remarquer ici que, dans cet espace de trois lieues, se trouvent comprises les mines exploitées par les sei­gneurs de Belfort, tant dans leurs propres terres que dans celles de Rope, en vertu de la cession de 1688 ; ainsi les seigneurs de Belfort, en vertu des lettres-patentes de 1686, prétendirent le droit de concourîr avec ceux de Masevaux pour la fouille des mines de Rope, Pfafans, etc., tandis que ces derniers se croioient autorisés à extraire de- la mine dans les parties de la seigneurie de Belfort qui se trouvoient dans leur arron­dissement. II eu résulta entre eux une contestation , dans laquelle intervint d'abord un arrêt du conseil d'état du roi, rendu sur requête le 19 novembre 1686, qui fit défense au seigneur de Masevaux, alors M. de Rothembourg, de chercher et creuser la mine dans les terrains dépendans de la seigneurie de Belfort.
M. de Rothembourg y forma opposition , et par autre arrêt du 21 octobre 1607 , il fut dit que M. le duc de la Milleray fèroit tirer seul de la mine de fer dans l'étendue de son comté de Belfort, et le comte de Rothembourg, dans celle de la seigneurie de Masevaux, sans préjudice a eux du droit d'en extraire dans les autres lieux, en dédommageant les propriétaires. L'effet de cet arrêt fut d'empêcher M. de Rothembourg de fbuille^dans les finages de Chèvremont et de Pérouse, dépendans de Bd-fbrt ; mais il continua d'en tirer de ceux de Bessoncourt, Ropeftautres lieux dépendans de la paroisse de Pfàfàns, ce que les"seigneurs de Belfort, et MM. de Reynach , seigneurs de Rope, voulurent encore lui interdire. Il y eut de longues contestations, liées-d'abord au conseil
de

de CoJmar, portées ensuite au conseil d'état, et enfin renvoyées au même conseil de Cohuar, qui les a ter­minées par deux arrêts définitifs, l'un du 16 mars 1746 rendu contre M. de Revnach, et l'autre du 21 février 1748, contre les seigneurs de Belfbrl ; ce dernier or­donne que les seigneurs de Masevaux continueront avec les seigneurs de Belfbrt à tirer concurremment de la mine du territoire des villages xïe Rope et de Pfàfàns.
A l'époque de ces arrêts, ou ne eonnoissoit encore dans les terres de la maison de Mazarin, que les mines de fer du comté deBeîforr. En 1761, M. d'Anthez, qui exploitoi't les forges du Val de St. Amarin , fil ouvrir des mines de fer dans les bans de Rodereu et de RauiersmatJv dépendans du comté de Thami. Madame la duchesse de Mazarin lui en avoit accordé lu permission, moyen­nant un canon annuel. Après M. d'Anthez, les nouveaux fermiers des forges de Masevaux s'en emparèrent en 1776 , et Madame la marquise de Rosen , ayant pris fait et cause pour eux, lorsqu'on lui dénonça le procès-ver­bal qui fut dressé à ce sujet, Madame la duchesse de Mazarin leva commission en ijj'S , en demandant l'exécution des lettres de don de 165o, et concluant à ce qu'il fût défendu àMadame la marquise de Rosen, de tirer des mines Je toute l'étendue des terres comprises, dans les lettres de don. Madame de Rosen opposa à cette demande la réserve de-l'arrêt du 21 octobre 1687. La cause est instruite au conseil souverain d'Alsace.
Le i3 avril 171a, les fermiers de Belfort, et ceux de Masevaux /firent un traité par lequel ils réglèrent entre eux la traite des mines, dans les parties où les seigneurs
Farde III.                                      H

(58)
• '          = propriétaires de ces forges, sont fondés à user de ce droit
Mine? de Ropo. concurremment.
« Ils convinrent que lorsqu'un ouvrier de l'un « des seigneurs, travaillant à la peile et à la décou-" Verte, au roi t trouvé quelque veine de mine , les • ouvriers de l'autre seigneur ne pourvoient. l'appro-« cher plus près que de sept toises de roi , à la ■■• charge toutefois que les ouvriers qui auront trouvé la »- mine , seront tenus d'y travailler sans discontinuer à « moins qu'ils n'en soient empêchés par cause légitime ; « parce que, faute de ce faire , ïi sera loisible à qui bon « semblera, de prendre possession de l'ordon, sans « que pour cela il soit obligé à aucun dédominage-« ment, etc.
« Que les mineurs ' qui travailleraient dans des « Siuck* (1) ou par le sous-terre, ne pourraient faire ' « aucuns Schochcs (2) plus près l'un de l'autre que de « quatorze toises. lesquels stocks seraient réputés aban-« donnés trois mois après la cessation du travail, à « moins qu'on n'en fût empêché par les eaux.
« Que les dommages qui se feraient en lavant la mine, « soit pour les chemins dont on se servirait en commun , '< soit pour les frais, afin de relever les rigoles, seraient * payés à proportion des mines que rhacun aurait fait « faire dans les endroits où se trouveraient les dom-« mages , etc. Que chaque partie paierait les domma-« ges de ses lavoirs , de même que les dommages causés '< par l'extraction, etc.
( ' ) Le sens , dans îeqnel on emploie ici ce mot , n'est |>oint du tout conforme à sa signification propre. Stock-ert^} Stock-w..r;k , veulent dire banc de mine, mine en masse.
(2) Schocke , par corruption de Schacht, puits.

f " \ ■■■■                                      ' ' *
Au mois de septembre 178.4 , les fermiers passèrent entre eux un nom eau traité conforme à celui de 171 'X ^
Or, il faut se rappeler ici ce que j'ai dit ci-devant delà galerie d'écoulement de deux cent cinquante toises de longueur, que les fermiers des forges de Belfbrt ont construite à Rope (1). Ceux de Masevaux ont \oulu nouvellement profiter de cette galerie d'écoulement : immédiatement à 'cote" du travail en carrière au sol duquel elle aboutit, ils o:t ouvert une .tranchée ^ur un banc de mine.
Contestation est survenue; le bailli delà seigneurie de Rope s'est nanti <Jè .l'affaire: mais un arrêt du 10 août 17.0.$, a reçu les maîtres de forge de Bel fort, appelans de la sentence rendue par le bailli de la seigneurie de Rope , le 24 juin précédent ,-en faveur de M. Bouchot, maître de fbVge à Oberbruck, et consors, et par pro­vision a'-fait dijfcn.se s audit sienr Bouchot et co/wont , d*établir ou de continuer aucunes fouilles ou trqyau.b dans les lieux de Venceinte,-indiqués par les chocs , embases ou canaux d?écoulement, et autres marques tracées par les supplions , à moins de distance que de quatorze toises des parois des travaux des suppliant , conformément à la convention de 1710-
Messieurs Bouchot et consors formèrent à cet arrêt sur requête, une opposition dont ils furent déboutés par un arrêt contradictoire du 24 septembre suivant.
Dans le courant de la même année, il -y eut encore entre les fermiers de.'Belfort et de Masevaux, une autre contestation                            —-
M. d'An thez^, qui ci-devant avoit réuni le bail des
(t) Voyez ci-dcssîhj-^pag. 45.
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r*
~ forges de Belfort, à celui d'Oherbruck et de Masçvaux/ Mines «îe Rope. avoft forme,'au ban d'Egueningue, une retenue clans laquelle étoient reçues les eaux supérieureTs'/Ge. réservoir servoit à fournir les eaux aux lavoirs, et à arroser les prés inférieurs en cas de surabondance.^Dans* l'opinion *que M. d'Anthez ne pouvoit disposer des eaux au sortir de cette retenue qu'autant qu'il exerçoit les droits des seigneurs , et que comme simple particulier il n'avoit pour cela ni pouvoir ni qualité, les fermiers, de Belfort pratiquèrent une seconde retenue au-dessous et à côté de celle-ci. Au rao}ren d'un empellement placé à l'angle ' .         du fossé de décharge de îa retenue de M. d'Anthez,
ils remplissoient leur nouveau réservoir avec les eaux superflues qui s'écouloient les jours chômés et pendant la nuit. Les fermiers de Masevaux pratiquèrent dans la longueur d'un pré joignant l'étang d^Anthez et appar­tenant aux fermiers de Belfort, des canaux souterains, au moyen desquels ils rendirent inutiles le canal ancien de décharge et le nouveau réservoir ; le cours des eaux ainsi changé, elles s'écoulèrent en pure perte.
Par acte du 22 mars 1785, les fermiers de Belfort se plaignirent de cette innovation , ils menacèrent de se pourvoir, et en attendant ils ouvrirent un autre canal avec un empellement pour ramener les eaux dans leur réservoir. Les fermiers de Masevaux intentèrent une action contre les fermiers de Belfort ; ils demandèrent que ceux-ci fussent contraints de démolir l'empellement nouveau:; ils firent plus, ils bouchèrent l'entrée du canal qui ramenoit les eaux.
M. le duc de Vaîentinois intervint pour ses fermiers, et déclina la jurisdiction du bailli de Rope. Celui-ci,

au lieu d'ordonner le renvoi, rendit des sentences dans  ===:=^~—~
cette cause, comme s'il eût été juge compétent des  Mw* HMMpe droits de M. le duc de Valentinois , et de Madame la comtesse de Rosen, sur les eaux du.ban d'Eguenïngue.
•-■' En cet état de cause, inteniul le 10 août 178J , au conseil souverain d'Alsace, arrêt, qui, par provision, défend au sieur Bouc/rot et cornons,'de se servir des wanaux souterrains el autres nouvelIciuen! pratiques * pour de ton n ferles eaux du déchargeoirde l" étang d\4n-lliez, leur enjoint de leur rendre , dans trois jours de la signification, le cours libre par les anciens canaux y à la charge par les fermiers de Bcljorl , suivant leurs offres, de ne faire entrer dans leur réservai e y a ne les eaux superflues, et celles qui s'écoulent pendant, les jours chômés ou pendant les nuits, et (jui seraient inu­tiles ou perdues ; sinon, et à faute de ce faire , auto­rise les fermiers de Bel fort ± à le faire faire à leurs frais y ce (jui siéra exécuté.
Après avoir parlé des importantes mines de fer du Mines de comté de Rosemont, nous allons faire connoître celles Glloul«g"y-de leur voisinage, plus précieuses par la nature du métal ,
, ., ~           01         1                     i                       ^                       demie, n°, 144,
qu elles fournissent, mais dont l'exploitation a été sujette ^ 55-à de fréquentes révolutions. Je veux parler des fameuses mines de Giromagny, si florissantes autrefois. Le bourg du même nom, qui en est le centre, est^eigfoéde'Rppe de 55oo toises N. O. et de 6200 toises N. de Belfprt. M. le comte d'Hérouville en donna une notice en 1741 {1) } , et M. de Gensànne-enTra à leur sujet dans de plus grands
(1) Anciens minéralogistes, tom. a, pag. 727,

r62) ; ■'•■;,
*== détails-'. eâ_ 1756 (1) ; enfin'M. Monnet en a fait un petit de article dans son Exposition des mines (2).
On a déposé aux archives de "Bel fort,"des comptes *. par lesquels on voit que ces mines ont rendu, pendant un certain temps, cinquante pour cent de bénéfice*
„ Louis XIV, par un acte de 16.5*9 » donna à la maison ^-r de .Mazarin le comté-de Rosemoht, et par conséquent-'.__' le bourg de Gironiagny (3), -aux environs duquel sont situées les rames d'argent ef autres métaux/ Dans ce 'don furent compris Beîfôrt, Tharfn , Ferette, là -baronie d'Altkirch , la .seigneurie 5e Dell et cîlsenheim.
L'exploitation aes mines de Giromagny, fort an-, cienne (4), fut suspendue en î716 , parce que M. \^ cardinal de Mazarin les avoit concédées pour neuf ans à une compagnie qui les conduisit mal.-Ce furent, si je ne me trompe, des Anglois qui les reprirentjen ïj'33, M. de Gensanne en devint concessionnaire après eux. Le traité qu'il avoit passé avec M. le duc de Mazarin " pour avoir la faculté de les exploiter, expira en 1744: ■ II fut remplacé par une compagnie de Paris , à la tête de laquelle éloit M. Millin du Ferreux ; elle devoit eil jouir -cinquante années ; mais cette société ayant consommé la plus grande partie de ses~fbnds dans r l'établissement d'un moulin à polir le porphyre et le
(1)  Mémoires des ■Savans étrangers , tom. 4 ,pag. 166.
(2)   Pag 217 a 222.
(#) Gi.wp-i/j;e, vit.:s insi_nis ùmpUtujinis, q/i sua m ulL fydinis in.rtmtnta -rr.axxnii débet, etc. Schcepfliti , Alsalîa illui'trafa , .icuif. 2, pa^;. 48.
0 (4) In Rosâm>n!a?2Jv,zL'e,{juiZ Le'fjrtcasisprxf.aum est, cira G'r mantum et 'Auxsllam supenortm, uberrïma q'wqSe argenti foa'tnx ji? art'ujtfls jcin temps-
__ abus ianotuerunt, etc. SciiœpHin , Àlsatia ilfustrata, t. 1 , p. 12 et ï3.

'prah'îî . fut obligée d'abandonner des travaux qne .M.-------
'Brocimann, pour lors directeur, avoit remis en bon %;!:1 "nain :"on.f5oiirsuivoil à-l:i-fôis neufgaleriç1?» pour mettre
les anciens'hâCaux à «sec.. Cet abandon., 'ait «l'msje v.
moment. où ■ -les mines (lp:tmVV:;t "le "phis d'espoir.' * .
■  pcrmit.'.V \1-, le dur <je \ alentinois . aujourd'hui aux- "■* droiis^de la maison de iJa/arin , de se..uifUt^\ji p^-_
■  Sc'ss'on/de tous lesbâtimefis construits r.ar cette conipa- ^.^ i:;nie: une des" c1au^s-rde la concession-avant exu*,^-se'inenl porte'1 (jifc \vs IVitimcns rtioifnu'roient au. s* i— <;nenrVd.ui« le cas »iVles"ct)ncessioiiriaires abandonne- " -soient ftxpjokation..                  " -
e. ■ ' Les urines dont"7 nous, allons donner la description.' Av:ny.
.tll'iii'i tic
"réunissent 'inrgratid nojnbre d'avantages 'ij. En eïfet nùintagnes eje ce canton"- cjuoicjue fort élevées, nevl,p
'■sor^t pa's 'assez pour que les glaces et les neiges-de. {"niut nécessitent l'aliantlou det± travaux dans cette saison1.. De nombreux vallons coupent ces montagnes /■ facilitent Pexploitation des filons renfermés dans leurs pentes, et fournissent les eaux nécessaires aij\\maehines,'~ aux lavoirs et aux fonderies. MM. de Reinacli possèdent, aux environs de Giroi-nagny, des bois affectés aux mines pour les constructions , les charbons pour les fonderies et le bois de ehauliaue nécessaire à leurs ouvriers. On